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16/06/2017

Abbé Louis : Père vert et entorses bénéfiques

Le curé.jpgAbbé Louis, « Le curé travesti », coll. Eros Singulier, Humus, Lausanne


Le directeur de la collection Eros Singulier a été mis - il y a quelques années - sur la piste du journal d’un curé de campagne au cœur de la France. De ce massif central le préfacier et éditeur a retenu les poèmes, fragments, récits ou facéties où le prélat pour se prélasser s’est amusé à compasser les descriptions minutieuses de travestissements et de diverses combinaisons sexuelles.

Le curé 3.jpgLibidineuses, voluptueuse, fantasmatiques et drôles ces œuvres sont plus le fruit d’un pur scripteur que d’un pratiquant. Il est vrai que dans la campagne française au milieu du XXème siècle, un abbé ne pouvait jouer les Molinier. Et le queer demeurait une vue de l’esprit. Le penchant pour la chair devint néanmoins un sacerdoce littéraire dans les moissons d’un prêtre où l’ivresse est préférée au bon grain.

 

 

Le curé 2.jpgLes textes posent la question de ce que l’on voit lorsqu’on lit. Et se perçoit aussi comment un pratiquant de la dérision et de l’autodérision conteste les limites de la sexualisation et la sortie de leurs constructions officielles. L’abbé céda à une succession d’espaces désorientés où s’abolissent les repères.

Nul ne sait s’il fut inspiré, pour ses digressions, par les confessions sulfureuses de ses ouailles ou par les ondulations croupières d’une bonne gironde. En tout état de cause, demeure la méditation lascive d’un abonné à la solitude de presbytère. Surgit de manière compulsive un monde obsessionnel où l’auteur se plut aux infinis arrangements d’entorses de gouffres plus démoniaques que saints. Dieu l’en bénit.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

01/06/2017

Luc Binet : Martin Van Maele sous le signe de Zorro et du X

Van Maele.jpg
Luc Binet, “Martin Van Maele ou le diable se cache dans les détails”, Editions HumuS, Lausanne, 2017, 190 sfr.

Maurice François Alfred Martin est connu sous le pseudonyme de Martin Van Maele. Dessinateur et illustrateur il est reconnu pour la qualité de ses illustrations érotiques. Elles se déclinent souvent avec un goût prononcé pour le fouet. Afin de s’en convaincre il suffit d’évoquer les titres de ses textes et illustrations : La Comtesse au fouet”, “Domptée par le fouet”, “La flagellation amoureuse”, “Le Fouet au Moyen-age”, “Instruments de flagellation”, “La philosophie du Fouet”. Et la liste n’est pas close. A l’inverses des maisons où l’auteur fait découvrir des avanies programmées pour le plaisir.

Van Maele 2.jpgMais le “S-M” de Van Maele reste ludique. il reste largement révolutionnaire pour son époque comme le prouvent le catalogue de Luc Binet et l’exposition consacrée à l’artiste (“Fissures de la censure” Bibliothèque de l’Université de Neuchâtel). Néanmoins le “pornographe” (il n’a pu échapper comme on s’en doute à cette nomination d’infamie) ne se contente pas de l’outil punitif afin de proposer l’exaltation des sens.

Illustrant les “Fleurs du Mal” ou sa “Grande danse macabre des vifs”, Van Maele conjugue l’éros sur un lit ou ailleurs, à genoux ou debout dans le but d'atteindre le ciel en un paradis terrestre qui ignore l’aridité des sens. Des courbes nombreuses sillonnent des nuits bouillonnantes. Les amants y sont enroulés dans leurs grouillements. Ils créent des mêlées parfois sombres.

Van Maele 3.jpgLe corps est vu sous des angles aigus entre tact et écarts, attouchements et distance ( toute relative). A fleur de peau se produisent des vibrations et des étreintes affluantes. Plus que d’ausculter l’abîme des sens, l’artiste montre ses éparpillements en vergers d’Eden et en quinconces. A la vie mentale est préférée une autre description du monde. Le dessin fend bien des cuirasses et autres costumes plus seyants. La nuit en alcôve et sérail s’ouvre et remue afin que les amants (fussent-ils d’un jour) partagent la même apnée.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/05/2017

Le french kiss selon Marta Soul

Soul bon.jpgLe french kiss n’est pas forcément la machine de guerre de l’amour fou. Et Marta Soul en « profite » afin d’évoquer combien être c’est percevoir. Et ce dans le perdre voir de l’amour (le baiser s’accomplissant le plus souvent les yeux fermés) qui est soumis ici à une théâtralité ironique.

La photographe se « contente » de fixer ce seul instant de l’amour plus joué que vécu. Manière de se moquer du romantisme et de l’érotisme. Soul bon 2.jpgDu bouillon du baiser ne demeure que la certitude de l'incertitude, la vacance de la vacance. Le corps jaillit (plus ou moins) mais l’artiste le fixe de loin en ce qui tient d’une parade proche de la parodie ou du pastiche.

L’artiste plus que de créer le trouble contredit l’évidence souvent factice. Elle crée du chérissable facturé dans l’immobilité de statues. Reste un pur spectacle que l’image caresse en harmonies ironiques. Des divines idylles ne demeurent pas grand chose sinon un presque rien. Marta Soul s’en amuse.

Jean-Paul Gavard-Perret