gruyeresuisse

22/02/2017

Au prix du corps - Anja Niemi

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Anja Niemi expose à Londres des photos de ses séries « Do Not Disturb (2011), Starlets (2013), Darlene & Me (2014) et Short Stories (2015). Le corps y est capté de manière ironique ou grave, légère et presque irréelle. Le doux murmure des images dilate le silence selon divers angles de prise de vue qui distordent la présence du corps toujours plus ou moins lascif jusque dans sa splendide indifférence.

 

Niemi 2.pngLe cintrage classique se décline et se dessine en données étrangères. Insolente l’artiste donne au corps une insolvabilité qui néanmoins permet de dénouer de certains concepts inhérents au système de représentation. Les héroïnes deviennent des insurgées presque malgré elles. Sans assise ou déboîté le corps à la fois rentre en lui et en sort de manière intempestive. Niemi 3.pngIl devient un indice créateur d’ouverture par l’audace d’une écriture photographique qui ne fait plus de la femme un simple support mais un manifeste de l’anticonformisme autant du genre que de la vision de l’amour ou ce qui en tient lieu. Certaines blessures du réel ne demandent qu’à s’asseoir près de ces héroïnes dans un besoin mélancolique de partager le chagrin du temps passé ou de trouver dans leurs masques des reliques  de la vie cachée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 Anja Niemi, « Photographing in costume », The Little Black Gallery, jusqu’au 2 mars 2017-

 

13/02/2017

Rita Lino : poses et pauses

Rita Lino 7.pngRita Lino accorde un potentiel poétique à un érotique presque (le presque est très important) hard-core mais qui joue tout autant de la caresse. Le corps devient un reliquaire blasphématoire. Il met l'accent sur les avatars voire les pressions que subit la féminité. Souvent avec drôlerie et de manière « réaliste ». Le corps n’est pas traité comme un objet magique même si une sorte d’incantation paradoxale est présente dans les « parades » (au sens théâtral) que l’artiste propose à travers sa propre scénarisation dégingandée : les culottes sont trop hautes, les soutiens gorges trop larges.

Rita Lino 4.jpgSurdouée Rita Lino feint la négligence mais elle permet de triompher d'obstacles en apparence infranchissables. D'un hasard qui n'est pas - mais que l'artiste fait prendre pour tel - naît un monde ou le fétiche est détourné. Il donne accès à un royaume où le corps propre de l’artiste est revisité selon une forme de "nécessité naturelle" des choses d’où naît parfois le charme au sens premier du terme et qui se moque des maquillages en tout genre. Se découvre toujours ce qui n'est pas attendu. L’humour en premier. Chaque œuvre possède son ombre mais grâce à lui elle n’est possédée par celle-ci.

Rita Lino 6.jpgLa déstructuration de l’éros fait passer outre toute navigation habituelle de regard. Il est mis en contact avec un univers habité par un jeu des forces et de farces nouvelles. Le voyeur éprouve un trouble comme si les images présentées n’étaient pas « les bonnes ». Cela permet à la femme de reconquérir liberté qui peut s'incorpore au désir mais ne fait pas participer le voyeur au rêve "étrange et pénétrant" cher à Baudelaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

31/01/2017

Cosey prince d’Angoulême

 

Cosey 2.pngEn concurrence avec Chris Ware et Manu Larcenet lors de la lutte finale, le Lausannois Cosey a obtenu le Grand Prix du Festival de la B.D. d’Angoulême. Celui qui dessine comme nul autre les montagnes en cultivant un style minimaliste reste un créateur majeur de son art grâce à la célèbre saga Jonathan et son héros amnésique. Commencée en 1975 elle se poursuit de manière temporelle aléatoire et compte aujourd’hui 16 albums dont « Celle qui fut ».

Cosey.jpgLe succès de cette série lui a offert une indépendance et la liberté créatrice. Il est passé maître dans l’art de visualiser le vide. Et quoique maître absolu de la couleur il s’apprête à créer une B.D. où le noir et blanc seront traités comme des couleurs plus que pour des effets d’ombres et de lumière. Cosey 4.pngGrâce à Glénat il a pu réaliser un rêve : écrire et dessiner une aventure inédite de Mickey validée par la direction des studios Walt Disney. Partant comme toujours de documents (dans ce cas les premières bandes de son héros) il a imaginé avec « Une mystérieuse mélodie » la rencontre entre Mickey et Minnie conformément aux histoires premières où ils ne se quittaient pas.

Cosey 3.pngSa capacité à dessiner les grands espaces de montagne (on connaît son goût pour ses Alpes comme pour le Tibet) Cosey est un visionnaire mystique. Il sait produire une approche psychologique chez ses personnages : quelques traits suffisent pour souligner l’amour de l’autre ou une quête spirituelle toujours teintée de mélancolie. Tintin (au Tibet) n’est plus ici : néanmoins il n’est pas loin.

Jean-Paul Gavard-Perret