gruyeresuisse

10/05/2018

Les paradoxes de Tina Merandon

Merandon.jpgTina Merandon propose des suites de « scènes » avec variations. Chaque pièce devient un appareillage qui circonscrit une zone de solitude ou de rencontre. Diverses approches se succèdent  en des déclinaisons intempestives, ludiques et jouissives. La louve n’y est pas forcément romaine. D’ailleurs ses seins nourriciers deviendraient là un prétexte à des strip-teases parodiques entre dérision et tentation…

 

 

Merandon 2.jpgLes préjugés en prennent pour leur grade au profit des singularités. Les lois des genres effacent leurs marelles, des légendes roulent leurs chimères dans les aiguillages de l'insomnie. Tina Merandon offre un regard, mais autre chose qu’un regard : un rapport dans l’ordre du désordre. Il ordonne un « Défais tes liens ».

Merandon 3.jpgLa photographe ne cherche aucune dramatisation, elle se contente de montrer une symphonie. L’espace est dilué, étendu mais aussi concentré par des mises en scène parfois drôles en particulier lorsque les animaux s’y insèrent. Sous formes d’épures, des portraits « borderland » échappent à toute localisation précise et donne une sorte d’éternité à l’éphémère ouvert sur un inconnu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tina Merandon, « Les démons de Tosca », NegPos, du 10 mai au 6 juin 2018.

01/05/2018

L’œuvre non-sensique d’Olivier O Olivier

olivier.jpgOlivier O Olivier, exposition, Galerie Sonia Zannettacci, Genève, du 3 mai au 30 juin 2018 ;

Pierre Marie Olivier - suite à un conseil d’Arrabal - prit le pseudonyme d’Olivier O Olivier. Il appartint au Collège de pataphysique dès 1953 et entra aux Beaux-arts de Paris en 1954. Il y apprend tous les éléments des techniques artistiques dont il devint un virtuose. Mais très vite il sort de la tradition sous l’influence de Topor et d’Arrabal : il rejoint le groupe « Panique » fondé l'année précédente avec Alexandro Jodorowsky.

Olivier 2.jpgTout en se tenant loin des surréalistes, le groupe cultive l'absurde, la dérision, le rire l’angoisse que l’artiste porte au plus haut point. Ses œuvres loufoques dont « Les Chasses de naphtaline » (une main avec des filets attachés à chaque doigt) créent un fantastique léger et pernicieux, des étrangetés discrètes dans lesquelles les apparences se dissolvent sous un aspect faussement réaliste. S’y joue du piano à l'ombre de vagues gigantesques et les objets s'animent d'une vie autonome, délivrés au milieu de paysages urbains farcis de diverses présences étranges ou de changements de climat.

Olivier 3.jpgPour l’artiste dessiner revient à donner de l'existence à ce qui n'en a pas encore – ou plus. Le dessin précède la pensée, l'anticipe, pénètre des lieux inconnus. Le créateur met à mal, par son imagination, les images connues et reconnues. Farcesque et facétieux, il devient le plus profond des philosophes et fait sien la règle d’une sorte d’obscénité au second degré. Son art reste un rire qui témoigne d’un profond amour de la vie. Il permet de créer les mensonges de plus en plus gros mais toujours rattachés à la réalité. Comme l’écrivait Topor « ils tapent dans le mille, au pif ». Mais ce hasard n’a rien de fortuit au sein de structures des sophistiquées en ce qui semble la simplicité même.


Jean-Paul Gavard-Perret

28/04/2018

Gil Rigoulet : cet après-midi j’ai piscine

rigoulet.jpgConnu pour ses images de rockers normands dans les années 1970, Gil Rigoulet présente une série inédite de sirènes Leur vision n’a rien de classique. Aficionados des bains de mers, arpenteur zélé des piscines l’auteur arpente leurs lieux depuis plus de trente ans. Et c’est un bain de jouvence où, tel un abbé, Rigoulet sourit dans un pari excitant là où par effets aquatiques le réel pourrait sembler sans prise.

rigoulet 3.jpgLes histoires d’eau commencèrent à la piscine d’Evreux à l’aide du « Baroudeur » amphibie de Fugica. Le photographe en est aujourd’hui au cinquième appareil du même type… Pour autant Rigoulet n’est pas un voyeur compulsif : s’il prend les naïades par surprise c’est que désormais les photos sont interdites dans les piscines. Mais il a inventé un inventaire unique en noir et blanc de tels lieu et leurs nageuses aux intrigants attraits.

rigoulet 2.jpgCette série s’insère dans une recherche sociologique et esthétique sur le thème « Le corps et l’eau ». De l’originalité des prises, de la sublimité des femmes et du bonheur de l’abandon se dégage le jeu des formes et de la lumière. Des femmes osent une nudité appuyée et tout devient tendrement drôle et beau. Il suffit que s’identife la forme d’un corps, que se perçoive son signal et c’en est fait. La liberté est là. La vie quasi « primitive » tout autant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gil Rigoulet, Le corps et l’eau, Galerie Hegoa, Paris.