gruyeresuisse

27/09/2019

David La Chapelle à Genève : révision des archétypes et icônes

La Chapelle 3.jpgDavid La Chapelle, "Radiance", Galerie des Bains, Genève, du11 octobre 2019 au 25 janvier 2020.

L'artiste américain David La Chapelle pour sa première exposition solo en Suisse présente des oeuvres qui dessinent son parcours de 1987 à 2019. Elles révèlent l'étendue de ses points de vues et sa manière d'étendre la notion même de photographie. L'artiste présente ici et entre autres, dans une oeuvre récente, un hommage à son mentor (Andy Warhol). Mais il montre aussi comment il joue avec difféntes époques - des temps bibliques à la révolution industrielle - en "réimageant" par exemple la Vénus de Botticelli ou comme dans sa série la plus récente "L'Annonciation".

La Chapelle.jpgLe plasticien propose ainsi ses horizons radieux. Celui qui fut un temps l'archiviste d'une histoire médiatique mais qui ne fut proposée que de manière iconoclaste ne cesse de produire sans cesse des réinterprétations corrosives et ludiques dans la lignée de Gilbert & Georges mais avec plus d'emphase romantique.

La Chapelle 2.jpgSon propos se veut à rebours des pratiques artistiques «autistes» qui se désintéressent avec désinvolture et arrogance de la situation où l’humanité se trouve prise. La Chapelle prolonge son propos en interrogeant les tensions inhérentes aux Reines, Saintes et autres figures mythiques. Tel un nouveau Dante il circule en une entreprise de pensée dans les grandes époques de l'esprit mais aussi en nos sous-mondes et ceux de nos inconscients à travers des figures emblématiques détournées et trafiquées. Et c'est souvent ironiquement sublime.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/09/2019

Leopold Rabus : remèdes à la passivité

Rabus bon.jpgLéopold Rabus, "Rencontres", MahN, Neuchâtel, du 6 octobre 2019 ai 8 mars 2020.

Antonia Nessi, codirectrice du MahN et commissaire de l'exposition a trouvé l'artiste idéal pour jouer de l'ancien et du nouveau et mettre en exergue à la fois l'oeuvre d'un artiste iconoclaste de premier plan et la revisitation des trésors du musée. En ouvrant ses réserves à l'artiste, s'instaure à la fois une rencontre pour beaucoup avec l'oeuvre et le dialogue que celle-ci ouvre avec ce que Rabus retient des collections du lieu.

Rabus 3.pngL'artiste réanime des clés intemporelles telles que le romantisme, la mélancolie, la nature, la peinture à travers les époques qu'il convoque en tant que paradoxal novateur au moment où une idée majeure émerge : l'art peut avoir raison du temps, mais comme si son dedans était le lieu de la plus grande absence.

Tout le travail de ce parfait irrégulier de l’art est empreint d’humour, de dérision mais aussi d'attention quasi filiale envers ses aînés. Nous retrouvons bien sûr les oiseaux chers à l'artiste dans ce qui n'est pas ici une simple parodie. Se crée un nouveau discours de et sur la méthode. Rabus incidemment met à mal la puissance charismatique et eucharistique de l'art tout en renouvelant ses potentialités.

Rabus 4.jpgCréer est donc pour Rabus une méthode critique qui à l’inverse de celle de Dali ne possède rien de paranoïaque. Ou - si elle l’est un peu - elle répond à d’autres exigences que celle du maître catalan (qui serait sans doute séduit par Rabus). Ce dernier oblige à repenser l'art et le réel. Clopin-clopant un sourire prend la bouche à mesure que l'artiste nous emmène dans son périple de Neuchâtel. Il donne forme au fond le plus profond du sans fond que certaines oeuvres empruntées pouvaient suggérer et que Rabus sort de leur état d'inappétence ou d'oubli.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/09/2019

Jochen Raiss : peau de l'ours et chimères

Raiss.jpgCollectionneur de photographies Jochen Raiss plonge dans la crevasse des souvenirs collectifs. Sous les flocons du temps, ici, certains ours - ou leurs ersatzs - vont et posent afin de donner des frissons aux belles du XXème siècle.

 

 

 

 

 

 

Reiss 4.jpgAutres et lointains, différents mais voisins ces ours deviennent les témoins d'un temps et d'une fantaisie perdus en laissant leurs traces dans les congères de la mémoire. Dressés sur leurs deux pattes postérieures ils deviennent des prétextes ludiques. Eloignés de leurs forêts ils sont entourés de femmes à croquer.

 

 

 

 

 

 

Raiss 2.jpgChacun laisse son empreinte sur leurs épaules. Ils peuvent être pris comme métaphores et miroirs de la nature humaine comme de celles qui se laissent docilement alpaguées. Ils mettent de la sauvagerie comique dans la civilisation policée et sont les pléonasmes de son évolution. Ces ours bonhomme font remonter sans risques des peurs ancestrales.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jochen Raiss, "Polar Bears", Hatje Cantz, Berlin, 2019, 112 p., 16 E..