gruyeresuisse

13/01/2019

Vol de nuit : Antoine d'Agata

D'Agata 3.jpgEmanent des photographies - apparemment documentaristes -  d'Antoine d'Agata une «science» de l’esprit et du corps marchandisé et une dérive des continents de l'affect. L'artiste crée de fait une forme de philosophie de l’histoire et des déchéances qui se fomentent dans les rues de nos belles citées. Ici aucun enfumage : la réalité est telle quelle mais selon une esthétique qui refuse le vérisme pur et dur pour un expressionisme beaucoup plus parlant.

D'agata 2.jpgCe qui pourrait se nommer «pornographique» ailleurs accentue ici la vision des limites du tragique des situations. L’imaginaire change de cap par le langage même. A ce titre le monde et sa sexualité peuvent paraître effrayants mais il y a là une nécessité de comprendre l’humanité et les millions d’êtres qui vivent dans la crasse, au milieu des mouches, des rats, dans la prostitution la plus révoltante qui se voit non seulement en Asie mais ici-même.

D'agata.jpgAntoine d'Agata ose une quintessence de la  «viande» (Artaud) humaine. Un tel monde est scandaleux aux yeux de la morale mais il est surtout vécu par les protagonistes dans un état de fiasco. Preuve que les grandes visualisations se créent non seulement par la capture du réel mais à travers l’imaginaire lorsqu'il possède une force de transfiguration.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/01/2019

Min Kim, Attentes

Min Kim.jpgMin Kim, "Waiting", Andata e Ritorno, Genève, du 17 janvier au 8 février 2019.

L'artiste sud coréeene Min Kim ne cesse d'étonner. Dans ces oeuvres en cours elle trouve une puissance qu'on ne lui soupçonnait pas forcément. Il faut absolument se rendre chez "Andata e Ritorno" pour comprendre tout ce que l'œuvre engage autour de diverses formules d'ombres et de lumières. Ce travail crée un univers sidérant que même les imperfections soulignent à travers des cérémoniaux ambigus. Mais c'est peut-être dans ses images les plus simples et elliptiques que la créatrice donne toute sa force.

Min Kim 2.jpgPeu de bémols donc à accorder à une oeuvre dont les déambulations s'enrichissent au fil du temps entre fragments et errances. Existe un refus astucieux de pathos  : cela accorde à l'oeuvre son atmosphère étrange et inédite. Chaque image excède l'aspect, la surface apaisée qu'elle propose en tirant de l'absence la forme de se représenter.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/01/2019

Ce que les gourmands disent : Martin Parr

Parr 3.jpgC'est en 1995 que Martin Parr, fidèle  à sa volonté de "dire" le monde, commença la série «British Food» où sont mis en évidence de manière fractale divers types de mets appétissants ou non . Viandes, légumes, confiseries sont présents à travers la cuisine britannique souvent ostracisée (à tord).

Parr.jpgUne telle saisie, grâce ou à cause des portables, est désormais devenue une sinécure - ce qui n'était pas le cas au moment où ce projet prit corps en poursuivant les expérimentations chères au créateur. Chez lui la photo documentaire préserve toujours un caractère drôle et incisif.

Parr 2.jpgParr y revendique une double postulation : ce qu'il nomme une "pornographie culinaire" mais aussi le "glamour" des magazines de cuisine. L'artiste utilise le flash pour  - écrit-il - "créer de la fiction et du divertissement hors réalité". Les couleurs vives deviennent un prétexte afin de proposer une fête de la nourriture elle-même. Elle est ici, dans son brutalisme parfois quasi surréaliste, dégagée de ses conditionnements et emballages.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Parr", British Food", Janet Borden Inc, Brooklyn (NY) jusqu'au 16 janvier.