gruyeresuisse

22/07/2018

Sara Serpilli multiple et une

Serpilli 3.jpgLa série « Macarena Project » est partie d’un « tic » : Sara Serpilli chaque matin, avant de partir au travail, écoutait le « tube » à la mode de Los Rios « Macarena ». Ce rituel servait à la stimuler pour affronter son travail de bureau. Peu à peu l’artiste s’est mise à mettre sur Facebook ses autoportraits « sollicités » par cette chanson et accompagnés de textes en s’adressent à une amie imaginaire nommée bien sûr Macarena...

Serpilli.jpgCe modèle devint peu a peu « ma partie drôle, superficielle et optimiste » écrit l’artiste. Le double lui permet d’afficher aussi un humour et une auto dérision. Sara Serpilli se présente dans différentes poses et dans divers endroits de sa maison pour exprimer de manière biaisée son corps (face au media photographique), son âge et son déracinement. Il y a là des clins d’œil à Lara Croft ou aux impératrices italiennes en rappel de ses origines.Le tout non pour se cacher mais être encore plus elle-même, unique dans cette diversité.

Serpilli 2.jpgL’art en sa fable devient l’installation d’un instant, l’état de la présence qui repose et repasse sur la réalité pour parvenir à établir de l’image. C’est moins une négativité du réel que son approfondissement. La sortie de soi permet d’y revenir avec une présence accrue. A partir de l’exercice de la forme l’artiste crée des visions structurantes dont la mobilité est l’axe constitutif

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

20/07/2018

Peter Kemp : La Musica

Kemp.jpgPeter Kemp vit à Delft et ses photographies s’en ressentent. Dans la ville de Vermeer celui qui admire la peinture classique la reprend à son compte avec humour. Le charme de ses « instrumentistes » est à la fois intrusif et décalé. Un monde suranné d’hier ou d’avant-hier, d’ici ou d’ailleurs est repris dans le jeu d’une perfection théâtralisée en dentelles et soie fine.

Kemp 3.jpgCe parti-pris plastique et formel permet de jouer des fantasmes et de la représentation de la femme en tant qu’ « objet » plus que véritable sujet de la représentation. L’artiste incarne à la fois le multiple et l’un d’une telle manière d’envisager le féminin instrumentalisé afin de donner libre cours aux influx qui animèrent (et le font encore) au fil des temps une certaine réductibilité du « deuxième sexe ».

Kemp bon 2.pngL’humour (quel que soit l'instrument des modèles) reste l’essence de la matière à montrer selon une visualisation poétique qui rappelle ce qu’écrivait Juarroz "aller vers le haut n'est qu'un peu plus court ou un peu plus long qu’aller vers le bas". C’est pourquoi face à un tel dilemme Kemp préfère le face à face.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/07/2018

Jacques de Backer : Hulot et les autres

Da Backer.jpgLes bords de mer permettent à Jacques de Backer d’instaurer de nouveaux rapports entre le portrait et le paysage. Prises sur le vif, ses photographies créent un univers drôle et poétique totalement dans l’esprit des irréguliers belges de l’art - de Magritte à Marien (entre autres). S’y retrouvent de manière parfois incisive les univers de Tati ou Sempé. L’immensité des angles n’empêche en rien le sens du détail ou de l’intimité - par exemple de baisers volés.

Da Backer 2.pngLe quotidien se trouve métamorphosé avec un aspect quasi intemporel et quasiment surréaliste là où l’importance de la lumière demeure capitale. Se crée un univers de jeux ou d’occupations secrètes là où au détour d’une plage demeurent des moments suspendus au-dessus du vide des jours. Les histoires sont racontées par le bas. Et cela nous ravit, nous capture. Le photographe capte l’amour quand il passe. Il évoque ce qui n'est pas vraiment mais qui existe pourtant et demeure en instance de désir.

DaBacker 3.pngLes images ne sont pas là pour le dire : du moins pas en totalité. Presque rien ne (se) passe, mais le presque est un tout. Il emporte sur son passage. Ce presque s’appelle le sentiment. Mais pas seulement : existent d’autres éblouissements, d’autres divertissements pascaliens où les estivants semblent se couper du monde tel qu’il est. L’œuvre reste un philtre mystérieux qui unit et sépare. Elle n’a pas d’âge et permet de repasser vers des images vivantes. La mer monte dans une motricité et émotion particulières. Elle prouve qu’avec le temps tout ne s’en va pas mais revient.

Jean-Paul Gavard-Perret