gruyeresuisse

21/03/2019

Ingvar Kenne : sweet old Australia

Kenne 3.jpgAvant l'arrivée d'Internet, pour les Australiens des vastes plaines et campagnes  en mal de justes noces ou tout au moins de rencontres fut inventé au XIXème siècle  le "Bachelor and Spinster Ball". C'est en fait l'équivalent - mais en plus ciblé - de nos bals qui avaient lieux chaque semaine  jusque dans les années 80 et qui demeurent encore parfois en tant qu'empiètement sur le passé.

Kenne.jpgAu départ et en Australie celà ressemblait à des dîners et des soirées de danses classiques. Mais au fil du temps   de telles festivités se sont transformées en soirée de type "rave party" où l'alccol coule à flot. Trouver l'amour est devenu secondaire : place à l'ivresse, la danse, la débauche. Et Kenne a traversé pendant un an l'Australie à la recherche de telles cérémonies d'un certain chaos au coeur de nuits chaudes et de désordre.

Kenne 1.jpgIl s'agit désormais de brûler la chandelle par les deux bouts plutôt que de trouver l'âme sœur. Les corps se défont en une sorte d’entente tacite avec la vie. Reste une certaine forme de "volupté" à l’instant où jubilent et se réalisent tant que faire se peut certains fantasmes. Le regard s’accroche à des silhouettes vives dont ne demeure souvent que la chute au moment où à  la douceur de la nuit est préférée la splendeur du jour.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:21 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

20/03/2019

Sebastian Stadler : subversion des motifs

Stadler.jpgSebastian Stadler, "Travestines, Heinzer-Rezsler, Lausanne, du 29 mars au 4 mai 2019.

 

L'œuvre du zurichois Sebastian Stadler crée des zones de potentialité. Elles se distinguent de toutes les figures de représentation dont les photographies incarnent pourtant l’apparence visible. Tout concourt à excepter l’évidence directe pour d’autres figures plus denses, mouvantes, expressives. Surgit une corporéité particulière, alchimique par "erreurs" d'optique pour atteindre l'impénétrable dans le réel.

 

Stadler 2.jpgL’œuvre se veut exaltation, elle est de l’ordre de la célébration mais demeure en état de guet. Nous sommes là dans la situation contradictoire d’avoir affaire à un monde et à son absence. Les éléments juxtaposés sont à la fois enfermés et ouverts en un schème d’immanence, de dispersion et de concentration et aussi d’énergie constitutive de ce qui a priori échappe à la forme.

Stadler 3.jpgChaque élément est inclus en elle sans véritablement «la rencontrer». Tout est en rapport mais de manière solitaire. Il existe une approche sensorielle mais aussi une séparation. Cela permet l’épanouissement d’un phénomène de pollinisation sombre et habitée. Stadler crée un contact avec l'au-delà ou l'en-deça de l'apparence par la matière sensible sur le mode de la fascination. Celle-ci ne cherche pas le fantastique mais le vertige attirant de la pure possibilité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:40 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Esther Teichmann : les narrations du féminin

Teichmann.jpgLa sidération des photographies peintes d'Esther Teichmann opère pour la deuxième fois à la galerie des Filles du Calvaire. L’influence du romantisme allemand et du cinéma est toujours présente et selon une esthétique que l'artiste définit ainsi : « Plutôt que de travailler directement à partir d’une histoire de l’art spécifique, je collectionne des documents provenant de sources diverses", elle en tire corps et gestes pour un potentiel narratif qu'elle reconstruit et active.

Teichmann 3.jpg

 

Dans des sortes d'installations vidéo la peinture et la photographie ne font plus qu’une. Soit la peinture ruisselle sur le tirage, soit elle lui sert de fond en des couleurs subtiles. Tout appartient au registre du mystère : celui de la recherche du désir, de sa peur ou de son risque comme de son exacerbation  qui  déjoue tout devenir de mortification.

 

 

Teichmann 2.jpgL'artiste construit une plongée dans le monde énigmatique du fantasme. Des métaphores aquatiques ou minérales (cascades, coquillages) entourent d’autres excroissances : celles de la statuaire. Derrière, des encres glissent pour suggérer des grottes aux réminiscences parlantes. L’érotisme n’a rien d’obscène : il est l’image d’une quête intime. Celle qui se dérobant aux regards s’offre néanmoins dans les abysses de la féminité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Esther Teichmann, "On Sleeping and Drowning", Les Filles du Calvaire, du 12 avril au 11 mai 2019