gruyeresuisse

17/07/2017

Le "ça voir" d’Isabelle Cochereau

Cochereau.jpgIsabelle Cochereau capture le corps pour percer son mystère mais sans la prétention d’en donner la clé. Elle calligraphie membres et visages selon des « structures » étranges. Les êtres ressuscitent en « élucubrations » plastiques parfois poétiques, parfois provocatrices. Reste à savoir que faire avec un tel " ça voir " : l’image se situe entre enfer et paradis, trouble charnel et éther.

 

 

 

 

cochereau 2.jpgDe la sorte, l’artiste évoque la poignante simplicité de corps aussi inévitables qu’inaccessibles. Entre coups de grisou et chuchotements de chorégraphies voluptueuses, les rituels optiques font chavirer le regardeur. Epures et anacoluthes semblent enfin réconciliées et font ressentir l'insondable profondeur d’un innommable.

 

 

 

 

Cochereau 3.jpgPeignant sur la crête où culmine l’intimité et son interdiction, l’attraction épouse son repoussement. D’où une immense délicatesse de l’insistance et l’absorption de la crudité. Avec parfois le rouge véhément de la pudeur comme coquelicot de l’émotion.

Une main freine toute équivoque, l’autre l’infuse par flambées et cassures des visages cassés, parfois burinés, parfois fragiles mais toujours prisonniers d’une solitude galactique que l’artiste condense plus qu’elle ne l’étale.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/07/2017

Mathias Kiss au MUDAC : le baiser au lépreux

Kiss.jpgMiroir / Miroir. Exposition collective au Mudac à Lausanne du 31 mai au 1er octobre 2017.

 

 

 

 

Kiss 2.pngLe hispter Mathias Kiss avait pour but premier de secouer les « arts décoratifs du XXIe siècle ». Il a dérivé de son objectif pour faire beaucoup mieux. Reprenant à sa main le design, l’artisanat et la scénographie il en a déconstruit et remodeler les codes et divers types de figurations ou d’objets (dont ses célèbres miroirs son œuvre à ce jour la plus célèbre).

Son passage dans la restauration des monuments historiques lui a été des plus formateurs : tout ce qu’il avait appris lui a suffi de le détourner les règles selon des farces à grande échelle. Dans tout ce qu’il invente l’artiste crée des odes à l’absence.

Kiss 3.pngMathias Kiss sait en effet qu’il existe trop d’art pour tant de monde. Il prouve que le sien est là pour créer un rapprochement qui augmente la séparation. Dans ce but l’artiste cultive l’acuité de coupures et d’infiltration à la fois hors langue plastique et par elle.

Créer devient l’envers de l’image et son dépassement. C’est un renversement de l’espace en une sorte de paysage en parallèle. Kiss fait se perdre le regardeur dans son erre et dans sa vue refabriquée. Il fait glisser entre les images pour leur élargissement de ce qui ne leur appartient pas mais qui est néanmoins de leur ressort. Cette impossible maîtrise s’appelle l’art. Ses règles n’existent pas ou mieux : elles doivent être rompues à tout instant.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:53 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

14/07/2017

Le tact et le tactile : Elise Bergamini

Bergamini.jpgLes œuvres d’Elise Bergamini sont des propositions minimales qui tirent des plans sur la comète. Dans le peu se fomente des extensions. Tout est en place pour qu’elles deviennent possibles. L’artiste bâtit des nids suspendus à trois fois rien. Ce qui fait que quelque chose se fomente dans le presque vide. Existe l’organisation de cachettes que rien ne dissimule. Un sein est voilé par l’air libre.

 

 

 

 

Bergamini 2.jpgDe l’air il en existe toujours en de telles œuvres. Il est non marqué mais inclus. Il oriente le dessin. Il est sur quoi celui-ci s’appuie et avec quoi il joue au sein d’une sorte d’apesanteur. Chaque proposition semble une réponse pertinente à une somme d’essais. Tout est dans le tact, en un toucher effusif presque sentimental. Ce dernier convoite les yeux. L’inverse est vrai aussi. Tout semble flotter, tendu, porté. L’image ne décore pas : elle suggère l’intimité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Coffret Elise Bergamini Littérature Mineure, Rouen, 2017, 25 E.