gruyeresuisse

12/09/2019

A sa botte - Sylvie Fleury

chanel-yeti-boots-pink-edition-sylvie-fleury-lithograph-jean-jrp-editions-600x600.jpgSylvie Fleury, "Chanel Yeti Boots", JRP Editions, Zurich, 13 septembre 2019.

 

Joignant l'utile à l'agréable, c'est sur toile Denim que Sylvie Fleury lithographie et décline ses "Chanel Yeti Boots", manière de glisser doucement vers la mode d'hiver même si le temps ne semble pas encore propice aux flocons.

 

SYeti 2.jpgylvie Feury prouve que la plus belle fille du monde peut donner ce qu’elle a simplement à travers de telles bottes. Quant à celui qui lui fait face (qu’il soit spectateur ou voyeur) il y mêle ses fantasmes, ses grilles de lecture, ses attentes. L'objet peut remplacer la chose. Et ce non sans ironie.

 

Yeti.gifCette interaction à la fois nie et renforce la force de l’imaginaire en prouvant qu’il ne possède pas une simple fonction d’irréel. L’image affirme sa présence mais comme «n’étant pas toute» dans ses déclinaisons de couleurs et jeux d'angles là où une certaine épiphanie reste neutralisée. Tout reste «en l’état», un état absurde dans l’interminable attente d'une femme possible mais non de sa certitude là où Sylvie Fleury ouvre de la beauté une version particulière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Flora Mottini : odyssée de l'espace

Mottini.pngFlora Mottini, "Sortie astrale", Quark, Genève, du 12 septembre au 26 octobre 2019.

Par des sortes d'empreintes, du tachisme et différents types de reports et transferts Flora Mottini remplace le chaos en fêtes colorées. D’étranges mixions, structures et incidentes deviennent des sarabandes. Les formes y sont hallucinées et grouillantes. L'artiste en appelle au choc sensoriel mais pas seulement. L'oeuvre devient l’expédient ni des enfers ni des paradis mais d’un territoire où se desserre le carcan de la représentation au profit d’un langage enjoué et ludique - mais pas seulement. Existe une perspective particulière fruit d’une réflexion libératrice autant esthétique que philosophique.

Mottini 2.pngAtteindre le ciel ne passe pas par "du" paysage mais par la peinture elle-même. L’œuvre la développe dans l’idée que toute représentation du monde est une construction avec ses codes propres. Loin de tout effet miroir et contre l’illusion  réaliste l'artiste préfère un signifiant au signifié. Le premier est ici entretenu comme quelque chose de transcendant quoique "matériel" afin que la peinture fasse fonction de labyrinthe oculaire. C'est en ce sens qu'il faut considérer une telle traversée des apparences. Elles sont remplacées par torsions et assomptions dans la pentecôte des couleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/09/2019

Martin Fuster : foule sentimentale (ou presque)

fuster 2.jpgDes traits de Martin Fuster tout peut être attendu. Le sourire en premier. Mais dans les fantaisies d'un tel artiste rien n'est jamais gratuit et il n'est pas jusqu'aux diagonales du fou trahi sur un échiquier fracturé de tomber dans l'abîme. Et si le dessin montre l'être c'est en passant par les gouffres sans néanmoins que la moindre souffrance soit émise.

En de telles oeuvres les narrations intempestives, en absence de titres, laissent au regardeur le choix de les interpréter. Tout est ici de l'ordre et de la cassure mais demeure dressé dans une impeccabilité graphique. Fuster.jpgLes petits traits précis comblent autant les vides que le regard. Ce dernier s'abandonne aux ravissements de l'investigation que chaque dessin mérite.

Il y a du Mozart dans les petites pièces que Martin Fuster crée : son langage tranperce, ramasse, pénètre, glisse là où des êtres ronflent sans dormir ou dorment sans fermer les yeux. La foule parfois s'amasse. Mais personne ne parle à son voisin. De quoi rassurer Souchon ou donner les boules à Nougaro s'il était encore des nôtres. En tout état de cause plutôt que d'initier des marches au supplice, l'artiste hache le plaisir parfois en mâchant son crayon ou sa plume.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'oeuvre du jeune artiste reste encore méconnue, certains de ses dessins sont publiés dans la revue Folazil (Grenoble).