gruyeresuisse

04/11/2019

Thieri Foulc : étrange rumba du pinceau et du rire

Foulc.pngThieri Foulc est autant érudit qu'iconoclaste. Les plus sérieux parmi nous se reporteront aux travaux de recherche de celui qui fut le "Provéditeur-Editeur Général du Collège de Pataphysique". Pour les autres, et afin  d'apprécier le natif de Tataouine, il suffira de se reporter au livre de la collection "Ecrits d'artistes" même si ceux du créateur dépassent cette dénomination.

 

Foulc bon.jpgEn effet il s'agit plutôt d'un "écrit-artiste" : l'auteur y troque le pinceau, la brosse et autres ustensiles pour le crayon ou le stylo à billes. Existent donc des projets de non-tableaux, des esquisses descriptives parfois accompagnées de schémas sommaires, des traitements neufs de motifs éculés, etc..

 

 

 

 

 

Foulc 3.jpgL'humour pince sans rire de "l'artiste" donne à l'imaginaire créatif plusieurs types de plongeons dans le vide. Il est d'ailleurs question de plongeoir dans ce livre puisque dit-il "sa question est fondamentale". Il faut le croire - faute d'images - sur paroles. Ce dont nous nous priverons pas. Et à ceux de Hockney nous préférerons les "bigger splash" de l'histrion farceur. Mais pas que. Il nous enduit non de peinture mais de ce qu'elle suggère puisqu'elle brille (et comme jamais) de son absence. C'est un régal.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Thieri Foulc, "Peintures non peintes", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2019, 192 p., 25 E..

 

31/10/2019

Marcia Resnick : education sentimentale

Reznick bon 2.jpgMarcia Resnick, "Re-visions", Edition Patrick Frey, Zurich, 104 p., EUR 52 / CHF 52

En 1975, Marcia Resnick est victime d'un accident de voiture. Sa vie est passée devant elle. Dès son séjour à l’hôpital, elle s'est remémorée tout ce qui l'a amenée en ce lieu. Elle a d'abord écrit et dessiné des images en vue d'un livre. Poignant et ironique cette autobiographie s'est métamorphosée par les photographies que l'artiste composa.

Resnick bon.jpgElle y met en scène l’adolescence féminine par une revisualisation de mémoire. La narration ouvre sur la condition de l'adolescence et ses fantasmes là où textes et images se répondent dans un double récit qui, lors de la première édition, avait séduit Andy Warhol et Allen Ginsberg. Plus de 40 ans après ans, l'artiste Lydia Lunch, amie de "Bad" (son surnom warholien) salue cette deuxième édition où la perversion pointe toujours de manière délicieuse dans les affres de l'adolescence naissante.

Resnick 2.jpgLe corps lancé, au lieu de s’imbriquer dans un autre, vaque au fil des jours. Bref le temps de discerner et comprendre ce qui aurait pu agir est repris et commenté. Le tout dans un état érotique déplacé. Tout semble procéder d’un éros impersonnel, harmonieusement inclus dans le faisceau des forces qui fusaient à ce moment, au même titre qu’une acuité sensorielle accrue, une montée de température et  l’assouplissement des articulations. L'artiste rejoint suffisamment le régime phénoménal pour dépasser ses propres conditionnements et en tenant compte des partitions qui régissent notre espace.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/10/2019

Florence Andoka : fats et cochères

andoka.jpgPlutôt que de prétendre dresser ce qui nous habiterait dans la caserne de notre prétendue pureté, Florence Andoka met à nu nos animaux qui persistent. Les bêtes fabriquent une perspective que nous voulons ignorer mais que l'auteure rameute à travers nos déserts d‘ennui. Sans cesse elle les fait glisser vers le tronc de nos heures. Nos félidés sont "indociles" et un "scarabée iridescent en guise de caillou" tremble sous la langue. Mais il est aussi en nous des "chiens plus doux que des humains" et un marcassin peut servir de partenaire à une vieille dame. Pas de quoi en faire un fromage.

Andoka 2.pngCela apaise nos hantises, leurs coloris, leurs cris, leur "crinière". La mémoire ou l'oubli - comme on voudra, - dans les instants où, écrasant la pensée, la poésie se concentre pour percer la peau fuyante de l'inconscient. La hantise primitive de l’animal demeure. La pensée dans ses champs de fouilles voudrait la déjouer, lui imposer le silence. Mais prise en revers le subconscient signe son extension. Et Florence Andoka en provoque l'opération. Dire ne revient donc pas à se défaire de la bête. Bien au contraire. Une telle nudité peut mettre au moins au jour ce qui fait la débauche, la pusillanimité, l’absence de vertu (à laquelle chacun peut trouver "un charme fou".)

Jean-Paul Gavard-Perret

Florence Andoka, "Trop bête pour toi !", Editions Mediapop, 2019, 5.00 €.