gruyeresuisse

21/09/2016

Du déjà au pas encore vu : Didier Rittener

 rITTENER.pngDidier Rittener », Libres de droits », Musée de Moutier, di 19 juin au 28 aout 2016.

Le plasticien lausannois Didier Rittener transforme le dessin en modalité de disparition et d'apparition des choses et du monde. A partir d’images exogènes (fragment publicitaire, tableau de la Renaissance, ses propres photographies, etc.) il s’empare de certains éléments dans le sens à la fois d’un art conceptuel et de la trouvaille surréaliste. rITTENERé.jpg« Libre de droit » chaque œuvre repose la question du point de vue en jouant du jeu de la disparition et de la réapparition dans des œuvres parfois monumentales parfois au format A4 où la substitution suit son cours. Une poétique de l’effacement rejoint le lieu de la mentalisation. Le travail procède de la déconstruction et de la pression en des circonvolutions implicites de paysages au sein d’une assomption d’un sensible particulier et plutôt rare dans l’art du temps. Entre ressac, ombre et - bien sûr - lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:32 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

20/09/2016

Valérie Reding : vivre d’une autre vie

 

 

Reding 3.jpgValérie Reding, « Smile ! Other portraits, LAC Scubadive, Vevey, le 20 septembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reding.jpgValérie Reding est une artiste multimedia qui travaille à Zurich. Elle joue des maquillages et de la chorégraphie afin de transformer les genres, identités, stéréotypes et normes pour continuer le mouvement des théories féministes et LGBT. Elle prouve combien franchir les frontières du genre, changer de corps touche au plaisir, à la jouissance mais aussi à la peur de celles et ceux qui face à de telles images se voient interpellées. Elle suggère que le corps « ensemencé » n’est pas incorruptible voire qu’il n’est pas le bon : il peut être simplement mal « programmé » et doit ressusciter pour devenir glorieux en quittant la distribution des genres.

Reding 2.pngA travers ses « queers » Valérie Reding, au désir contourné, à l’empêchement substitue la possibilité - hors culpabilité - de jouir du même et d’être soi-même. Ce changement extrait de la pure illusion comme de l’errance et de la répétition. Accepter une forme de « perte », c’est regarder du côté de l’autre en soi et d’en oser le risque. Cela n’a rien d’une forme de schizophrénie mais d’un rêve bien éveillé.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/09/2016

Magdalenna Satanneck : "le rien au monde que plus aima"

 

magdanela.jpgMagdanela Satanneck pose son corps devant l’immense masse de silence et réinvente le langage de la nudité. Du clair, de l’obscur, du tendre, surgissent les instants du monde où celui-ci se concentre en des points spécifiques de fixation : de la pensée ou de l’inconscient, se perce leur peau fuyante. Restent les plis du coeur, les déchirures de l’âme. Les portraits font leur chemin dans le jeu des miroirs. La beauté est rigueur. A l’horizontalité répond la verticalité. Demeure la folie de tout ce vu, du croire, du croire entrevoir sans stress, sans strass, sans cesse, sans sauce textile.

magdanela4.jpgFace à l’absence, la photographie pose une présence comme celle de l’enfant qui ne vient pas occuper une place auparavant vide si ce n’est celle creusée par le désir. La capter comme le fait Magdalenna Satanneck appelle à exister « sous une apparence fausse de présent » (Mallarmé). Reste un corps en impeccabilité dont le cuisant et le cuivré sont dégagés de tout obscène. Chaque (auto)portrait côtoie moins un débordement qu’un dépassement. Et si créer est une activité esthétique qui se dit à l’infinitif elle travaille en même temps et ici un « je » qui est « le rien au monde que plus aima » la photographie.

magdanela3.jpgElle ramène à l’espace de la déposition s’agissant du corps en tant qu’objet de perte et de résurrection. Le secret vient une fois de plus affirmer son autorité car il est dans le corps. Mais de quel corps s’agit-il De qui est ce corps ? Voilà la question dangereuse puisqu’il s’agit de celle de l’identité. Elle devient une ombre qui ne me suit pas forcément le corps : elle le précède, argumente le silence en un trouble premier pour en éclairer beaucoup d’autres. Magdalenna Satanneck y ajoute les siens : se sont ses « pions » dont elle plus pionnière que pionne.

Jean-Paul Gavard-Perret