gruyeresuisse

27/10/2018

David Saxe : au coeur du Middle West

 

 

saxe 2.jpgDavid Saxe laisse courir son imaginaire à travers les fêtes foraines où après des journées de travail la population des plaines américaines vient s'amuser comme le font leurs vieux cousins d'Europe. C'est l'occasion pour le photographe d'offrir en gros plans ou par des vues panoramiques un rapport au plaisir traditionnel lié aux technologies du temps.

 

Saxe.jpgExistent l'exhibition des monstres comme l'envolée sur des manèges qui font rêver à une sorte de science-fiction provisoire. Un mixage de formes colorées, simples et spontanées permettent d'introduire au coeur du réel un autre chœur, une autre réalité dans ce qui tient d'émotions passagères et de plaisirs plus ou moins frustres. David Saxe ne le juge pas il se laisse entraîner à la sidération presque sans âge de ce type de plaisirs populaires.

 

saxe 3.jpgPour un temps le quidam est envoyé au plus loin de ce qu'il faut appeler la réalité par des propositions ludiques. Elles proposent des extases provisoires. Il y a là des cliquetis de boules lumineuses, des glissements hors de l'attraction terrestre, des rires, des torpeurs et des avis de tempête aux mateurs et amateurs d'émotions fortes. Des reins éreintés par le travail ruissellent de peurs programmées pour exorciser celles que le réel propose et qu'il s'agit ici d'oublier.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Hans Scharer : à Dieu ne plaise

schaer.jpgHans Scharer  « Peintures, gravures », Galerie Anton Meier, du 8 novembre 2018 au 26 janvier 2019

Hans Schärer est souvent associé à l’art brut. Mais ce serait réduire la force d’une œuvre où l’  « exercice d’imbécilité » (Novarina) est le fruit d’une réflexion et d’un travail constant. S’y croisent des madones approximatives et des scènes érotiques du même acabit. D’autant que la distinction n’est pas aussi nette que les mots pourraient le faire penser. Si bien qu’à chaque coup l’artiste gagne la timbale puisqu’il joue sur les deux tableaux  et convole en justes noces avec les saintes comme avec le père de la mariée.

schaer 2.jpgDans cette fête des couleurs et des formes primitives le spectateur est comblé :  jamais de fausses notes. Et pour que la fête soit complète tout dans la fixité semble danser le hip-hop. Chacun est prêt à plonger entre les cuisses de soubrettes qui n’en demandent pas mieux- ce qui sans doute ne plait pas à Dieu. On y va de pieds fermes et jamais de mains mortes, pots de fleurs d'une main et bouteilles de l'autre, mi dingue, mi-ravin. Les vieux canards rient jaune et les jeunes passent au rouge. Chacun sait  qu'à trop lécher la donzelle on ne récolte pas forcément une veste. Pour preuve ces zéros de conduite perdent souvent la leur.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/10/2018

Philippe Schibig et les fourmilières.


Schibig.jpgPhilippe Schibig, « Dessins », Galerie Anton Meier, Genève, du 8 novembre 2016 au 26 janvier 2018.

Philippe Schibig est né en 1940. Il passe sa jeunesse à Genève et à Zoug, fréquente pendant quelque temps l’école des arts à Lucerne puis se forme au dessin en autodidacte. Il vit depuis 1957 à Lucerne, Zurich et Genève. Pratiquant principalement le dessin au stylo à bille, ses oeuvres sont surpeuplées de traces – au besoin pour exhaler ce qu’on a sur le cœur. Explorateur de l’ici même, Schibig met dans ses dessins sa peau, son émotion. Il crée des narrations de vieux songes qui reviennent frais comme des gardons. Le monde est confus mais l’artiste tente d’y mettre de l’ordre là où tout reste en équilibre instable. Et c’est ce qui est le plus passionnant dans ses œuvres qui redeviennent parfois plus sages.

Schibig 2.jpgDemeure toujours une traque à travers les signes et les griffures. Dessiner au stylo ne se limite plus à la graphie sur le blanc mais la biffure dans le noir. Pour que les traces vibrent d'un bourdonnement d'insectes mais d'insectes qui ne disparaissent pas lorsque la lampe s'éteint. Il faut donc suivre les traces, les différentes traces, sans aucune préférence, mais faire le point dessus comme au petit bonheur. Reprendre à partir de là, où se donne du champ à un jambage. Puis relever la tête et déguster en silence ce que l’on vient de voir. L'image se multiplie, la scène reste trouble. Quelque chose bée puis se scelle à nouveau. Dans le genre c'est bien. Il est bon de pouvoir rêver parmi de tels errements - pendant ce temps leurs démons se seront assoupis.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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