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19/02/2018

Paul Viaccoz : l’humour en résistance

Viaccoz.jpgPaul Viaccoz - La Censure des messages, Musée Jurassien des Arts, Moutier, du 23 février au 7 avril 2018.

Né en 1953 à Saint-Julien-en-Genevois, Paul Viaccoz est un iconoclaste habile. Au départ il fut dessinateur et graveur mais peu à peu ses techniques se sont multipliées. Il manipule la peinture, le dessin, la gravure, le montage, la vidéo et la création d'objets. Parallèlement à son travail d'artiste, il a consacré une autre partie de son temps à l'enseignement des arts plastiques. Il vit et travaille désormais dans le Canton du Jura et réalise de nombreuses peintures, de grand format, aux formes géométriques simples et crée des objets en bois et métal Ses œuvres évoluent vers une représentation plus naturaliste, mêlant le réel et l'imaginaire afin de vaincre l’amertume que génère l’époque et les ravages de l’homme sur la nature. L’humour est toujours là : parfois sombre et sévère.

Viaccoz 2.jpg« La censure des messages » propose un univers complexe à partir d’un accident réel et absurde, celui du naufrage d’un croiseur sous-marin nucléaire. L’artiste reprend donc le thème de la « Catastrophe » théorisé par Virilio en un récit plastique constitué de chapitres et fragments proposés en divers lieux. A la galerie de la FARB à Delémont et dans plusieurs salles du Musée jurassien des Arts à Moutier. Les paysages maritimes désenchantés vont du noir au blanc tandis qu’objets ou boîtes s’alignent en vestiges ou naufragés. L’exposition s’accompagne d’une nouvelle écrite par l’artiste « ПОЛ » (Paul) le cent dix-neuvième homme » sorte « d’épopée romanesque - entre drame, absurdité, mélancolie et humour - qui relie les œuvres exposées ». Existe là une fête de l’esprit afin de lutter contre la déréliction et le désespoir qui souvent nous atteignent pour peu que nous réfléchissions au monde tel qu’il est et à ce qu’il devient.

Viaccoz 3.jpgLe ferme et le fluctuant, le furtif et l’évident, les jeux du noir et des couleurs dessinent des frontières fragiles. Se créent un maillage et un charivari non sans élégance incarnée dans une fugacité cyprine : dessus, dessous, sur les côtés tout est soufflé d’une mouvance contagieuse et parfois liberticides. Les « dépôts » du massacre emportent dans le tourbillon de cauchemars où chaque pensée reste une brûlure. Mais soudain au milieu de tels sombres pressentiments le monde se perd en dérive chorégraphique. L’émotion reste intacte et ironique dans la délicatesse et la force d’une proposition plurielle et tenace.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/02/2018

Guillaume Pilet : la vie reste une fête

Pilet 1.jpgGuillaume Pilet, « My Life as a Parade », Centre Culturel Suisse de Paris, du 24 février au 25 mars 2018.


Dans My Life as a Parade, le Lausannois Guillaume Pilet propose une quarantaine de dessins autobiographiques réalisés au crayon, à l’encre et à l’aquarelle. Il « romance » sa vie comme une histoire pour enfants sous forme de « parade » : ses éléments futiles ou graves prennent une saveur ludique. La vie de l’artiste est donc moins la matière d’une perdition que le fantôme d'une histoire dégagée des ombres appesanties.

Pilet 3.jpgGuillaume Pilet transforme la solitude en prouvant qu’elle n’est pas complète, qu’il peut toujours rester un interstice par où passer. D’autant que la brièveté éparse des dessins permet l'oscillation d’un marteau sans maître qui répond ainsi aux questions : Que faire ? Que dire ? Mais sans se prendre la tête et effacer tout pathos. Chaque dessin devient un moment d’“ ébriété ”en une entente tacite avec l’existence.

Pilet 2.jpgAu besoin des fantasmes jubilent mais sans ostentation. Chaque vignette devient une invitation à ne jamais renoncer. Il ne s’agit pas de finir dans le décor, mais de caresser la dérision comme un chat qui tourne en rond. Bref l’artiste remonte son histoire comme une ombre portée moins sur la splendeur du jour que pour effacer la nuit.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/01/2018

Des noirs desseins aux dessins noirs : Martial Leiter

Leiter bon.jpgMartial Leiter, « Vertiges »,  (exposition et catalogue), Espace Nicolas Schilling et Galerie, Neuchatel, 27 janvier au 23 mars 2018.

 

Né en 1952 dans le canton de Neuchâtel Martial Leiter est touché - pour ce qui va devenir son art (le dessin) - par le journal Pilote et les reproductions d’art du Grand Larousse. Il est attiré par les gravures de Picasso et Chagall pour leur «côté sombre et charbonneux». Ses premières œuvres vont s’en ressentir : « sa » Joconde ne sourit plus du tout. Derrière masque à gaz; elle est perdue en un fouillis de traits noirs. Tout en suivant un cours de dessin par correspondance, le jeune homme fait donc une formation de dessinateur de machines. Mais il se consacre peu à peu à son œuvre. Elle évolue progressivement mais le chaos n’est jamais loin. Le dessin demeure sombre et ténébreux.

Leiter 3.jpgDans sa jeunesse ses dessins publiés dans des journaux suisses ne sont pas toujours du goût (euphémisme) des politiques et des rédacteurs en chef. Comme par exemple lorsqu’il transforme les militaires helvétiques sous forme d’une foule de mouches saluant la tapette à mouche. En France il est mieux reçu et il tient longtemps une tribune hebdomadaire dans Le Monde sur l’actualité économique traitée en un mode comique sans concession moins loin de la simple caricature. Les dessins en noir sont deviennent l'écho de desseins noirs. 

Leiter 2.jpgLe monde Selon Leiter devient une trame de treillis, filets, toiles d’araignée qui mettent le monde sous cage. A côté des dessins de presse, l’artiste développe un autre versant qui va prendre presque toute la place. Le souffle de la nature vient délivrer le monde glauque dans un art proche de la peinture chinoise. Mais ces deux pans ne sont pas forcément antagonistes. La relation est subtile : l’artiste voue un culte aux ombres et fantômes qui hantent les lieux, les rendent vivants et impriment «la grande peur de la montagne » chère à Ramuz. L’Eiger est souvent présent dans cette œuvre des plus originales. On est aussi éloigné des petits « miquets » que des « beaux-arts ». L’œuvre à sa manière devient de la poésie pure par son étanchéité aux genres et écoles.

Jean-Paul Gavard-Perret