gruyeresuisse

05/07/2016

Pompes sans circonstances : « Toilet Paper » de Maurizio Cattelan

 

cATTELAN.jpgFondé par Maurizio Cattelan et son photographe fétiche Pierpaolo Ferrari, « Toilet Paper » est un magazine des plus particuliers. Dans la suite de « Permanent Food » et « Charley », entre livre d’artiste et journal d’informations déformantes, la revue explore le monde libidinal contemporain de manière critique. Montée uniquement sur des photographies narratives elle casse les standards médiatiques en détournant la mode, la publicité qui servent le plus souvent à la métamorphose de récits intempestifs.

cATTELAN3.pngExit tout narcissisme et autres enfumages. A l’esthétisme racoleur fait place son empêchement enjoué et jouissif. Et cela fait penser à la fameuse phrase de Beckett : "Manet navet, Derain inconcevable, Renoir dégob, Matisse beau bon Coca-Cola" ? ». L’iconoplastie est de mise par la monstration des régressions, les jus et les exercices d’imbécilités que la société du spectacle ne cesse d’asséner. A sa sophistication et l’orfèvrerie de bazar répondent torsions et charcutages dans un effondrement comique du sens.

P.S. Le numéro 13 est publié pour les Rencontres d'Arles 2016. Il fait la part belle aux cauchemars à travers des photographies de l’absurde selon diverses "déviances".

Jean-Paul Gavard-Perret

04/07/2016

Anne-Lise Coste : les sacrées et les profanes

 


Coste.pngAnne-Lise Coste, Pussy Drawing Riot, Nieves, Zurich, 48 p., 2016.


Zurichoise d’adoption, héritière – à sa manière de Silvia Bachli – Anne Lise Coste cultive l’insolence primesautière avec l’air de ne pas y toucher. Le dessin semble fragile, aporique : mais « tout » y est. Souvent liés à des mots ces dessins semblent lâchés de manière instinctive et à la hâte pour réveiller le regardeur. Mais à la rapidité de l’exécution se superpose une réflexion en amont. Les acryliques sur toile avec leurs contours ou leurs pleins en noir sont une merveille de naïveté feinte qui témoignent de toute une connaissance de l’histoire de l’art.

Coste2.pngIl en va de même avec ses sculptures ou ses « constructions ». Là encore elles sont faussement de bric et de broc. Par exemple une tour est construite de bâtonnets de bois. Elle est posée sur une chaise faiblement éclairée qui transfigure l’ensemble en architecture du futur. L’éphémère a valeur d’éternité.

 

 

Coste3.pngAvec chaque médium Anne-Lise Coste matérialise des rêves étranges et pénétrants, cyniques, drôles et érotiques. Objectif ou non, le hasard y fait la nique à la réalité. Surgissent de ces alliances des images du troisième type (mais où le mâle est exclu). L’artiste n’est en rien une romantique qui rêve d’inonder à l'eau de rose des dunes émouvantes. De la moindre toison la plasticienne fait une vision. Elle provoque errances et interrogations en des montages intempestifs. Les vérités admises y deviennent inaudibles et le réel se franchit vers un dedans que nous trouverons jamais sur une carte - fût-elle du tendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/06/2016

Ben à Montélimar : de Nostradamus au Cluedo

 

Ben.jpgBen, "Je suis ce que je suis", Musée d'art contemporain Saint Martin, Montélimar, 25 juin - 31décembre 2016.

C'est depuis un camping que Ben a préparé son exposition au pays du nougat. Et qu'importe si ceux qui n'incitent ne comprennent pas son discours occitan : il se sent bien parmi ses pièces choisis dans les Fracs et bien encadrées pour cet exposition (elle jouxte celle des Halbert et leur machine à rire).

Pour celle-ci Ben a écrit un petit texte assez pessimiste puis est allé visiter L’Emmaüs de Montélimar "pas aussi fou que celui de Nice où Jai trouvé pour 45 euros le lit de Duchamp Et deux draps pour 10 euros". Ben est fier d'exposer dans cette ville son œuvre « je pédale dans la semoule » dont le responsable de l'expo est chargé de fournir la matière première. Sous l'excitation et au delà des postures Ben reste celui qui doute et reste en éveil face à la muraille des satisfécits où le chasseur d'image peut devenir lapin.

Dans ce qu'il nomme "le marécage de l’art" il se sent "grenouille de Dutronc qui croasse : et moi et moi et moi". Ce qui ne l'empêche pas de poursuivre son marathon plastique. Pour permettre à son art de se poursuivre il fait la liste des femmes qu'il aimerait peindre nues même si ajoute-t-il "les petits vieux comme moi n’ont pas le droit de se faire des illusions". Mais tout en caressant le songe d'être plus dans les bras d'une égérie de Maillol que de Renoir. Preuve que tous les goûts sont dans la nature (de l'art).

Jean-Paul Gavard-Perret