gruyeresuisse

23/08/2020

Sur les quais : Barbara Polla et Julien Serve presque au dessus de tout soupçon.

Serve 2.jpg"Pendant des années, j'ai rôdé autour des chantiers, espérant reconnaître le grutier parmi les hommes qui sortaient, le soir…" : telle est la dérive d'une femme bien sous tous rapports et qui devient - le temps d'un livre de presqu'aveux et de l'exposition qu'il induit - fille d'un port.

Polla.jpgElle n'a rien de border-line même si son inconséquent (?) compagnon d'exposition dit ce que les mots "imagent". Qu'on se rassure rien d'obscène pour autant même si flotte un certain parfum d'éros. Certes l'auteure n'aime les grutiers que pour leur fidélité supposée du même que pour leur "Solitude et hauteur combinées." Et le lecteur lui en donne acte.

Serve.jpgMais Serve pousse le bouchon un peu plus loin rappelant qu'une grue possède certe une belle verticalité mais tout autant une horizontalité souveraine. Dès lors les images d'alliance du galopin joue un rôle plus explicite en ce que le texte induit. Mais tout est astucieux ici comme si souffler n'était pas jouer. C'est ce qui fait le charme et la séduction de cet exercice (à quatre mains) d'ambiguité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Polla et Julien Serve, "Moi la grue", festival Les Eauditives, Toulon 27-30 aout 2020.

20/08/2020

Hans Schärer : grandeur de l'art, faiblesse des croyances

Scharer.jpgHans Schärer, "Les Erotiques", Galerie Anton Meier, Genève, du 28 août au 9 septembre 2020.

Exposées dans leur intégralité en 2014 au Musée d’art d’Aarau et en 2015 au Swiss Institute de New York, les aquarelles érotiques de Hans Schärer présentées à Lausanne ont été réalisées à la même époque que ses fameuses Madones. Elles en sont les reflets inversés et non sans force visionnaire.

Loin des pendus qui ne descendent jamais de leur gibet et restent verticaux, les "érotiques" préfèrent la position couchée. Mais elles ne possèdent rien de gisantes. Contrairement aux "Madones" elles ne semblent que de matière. Mais ne nous y trompons pas : leur âme sert de résistance sinon de l’inexistant du moins à ce qui n'existe pas encore. Mais chaque héroïne rappelle que tout vient à point pour qui sait attendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/08/2020

"Ouille", la revue qui ne manque pas de piquants

Ouillz 3.jpgVoilà une revue ou plutôt un numéro qui n'aurait pas eu de justification en Suisse. Certes, le pays étant une Confédération, cela aurait pu sembler lui aller comme un gant. Mais ce que cette revue anoyme dénonce, les cantons helvétiques en font l'économie. Il y a là une bonne leçon d'inconduite pour un certain centralisme et ce, dans une liberté de ton qui se moque de classifications idéologiques.

 

Ouille.pngLa revue libère des espaces comme elle se dégage de la poix des signatures et cela est plus qu'une belle satisfaction. Ici ce qui compte ce ne sont plus elles mais ce qui se dit. Et d'une certaine manière cela change tout. Exit postures et impostures. Exit toute croyance aux noms qui restent la cautèle d’un petit chatouillis narcissique ou de starification.

Ouille 2.jpgIl s’agit d’assurer uniquement la puissance des textes eu égard à une solidarité qui se crée d'un texte à l'autre au sein de leur diversité. Les responsables dans leur refus de participer à l’imbécillisation du plus grand nombre ont donc choisi un parti-pris essentiel et rarissime. Il sépare des manipulations rituelles données par la nomination. Se trouve donc une issue aux gorges et plumes de paons. Histoire de rappeler que ce qui vient à l’esprit n'est pas des idées mais des animaux égarés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ouille, n°1, L'Imprimeur, Condom, juillet/aout 2020.

(2 dessins de Jacques Cauda présent mais caché dans ce numéro)

La revue est notamment disponible dans nombre de commerces de Condom, dans le Gers, dont La Librairie Gourmande, Le 1 pour tous, Le Chat pitre, et Le Sillon, et qu'elle le sera prochainement à Paris à la librairie Anima, 3 rue Ravignan, ainsi qu'aux galeries Yvon Lambert, 14 rue des Filles du Calvaire, et Art's Factory, 27 rue de Charonne.