gruyeresuisse

17/12/2018

Alexandre Léger : le droit de s'égarer

Leger.jpgMaitre de l'art singulier, agenceur au besoin d'images et de mots, Alexandre Léger poursuit un parcours loin des sentiers battus et toujours en tentatives hirsutes d'un renouveau. Le geste prime, quelquefois brutal, mais maîtrisé et toujours en quête d'une figuration dont le souci de précision semble volontairement s'éloigner pour mieux se rapprocher de nous dans divers types de biais (collages et inserts compris).

 

 

Leger 3.jpgL'artiste entrevoit dans tout, encore et toujours des bribes d'une humanité franche, quoique un peu violentée là où parfois un pistolet est prêt à faire feu de tout bois et souches. Chez lui vieilles idées se transforment sans prétention et les objets se métamorphosent. Ils s'animalisent au besoin mais comme si l'artiste semblait ne pas y prêter une attention particulière et sans heure précise. Mais à un instant particulier, émerge une réussite. Les traits créent déjà un humour particulier. Alexandre Léger les multiplie en les ajustant dans leur épaisseur, légèreté et élan.

 

Leger 2.jpgLes dessins comme griffonés semblent finalement faciles mais comme sont « faciles » les pattes de dragons, les épaves ou encore les ruines peuplées par d’étranges fougères et qui au ciel ne sont que des nuages. En créant ses dessins l’artiste semble disparaître, être absorbé comme au plus profond d’un trou aux étranges reliefs touffus. Un chantier en cours remue bruyamment. La tête et les mains affolées le graphiste brise des astres lointains et créent des vagues. Elles questionneraient bien des marins et elles opèrent dans une forme d’apprivoisement d'une gestuelle. Au fil du temps elle est devenue familière, trouble, mouvante, résolument tournée vers l'expression des profondeurs aussi drôles que cachées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Alexandre Leger – L’oeil dans la souche
« Refuge de Mariailles », Voix Editions, Richard Meier, 2018, 20 E.

15/12/2018

Signer par Signer

 
Signer 3.jpgDavid Signer, "Roman Signer par lui-même", art&fiction, Lausanne, 2019, 17,80 CHF.

Aux fameuses « paroles gelées » de Rabelais qui éclataient à la chaleur répondent les images explosives  de Roman Signer un des artistes suisses les plus exposés dans le monde. Né en 1938 à Appenzell, il ne cesse de redéfinir la sculpture par ses "actions-sculptures". Elles font jointoyer les êtres et les objets avec des éléments premiers dans un jeu poétique et un refus de toute assignation avec merveilleux et humour.

Signer.jpgDe Saint Gall où il habite il a créé la série "Parapluies" pour cet ouvrage écrit avec David Singer - qui malgré son nom ne possède nul lien familial avec l'artiste sauf pour ceux qui voient le mal partout. Conçues comme performances et installations basées sur des processus de transformation de matières à travers l’épreuve du temps les oeuvres donnent lieu à l’enregistrement photographique et vidéographique pour une réception ultérieure. Dans ce livre l'artiste les "complète" en racontant des histoires souvent vraies; merveilleuses et humoritiques au d'entretiens qui mettent en lumière cet aspect méconnu du créateur.

Signer 2.jpgPassionnant et drôle David Signer raconte sa rencontre, lors d'un séjour en Pologne, avec sa future femme Aleksandra. Il défait dichotomies du vide et du plein par ses pas de côté et rappelle, qu'après des débuts difficiles, il connait le succès et trouve lors de ses voyages en Islande et au Japon des clés à ses interrogations. Se découvrent en ce "par lui-même" des réflexions sur sa méthode de travail, son origine et évolution, des rêves mais aussi des vaticinations pas forcément farcesques sur l'intelligence des termites, le scarabée bombardier, les bottes en caoutchouc, les boules de foudre, la musique des forêts, la nature aussi impitoyable que comique. Ce qui ravit David Signer maître de cérémonie et ethnologue spécialiste des sorcelleries des pays de l’Afrique de l’Ouest comme de celles de son homonyme.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/12/2018

Selina Hersperger : alacrités

Hersperger 2.jpgSelina Hersperger, "Noir et blanc en couleurs", Nidau Gallery, Nidau jusqu'au 9 décembre 2018.

Le style des dessins de Selina Hersperger est très particulier. Au sein d'une forme de naïveté, de multiples détails et en divers types de montages les  personnages vivent une vie décalée pleine d'humour et de charme. L'artiste "dévisage" avec drôlerie son univers : maisons, véhicules, animaux entourent des silhouettes influencées par le monde de la mode.

hersperger.jpgL'artiste se transforme au besoin en rêveuse. Ses images deviennent le palimpseste de sa vie en sauts et gambades dans un bain de jouvence que n'aurait pas renié le célèbre Abbé Soury. La vie est à la fois défaite mais reprisée - façon parfois haute couture dégingandée. Les dessins couvrent moins qu'ils ne dévoilent, éloignant et rapprochant celles, ceux et ce qui nous entourent. L'intimité ne se remodèle pas selon nature : elle s’enrichit par superposition de strates parfois incompatibles et enfantines.

Hesperger 3.jpgSelina Hersperger invite à une fouille archéologique douce et légère. C'est comme une stance surréaliste. Elle habille d'impudiques fioritures des situations humaines qui se moquent au besoin du trophée lumineux du phallus de cristal de l’orgueil masculin. Il est remplacé par l’épanouissement éphémère de roses du matin. Et ce jusqu’au crépuscule.

Jean-Paul Gavard-Perret