gruyeresuisse

13/04/2022

Aurélie Dubois : art-gens pas chair ?

Dubois.jpgSous le commissariat d'Amélie Pironneau auquel l'artiste lors de son exposition offrira une soirée une "lecture à nu" d'Amélie d'un texte de François Blistène, Aurélie Dubois s'empare de la scène en faisant une proposition plastique grand format. Chaque fois, durant une semaine les artistes en ce lieu créent un accrochage inédit. D'un mois à l'autre, les artistes se font relais : chaque nouvelle exposition ré-expose une œuvre de l'artiste précédant. Pour ce nouvel évènement, Aurélie Dubois est associée à une œuvre de Vincent Corpet.
 
Dubois 2.jpgCette installation introduit le concept psychanalytique de l’Art chez Lacan en le concrétisant. Et le  "S.K. Beau", concept  d'Hervé Castanet hérité de Lacan pour évoquer la  sublimation chez les artistes trouve là un processus d’élévation cosmétique et comique. Au pied de l'échelle Aurélie Dubois a inséré sur une nappe de pétrole rouge et  au néon le mot "gens" tandis qu'au haut de l'échelle se découvre le mot "art". Ces "gens" (terme populiste s'il en est et qui fit la gloriole de Mélenchon et choisi pour telle par la créatrice)  sont invités à gravir les échelons pour atteindre l’Art. Le tout en payant de leur sang ou celui de l'artiste ? Là reste toute l'ambiguïté de la question.
 
Dubois 3.jpgAurélie Dubois dont l'art est essentiellement et fondamentalement autobiographique  se définit ici plus que jamais comme "artiste de garde". Elle laisse toujours un champ d'interprétation autant à son "corps de garde" qu'à son armée des ombres qu'elle dirige à sa façon ne laissant à personne le droit d'empiéter sur sa personnalité et sa création qui ignore les tabous.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Aurélie Dubois, "Pétrole Rouge", Grand Angle -Rue Française, 3 rue Française Paris, 19-24 avril 2022.

Sud

Valcke.jpgQuand sa carcasse sonne, il en retire le silence. Depuis toujours c'est ce dernier qui résonne en lui. Mais c'est à lui qu'il fait la guerre dans la saillie de la vie.  Y traversent parfois des éclairs de pensées parmi des flammes d'émotion et ses torrents d'images fuyantes. Mais par lui il sait que son propre infini lui échappe. Il se voudrait homme des mots. Mais ils ne sont que les obscurs signaux à la rencontre de l'énigme qui les émet. Ce silence est donc la source inépuisable de cette ignorance qui se nomme la vie. C'est pour cela que son propre silence dans son éblouissement le tient éveillé. Il peut s'y oublier en une presque confiance. Ce qui n'exclut pas la peur. Bien au contraire. Qui mieux qu'elle connaît le suc qui coule dans ses veines ?  Qui mieux que lui dira le sang du silence ? Il cherche le sommeil à la surface ombreuse d'une telle lune . L'autre face l'entend rêver ou cauchemarder,  pâlissant d'angoisse à l'idée de perdre jusqu'à son ombre qu'il cherche dès le soleil du matin afin qu'elle l'accompagne. Il la veut, indéchirable et substance intime des songes dont est tissé le monde. Elle le relie en l'effacement de tout - jusqu'à son nom.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Oeuvre de Christine Valcke

12/04/2022

Lit sens 

Cornelia Eichhorn pour t.jpgL'homme qui dort est éveillé. Son  rêve du dehors est dedans, à l'intérieur de l'intérieur comme seule porte de sortie. Certes une telle chrysalide assoupie ignore  la forme de l'envol. Il supporte les contours de sa propre finitude et ne se plaint pas de son opacité. Et les cicatrices de la vie dans les traits de son propre visage il les supporte sans chercher la vieille blessure. Il ne sait pas que son rêve (ou son cauchemar) est sa propre puissance  dans l'inexorable devenir, dans le silence de la nuit qui souffle sur le flot des sensations. Tout son Je est là du soleil couchant au soleil levant à la lumière liquide des songes et la nuit blanche de mots. Ainsi dansent les  énigmes dans le corps du désir et la palpitation  du sexe. Fermer les yeux c'est concocter un autre surcroît de présence - tout est soi et possible là où nous ne sommes jamais nous-mêmes. L'homme endormi vit ainsi la magie du plus grand des échanges. Devenue inconsciente la chair entame son voyage intérieur dans le ressac de la mer de la tranquillité tandis qu'une sensuelle vierge noire est ouverte aux claires ivresses de la lucidité inconsciente.  Surgit un foyer d'émotions parcourant des couloirs hypnotiques. Le corps est enfin doublement habité par cet arrière-regard plus lointain qu'une étoile. Sous une telle fiction de soi  le corps s'ouvre. Qui l'incarne, en jouit ou l'oublie peu importe.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Oeuvre de Cornelia Eichhorn