gruyeresuisse

24/08/2017

Jacques Abeille et Léo Barthe : lune de miel pour hymen hermaphrodite

 

Abeille3.jpgJacques Abeille et Léo Barthe sont les deux faces d’un même irrégulier belge. Anne Létoré et Xtoph Bruneel leur offrent un hymen hermaphrodite pour le plaisir des lecteurs. Le tout - et dans ce cas ce n’est pas négligeable - un superbe étui avec extrait du manuscrit « Tombeau pour un amour dans la lumière de sa perte ». Le témoin du mariage -Arnaud Laimé - insiste avec raison sur la force d’un ensemble « plein de tensions entre un auteur et son double (mais lequel est lequel ?), entre ce qui se vit et s'est vécu, entre une langue déchirée qui peine à dire et une autre qui rutile et s'amuse, pour ne plus pleurer sans doute. ».

Abeille2.pngLe livre est une perfection littéraire et plastique. Eros y dérive vers une pornographie comique. Les cuisses se font légères même quand leur genre peut ne pas sembler le bon. Epilées tout y est au poil. Tout s’y voit sans entrave et hardiment. D’où, sous la farce, un ton de vérité qui étonne et saisit. Il se peut que le dédoublement plus que la schizophrénie qui s’empare de l’auteur permette de tracer ce qu’il a éprouvé par bonds et sauts, en un style alangui. Ou presque.

Abeille.pngLes corps décoiffent le lecteur, leur sel révèle des saveurs d’orange pressées entre des mains baladeuses, l’aigre évite à la douceur d’écœurer. Les amours s’ouvrent en un gynécée où les figues ne tombent pas forcément des arbres. Le gosier du bouc n’est jamais loin lorsqu’un triangle d’or permet de passer un certain trépas par un col entre deux collines ou colonnes charnelles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Abeille, « Tombeau pour un amour dans la lumière de sa perte » et « Petites pages pour un petit page de Léo Barthe, suivi de Libres masques d’Arnaud Laimé, Editions L’Ane qui butine, Mouscron Belgique, 39, 90 E..

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20/08/2017

Vertiges de l’amour : les filles cachées de Clovis Trouille

Riot Girls.png« Riot Girls - les filles cachées de Clovis Trouille , Maya McCallum, Anne van der Linden, Céline Guichard et Nadia Valentine, Galerie Art Factory, du 31 aout  au 23 septembre 2017

 

Riots Girls bon.jpgRien n’arrête les iconoclastes inclassables réunies à la galerie Art Factory. Faisant feu de tous interdits elles ne peuvent laisser les visiteurs de bois. Sexualité, religion, féminisme, politique : tout est revisité selon un anarchisme visuel juste contrôlé pour bien placer la balle dans le mille. L'association « Clovis Trouille (1889-1975) », gardienne du temple du subversif peintre a permis ce show sexualisé propre à inventer bien des fulminations jubilatoires et divers types de transgression : Céline Guichard offre de bonnes tranches de corps, Anne van der Linden propose la tractation de ses monstres en folies. Maya McCallum et Nadia Valentine leur emboîtent le pas et prouvent que tout est possible lorsqu’il s’agit de mettre à mal les interdits.

Riots girls 3.jpgLes quatre artistes s’en donnent à corps joie entre le cru et le cuit. Existe une traversée des tabous et de tout ce qui demeure habituellement caché. La condition féminine s’en trouve décuplée par des poussées où tout peut arriver. Il ne reste plus grand-chose de caché. Les limites et barrages qui enferment au sein de myriades incessantes et d’intensités sont fracassés par des flux, des écarts, l’éparpillement des membres là où leurs corps ne se refusent plus aux mille bouches qui les mangent. Bref tout refuse à prendre refuge : il s’agit de secouer les images admises afin de maintenir l’insomnie et le sang aux tempes entre défaillance et vertige. Subsiste l’envahissement de ce que la pensée habituellement censure.

Jean-Paul Gavard-Perret

(image 3 : Céline Guichard)

 

14/08/2017

Dieter Roth l'étrange dandy

Dieter Roth.jpgDieter Roth, « Prints // Estampes //Originalgrafik », Exposition, Anton Meier Galerie, Genève, 22 août - 14 octobre 2017

Dieter Roth demeure un de ces héros limites qui jouent de la notoriété comme de l’anonymat. La Galerie Anton Meier a la bonne idée de rééditer 25 des estampes et albums les plus significatifs de l’artiste hors norme. Boulimique autant qu’en retrait le dandy helvétique sait cultiver l’humour et l’absurde selon une poésie multimédia au gré de ses goûts et de ses envies.

Dieter Roth 2.jpgIl n’est pas de ceux qui estiment qu’en coupant le vin avec de l’eau on pourrait ainsi en boire plus. Pour lui seul le champagne devient une ciné-cure. Il peut jouer du sérieux comme le satire afin de concocter de petits chefs d’œuvre (parfois en chocolat) qu’il évite de monter en épingles – surtout pour ses nourrices. Avide de la qualité plus que de la quantité l’œuvre du « crooner » à ses heures reste fantastique. Elle est la plus probante manifestation de la lucidité et de la folie d’un artiste qu’il convient toujours de redécouvrir.

Jean-Paul Gavard-Perret