gruyeresuisse

13/11/2019

Inez & Vinoodh : vaisseaux fantômes

Inez 4.jpgCréées selon un certain nombre de clichés américains, en les soulignant ou les "ramollissant" dans des espaces et des temps suspendus au dessus du vide, les oeuvres photographiques traitées par le numérique d'Inez & Vinoodh transforment les êtres en vaisseaux fantômes ironiques. Ils portent sur eux sentiments et émotions dans la société contemporaine dont les deux artistes suivent l'évolution.

 

Inez.jpg

 

Dans l'esprit d'un Norman Rockwell comme des grands photographes de mode, américains mais en jouant des clichés des uns et des autres et en fusionnant peinture et photographie, les deux créateurs sous couvert d'une représentation directe de la réalité créent des distorsions optiques. Le voir devient un entrevoir ou un croire voire.

 

 

 

 

 

 

Inez 3.jpgSéries de mode, portraits ou natures mortes montés sur de grands panneaux d’affichage permettent aux deux artistes de considérer les rues comme leur espace d’art public. Le couple y impose d'étranges présences. Elles semblent nous saisir bien au delà de la pensée humaine pour nous porter vers une autre forme de perception plus sauvage où les instinsts refoulés semblent - en pleine cité -  nous rebondir à la face.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Inez & Vinoodh, Hi-Lo Transformers", Palazzo Reale, du 31 octobre au 13 novembre 2019.

09/11/2019

Loula Hoop et pillow-book : Lambert Schlechter

Schlechter.pngAvec Lambert Schlechter, de l’erre au désert, le charroi de l'écriture avance par petits bouts. Ici en198 morceaux écrits chaque fois en une seule phrase. C'est la neuvième étape de son "murmure du monde" ensemble inclassable entre l'autobiographie et l'imaginaire, la poésie et le testament "in progress".

 

Schlechter 2.pngAmants du réalisme socialiste passez outre. Dans ce bateau ivre, l'art d'écrire se rit des amarres et l’ancre crève le papier . L'auteur mêle la farce à la tragédie dans l’histoire et l’au jour dit. Ce qui ne lui empêche pas les mises en perspectives. Il y a là bien sûr - ou probablement - un axe à sa vie, mais c’est un axe d’une géométrie particulière occupée à retrouver les règles d’un plus long trajet, une géométrie impure aux tracés à la fois sans cordeau mais selon une science de la flèche. Elle traverse les lieux où l'auteur a été à un moment en éternel voyageur et les êtres qu'il a aimés dont ici sa Loula. Et Schlechter de préciser "Aucun Haldas ou Jaccottet, n'a jamais écrit comme ça"  - à savoir "sur" une femme.

Schlechter 3.pngL’auteur fait de chaque fragment une idée de poème mais , en tant qu’acte, qui ne remplace pas d’autres actes, ni même qui s’y mêle. Et au bout de ce chemin à l’autre bout du monde, parmi les montagnes émeraudes et les déserts d'ennui , il reste le premier à avoir descendu Charybde et monté Scylla.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Lambert Schlechter, "Je n'irai plus jamais à Feodossia", coll. Tindbad Poésie, Editions Tinbad, Paris, 2019, 230 p., 22,50 E..

04/11/2019

Thieri Foulc : étrange rumba du pinceau et du rire

Foulc.pngThieri Foulc est autant érudit qu'iconoclaste. Les plus sérieux parmi nous se reporteront aux travaux de recherche de celui qui fut le "Provéditeur-Editeur Général du Collège de Pataphysique". Pour les autres, et afin  d'apprécier le natif de Tataouine, il suffira de se reporter au livre de la collection "Ecrits d'artistes" même si ceux du créateur dépassent cette dénomination.

 

Foulc bon.jpgEn effet il s'agit plutôt d'un "écrit-artiste" : l'auteur y troque le pinceau, la brosse et autres ustensiles pour le crayon ou le stylo à billes. Existent donc des projets de non-tableaux, des esquisses descriptives parfois accompagnées de schémas sommaires, des traitements neufs de motifs éculés, etc..

 

 

 

 

 

Foulc 3.jpgL'humour pince sans rire de "l'artiste" donne à l'imaginaire créatif plusieurs types de plongeons dans le vide. Il est d'ailleurs question de plongeoir dans ce livre puisque dit-il "sa question est fondamentale". Il faut le croire - faute d'images - sur paroles. Ce dont nous nous priverons pas. Et à ceux de Hockney nous préférerons les "bigger splash" de l'histrion farceur. Mais pas que. Il nous enduit non de peinture mais de ce qu'elle suggère puisqu'elle brille (et comme jamais) de son absence. C'est un régal.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Thieri Foulc, "Peintures non peintes", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2019, 192 p., 25 E..