gruyeresuisse

03/11/2017

Les pro-thèses d'Eva Stenram

Stenram.jpgL'artiste suédoise Eva Stenram ne cesse de détourner de vieilles photos de pin-up des magazines de charme des années 50 et 60. Elles posent dans des décors d'intérieurs "middle-class" ou devant rideaux et tentures. Elles sont cachées au trois quarts, parfois la plasticienne n'en montre qu'une jambe gainée d'un bas et d'un talon-haut. Le décor passe au premier plan selon une série de retouches astucieuses.

Stenram 3.jpgL’équilibre de chaque photographie est irritant puisqu’il s’érige au service d’uns "claudication"... Sa surface agace moins par les accidents qu'elle comporte que par la femme devenue absence, prothèse ou ambiguïté qui échappe au voyeur. L’Eros est « soufflé » au profit de sa comédie.

Stenram 2.jpgL’artiste s’empare des stéréotypes ave légèreté pour créer un espace où joue le manque. Le tout dans une virtuosité. Elle cultive la profondeur plutôt que la simple verve entre vertige et lucidité par l’acidité que chaque œuvre fomente. Eva Stenram indique le seuil d’un lieu où « l’objet » et le regard se perdent. La femme devient, la proche et la lointaine, la vulnérable et l’inaccessible. Sa présence perdure sans pour autant effacer les pensées de néant.

Jean-Paul Gavard-Perret


The Ravesrijn Gallery,Westerdoksdijk 603, Amsterdam

02/11/2017

Entre l’avant et l’après : Mathis Gasser

Gasser3.pngMathis Gasser, Le musée et la planète », Centre Culturel Suisse de Paris, 28 octobre-17décembre2017.

Mathis Gasser collectionne, agence, colle ou reproduit des images de toutes sortes et de tous genres, provenant des sources les plus diverses dont celles du web. Mixant dans une dé-hiérarchisation, art, architecture, musée ; cinéma, séries télévisées, jeux vidéo, BD, il mélange et superpose des images. D’une part celles de vieux navires, de vaisseaux spatiaux ou des motifs issus de l’univers SF et de l’autre, des salles du siège des Nations Unies à New York et des musées d’art à travers le monde.

Gasser.jpgCes percussions nourrissent des réflexions sur les inspirations réciproques entre la science-fiction, le design « spéculatif » et l’architecture des institutions. La fiction alimente la réalité autant que la réalité alimente la fiction. Le tout dans une pratique de l’écho qui tient du cut-up et du sampling, de la citation par un point de vue critique sur les dérives du monde contemporain.

Gasser2.jpgLa science-fiction tient un rôle clé par son ironie et sa froideur mais annonce aussi la folie des avancées technologiques qui remettent en question la destinée de l'humanité là où les vaisseaux et les structures architecturales SF et celles qui incarnent le pouvoir (politique et artistique) sont récurrents en un jeu de l'avant et de l'après. Là où tout compte fait ne reste qu’un chaos.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/10/2017

Peter Knapp : ivresse cinétique et chorégraphique

Knapp.jpgEn 1966 Peter Knapp abandonne définitivement la peinture pour la photographie. Elle répond bien mieux à ses intensions. Mais son aventure avec le médium commence avec Hélène Lazareff dès 1959. La directrice de presse reprend le nouveau magazine « Femina ». Elle offre à l’artiste la direction artistique de ce qui devient « Elle ». Mais le Suisse reste familier d’autres publications ("Stern", "Sunday Times", "Vogue") où il publie aussi ses photo de mode avec succès avant d’aborder le cinéma et la télévision puis de revenir à la photographie en plasticien pour Peter Klasen, Andy Warhol et Robert Rauschenberg au sein de l'exposition «les peintres photographes» d'Arles.

Knapp 2.png

 

Soutenu par Pierre Restany, il est l'un des premiers artistes à exposer des photographies en couleurs et de grande taille dans les galeries. Son style se caractérise par une grande rigueur graphique dans l’esprit du Bauhaus hérité de ses études d’art à Zurich. Les formes à la fois se cristallisent et se dénouent pour donner une intensité picturale et vitale aux images. Knapp ne cesse de les défaire et de les recomposer.

 

 

Knapp 3.pngLa ligne et le géométrisme restent majeurs dans ses structures plastiques. Et il aime parler de son médium sous l’acception « Photo & Graphique ». Toujours à la recherche de la simplification il édulcore astucieusement le volume et la perspective. A la recherche du moindre ses photographies noir et blanc pour Courrèges comme ses scénographies colorées pour Montana demeurent des musts qu’une telle exposition remet à l’honneur. Knapp a ouvert bien des chemins là où les modèles semblent perdre pied et lâcher prise dan une féerie jubilatoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Knapp, "Quand la photographie de mode devient Art", Galerie Berthet-Aittouarès, 2 au 19 novembre 2017.