gruyeresuisse

17/02/2020

Fabuleuses fabulations : Olivier Mosset au MAMCO

OMosset.jpglivier Mosset, MAMCO, Genève, Du 26 février au 21 juin 2020,

Le MAMCO expose le travail de l'artiste suisse  le plus connu (avec John Armleder) Olivier Mosset. Figure centrale de la peinture abstraite d’après-guerre il demeure une référence incontournable pour des générations de peintres européens et américains. Cette rétrospective revient sur les décennies de pratique de l'artite, depuis les premières expérimentations des années 1960 jusqu’aux monumentaux travaux récents, en passant par les réflexions du peintre sur l’appropriation, le monochrome ou les "shaped canvases".

Mosset 2.jpgDe plus, des salles du musée sont consacrées à des mouvements et artistes dont Mosset fut ou demeure proche. Elles permettent d’envisager son travail à l’aune de différents contextes. C'est une manière supplémentaire de rappeler que toutes les oeuvres du créateurs restent des glaïeuls incendiaires exorbités de différentes manières - de l'abstraction au destructionnisme. Il pratique aussi bien l’aporie que le fractal avec un humour parfois "essentialiste". Et il serait peut-être encore prêt à donner ses cheveux et sa barbe pour que Trump se prennent pour les Beatles (période karma).

Mosset 3.pngC’est dire si Mosset se moquent des pouvoirs. Sans doute parce qu’il reste voué aux alternances incompréhensibles (pour les autres). Elles caractérisent son travail, sa fragilité, sa force, son anxiété et sa farce. Le volupté des images est chez lui jamais est une perte mais une dépense - dans le sens où l'entendait Bataille. Et ce qui en résulte est tout sauf une tristesse ou un tarissement.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

16/02/2020

Claire Bretecher : rebellion, distance et liberté

Bretecher.jpgClaire Bretecher aura apporté à le B.D. via le dessin de presse à la fois un mixage de Ronald Searle et du "Petit Roi" d'Otto Soglow (série bien oubliée). L'humour complexe et la modernité graphique - par exemple des "Frustrés" son chef d'oeuvre - sont le fruit d'un travail plus conséquent qu'il n'y paraît et plus proche qu'on pourrait le penser de Sempé. Les deux sont les plus grands metteurs en scène de notre monde.

Bretecher 2.jpgPeintre (trop méconnue) de portraits jamais tendres et surtout au pastel, l'artiste par le dessin est devenue une star singulière. Elle montre combien le monde "ne fait pas bien les choses" - qu'il s'agisse de Dieu, la nature ou des parents. Son parcours atypique est celui d'une femme indépendante, observatrice solitaire et sauvage pour mieux se défendre depuis son nid d'aigle de Montmartre.

Bretecher 3.jpgNon militante et ignorant le mépris, l'artiste fut pourtant une féministe majeure quitte à se faire épingler par certaines d'entre elles. Tout passe chez elle par le dessin : "Le destin de Monique" (1983) anticipe par exemple des problématiques d'aujourd'hui (PMA, monoparentalité). L'ironie est chez elle complexe et demande une certaine éducation à l'humour.

Bretecher 4.jpg"Plus une histoire est bête meilleure elle est" disait celle qui a fait de l'absurde le moyen implacable de s'approcher au plus près de la vie. Barthes la désigna sociologue (elle est bien plus) et Bourdieu la loua. Bretecher pouvait se passer de telles béquilles : son oeuvre se suffit à elle-même jusque dans son invention non seulement graphique mais parfois langagière quand la parole flotte dans l'image.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/02/2020

Peter Wüthrich la lecture par l'image

Wuttrich bon.jpgPeter Wüthrich, "Literary Ghost", Galerie Bernhard Bischoff & Partner, Berne, du 17 janvier au 22 février 2020.

Passionné depuis toujours par les livres qu'il a traités - certains diront maltraités ...- de diverses façons, Peter Wütrich recherche toujours à travers eux et leurs mises en espaces des perspectives poétiques et altières en diverses structures et envols.

Wuttrich.jpgCelui qui n'est pas pour autant un "ghostartist" comme il existe des "ghostwriters", enclenche ce qui tient de la performance ou plutôt de l'installation.

Wuyttrich 2.jpg

D'une part à travers des livres "d'images" qui donnent le titre à l'exposition se fomentent un autre esprit et une autre histoire de la littérature en ce qui devient des "portraits" de mots. D'autre part la galerie propose des objets en trois D :  maquettes d'architectures construites de différents livres anonymisés par leur couleur mais qui suggère le travail des écrivains dans leurs maisons et lieux respectifs.  Celui qui fut d'abord architecte offre une lecture particulière de la littérature : l'image lui accorde une subjectivité supplémentaire là où la poésie visuelle joue à plein.

Jean-Paul Gavard-Perret