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11/12/2016

Isabelle Pilloud et la beauté des femmes

PILLOUD BON.jpgIsabelle Pilloud, « Femmes et artistes à Fribourg », Musée de Charney, du 11 décembre 2016 au 12 février 2017.

Sans s’arrêter au visage, à la ressemblance et à la beauté de façade, Isabelle Pilloud poursuit sa quête des femmes en lutte, des héroïnes du quotidien. Restent des rehauts sur le silence: ils entraînent à nouveau la pensée picturale dans l'inconnu(e) entre le vide et l'évidence. Pas d'a-jour réservé à la toile, pas de parcelle laissée à son propre devenir sans charge d'émotions.

Pilloud 3.pngImmobilité pense-t-on d'abord : mais la résultante de tous les dépôts venant nourrir le regard de vagues successives crée une suspension, un point d'équilibre entre le temps qui aura mûri la lente méditation et celui qui - traversant la toile - distille en nous son rayonnement.

 

Pilloud 2.pngL'œuvre est l'aboutissement d'un lent travail d'approches et de révisions. Celui d'un œil et d'une main en mue perpétuelle et obsessionnelle. Il s'agit de dégager des constantes, de laisser des traces lisibles et les limbes d'un corps qui se cherche ou se perd comme énigme. Il se montre, se cache, pense. La peinture touche, saisit. Une pulsation lourde sourd du plus profond mangé d'ombres mais qui s'éclaire de couleurs, loin des mots, pour le cœur et l'émotion.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/12/2016

Delicatessen : Claire et Philippe Ordioni

Ordioni 2.pngClaire et Philippe Ordioni cherchent les métamorphoses du portrait par l’éclosion d’une forme de fantasmagorie parfois monstrueuse mais le plus souvent baroque. La figuration est tamisée en bonne distance entre le rêve et le réel. Tout devient drôle ou inquiétant. En primitifs du futur les deux créateurs imaginent qui ne doivent leur salut qu’en sombrant dans une schizophrénique visuelle pour faire face à un monde lui-même mentalement et psychiquement affectés. Au leurre répond le simulacre.

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Ordioni 3.pngChoisissant leurs modèles au fil des rencontres ou de leurs amitié, Claire  et Philippe les scénarisent : chaque modèle incarne au mieux « son » monstre grâce à l’alchimie des deux artistes. Pour l’heure Philippe Ordioni n’a pas réussi (si on le croit) le modèle parfait citant pour le confirmer une phrase de Diane Arbus : « Je n’ai jamais réussi à réaliser la photo que je voulais prendre, elle est toujours soit pire, soit meilleure ». Il pousse pourtant la folie plus loin puisque le corps y est engagé de manière frontale. Tout est captivant, fantastique. L’univers de « Delicatessen » n’est jamais loin mais en plus onirique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claire et Philippe Ordioni, « Portraits baroques », « Divas baroques », « Icônes baroques », Arnaud Bizalion Editeur, 2016, chacun 18 E.

Louisa Gagliardi : espèces d’espaces


Gagliardini.pngLa jeune graphiste lausannoise Louisa Gagliardi impose des œuvres qui sont de véritables usines à gaz. Recherches personnelles ou travaux de commandes qu’importe : histoires, anecdotes trouvent un traitement aussi impeccable que surréel. Il existe là des féeries glacées impressionnantes déclinées à travers des points de vue subjectif ; celui de ses « narrateurs » et celui de la créatrice elle-même à travers ses traitements numériques. Jaillissent divers types de hantise des lieux en une poésie mystérieuse et prégnante. Un ordonnancement subtil, acéré (mais doux parfois) crée un langage particulier. Rehaussé de volumes géométriques les images peuvent servir de cautions au rêve. L’anonymat décliné sous forme de structures crée une énergie ténébreuse.

La puissance immobile, épurée et chargée de silence des monstres architecturaux comme égarés dans un tel contexte suggère un équilibre où le jeu du lointain fait celui de la proximité. Sous l’apparence crue un lieu dégagé de toute facticité aguicheuse ou de pure « façade », se produisent une complémentarité et une harmonie intempestives. L’oeuvre renforce l’idée que l’architecture est réactive et « métaboliste ». L’imaginaire graphique permet donc franchir des seuils et reste au service de rapports complexes. Masses et ruptures de plans font que les structures et leur contexte se regardent et se complètent. L’espace y devient temps. Temps non pulsé mais à l’indéniable force suggestive.

Jean-Paul Gavard-Perret

Louisa Gagliardi , « Notes for later », Galerie Rodolphe Jansen, Livourne, de12 janvier au 11 février 2017.