gruyeresuisse

19/09/2017

Olivia Locher : bizarre vous avez dit bizarre ?

Locher 3.jpgOlivia Locher scénarise par ses photographies des lois idiotes des 50 états américains. En Arizona les sex-toys sont interdits, les cornichons doivent passer des tests de rebond au Connecticut, les parfums ne peuvent être consommé dans le Delaware et en Idaho il est interdit de se faire bronzer nu. On en passe. Et des meilleurs. L’artiste s’en amuse plutôt que de s’en offusquer. C’est beaucoup plus habile. Elle préfère rire que se mettre en colère afin de rendre ridicule les législateurs.

Locher 2.jpgLa satire permet encore de se demander pourquoi en Californie il est interdit du faire du vélo de piscine ou d’enlever, pour une femme de l’Ohio, son chemisier devant le portrait d’un homme… Certes beaucoup de ces lois ont été révoquées mais certaines perdurent. Et au besoin l’artiste en ajoute qui sont imaginaires. Elle se garde néanmoins de faire le tri entre le faux et le vrai.

Locher.jpgNon seulement l’œuvre suscite le rire : elle ouvre un fantastique voyage d'exploration autour d'un pays dont la circonférence morale reste incertaine et le centre toujours inconnu. Il se peut même que - conformément au « fake news » à la mode du temps et à cette aune - la terre devienne plate. Moins ronde qu’une crêpe ou oblongue qu’une limande : elle serait plutôt carrée comme les photos de l’artiste. Elles provoquent des addictions que les lois US réprouvent sans doute.

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivia Locher, « I fought the Law » ( je me suis battue contre la loi), Galerie Steven Kasher, New-York, du 14 septembre au 21 octobre 2017.

 

18/09/2017

Blag Jacques : carrés d’astres

Demarcq.jpgDemarcq sait combien - grâce à Apollinaire - le poème devient incisif en mettant le zig dans le zag et l’icône dans l’idiome. Le calligramme soulève la platitude du logos puisque l’écriture s’observe aussi bien à l’horizontale qu’à la verticale. Les mots trouvent pour accuser le réel un allié de choc dans les déterres-gens plastiques pour afficher la noirceur du monde sans négliger d’en rire.

Demarcq 3.pngLe poète des "Zozios" et de "Tonton au pays des Viets" plutôt que des coups de gong préfère ici jouer au gars zouilleur, un rien merle moqueur. Il trille et étrille un temps devenu « zinzin » sans pour autant se contenter d’éructer des brèves de comptoir et de plombiers zingueurs. Avec les appuis de Picasso, Arp, les Delaunay (entre autres) l’auteur feint de jouer les hauts hardeurs sans pour autant « pâtouiller dans la bouillasse » sexuelle.

Demarcq 4.jpgCe Hell-Angel au zèle déployé chatouille le verbe de guili-guilyrique. Aucune mésalliance n’existe entre vignettes, graphismes et mots. Ces derniers - et en conséquence - ne manquent pas de corps. Manière pour Demarcq de se démarquer et de faire le Jacques là où, en référence à Calder, des calvaires phrastiques créent des chapiteaux mouvants.

 

 

Demarcq2.jpgL'auteur devient le major d’home sweet home et ses poèmes prospèrent en multiple yop là boum ! Il se fait autant apollinien qu’apollinairien. Chaque texte devient un petit miracle d'élans pour creuser des espaces au sein de chorégraphies en arrêt sur image. Le passé du créateur des "Calligrammes" est empiété : il devient un présent pimenté de salsa démoniaque. L’auteur y baratte sans bar à thyms un corps puce pour rappeler à l’humaine condition qu'elle l’est bien peu souvent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Demarcq, « Suite Apollinaire », coll. « Calepins », Editions Plaine page, Barjols, 30 p., 10 E., 2017.

16/09/2017

Guy Bourdin : mannequins, fiesta et orchidées

Bourdin 3.jpgL’œuvre de Guy Bourdin est présentée, grâce à Samuel Bourdin et Shelly Verthime, au Festival de Tbilissi sous forme d’une sorte diaporama. Il ouvre à l’exploration en profondeur de travaux parfois peu connus (son travail noir et blanc acquis par le MOMA), de ses making-off de shootings et un ensemble de polaroïds mythiques du créateur disparus en 1992. Se retrouvent aussi les séries surréalistes pour la publicité. Comme celle pour Charles Jourdan dont les clichés furent créés lors d'un roadtrip en Cadillac en Grande-Bretagne avec une paire de jambes de mannequin. Ces fausses jambes revinrent de manière récurrente dans les œuvres du créateur lors des scènes de la vie courante : ponton de bord de mer, un quai de gare, etc..

Bourdin 4.jpgUn tel univers tire sa force de la composition graphique comme le prouve les éléments qui retracent son processus de création. L’artiste ne laisse jamais de place au hasard. Tout est d’abord écrit et dessiné avec précision. Le montage permet d’apprécier la créativité d’un précurseur qui a inventé et joué de techniques et concepts devenus monnaies courantes dans l’art et la communication visuelle de notre temps. Ses égéries marchent au cœur du désordre, dans l’étoffe du jour ou de la nuit. Une sorte de houle semble toujours cambrer leurs reins ou les faire plier par les muscles les plus chauds du langage visuel et une colonne sans fin d’humour. Elles sont parfois des orchidées géantes sur les hommes. Le long de leurs jambes ils remercient la lune de telles inflorescences.

Jean-Paul Gavard-Perret

Guy Bourdin, Tbilisi Photo Festival, Fabrika (Georgie), du 13 au 20 septembre 2017