gruyeresuisse

11/01/2019

Ce que les gourmands disent : Martin Parr

Parr 3.jpgC'est en 1995 que Martin Parr, fidèle  à sa volonté de "dire" le monde, commença la série «British Food» où sont mis en évidence de manière fractale divers types de mets appétissants ou non . Viandes, légumes, confiseries sont présents à travers la cuisine britannique souvent ostracisée (à tord).

Parr.jpgUne telle saisie, grâce ou à cause des portables, est désormais devenue une sinécure - ce qui n'était pas le cas au moment où ce projet prit corps en poursuivant les expérimentations chères au créateur. Chez lui la photo documentaire préserve toujours un caractère drôle et incisif.

Parr 2.jpgParr y revendique une double postulation : ce qu'il nomme une "pornographie culinaire" mais aussi le "glamour" des magazines de cuisine. L'artiste utilise le flash pour  - écrit-il - "créer de la fiction et du divertissement hors réalité". Les couleurs vives deviennent un prétexte afin de proposer une fête de la nourriture elle-même. Elle est ici, dans son brutalisme parfois quasi surréaliste, dégagée de ses conditionnements et emballages.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Parr", British Food", Janet Borden Inc, Brooklyn (NY) jusqu'au 16 janvier.

08/01/2019

La réalité alternative de Chris Dorley-Brown

Dorley 3.jpgChez le photograhe britannique Chris Dorley-Brow, la figuration du réel est toujours tirée au cordeau et à quatre épingles. Mais pour mettre à mal les sujets classiques que l'artiste feint de montrer. Il crée des décalages avec humour corrosif et dérisoire là où le propulsif l’emporte sur le prostré, le viscéral sur le statuaire. Autodidacte, le photographe a fait ses "classes" dans l'East London des années 70 et plus particulièrement dans des rues du quartier de Hackney. C'est pourquoi certaines de ses prises ne sont pas sans rappeler le "Blow up" d'Antonioni.

 

Dorley.jpgChris Dorley-Brown installe son appareil pour capturer l’activité de la rue. De retour au studio, il superpose les moments qui en résultent dans une composition étrange où tout bascule de la réalité vers le songe. Jaillit une marge de l'image et de la réalité. Les deux sont portées vers la drôlerie et le mystère. Le photographe tient pour dogme le mépris des contraintes naturalistes. La rue est sublimée en un surréalisme particulier.

 

Dorley 2.jpgEn un dispositif continuel d’hybridation invisible Chris Dorley-Brown crée un fantastique très particulier. Le polymorphe rode sans cesse et fait glisser les apparences sur divers plans. Les cadrages et la lumière fomentent des images ambiguës et déconcertantes. S'en suivent des quiproquos. La technique qui préside à la "réalité" et à la fermentation du «photographique» devient un moyen de plonger l'apparence vers une nouvelle interrogation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Chris Dorley-Brown, "The Corners", Rober Koch Gallery, San Francisco, du 5 janvier au 2 mars 2019.

 

03/01/2019

Swiss kiss et autres smacks : Joie Panique

Baiser.jpgPrivilégiant dans l'absolu les images, les éditions Joie Panique ne lésinent pas sur la marchandise. Il y a dans leur nouvel opus des baisers de roman, des baisers de ciné, des baisers qui préfèrent l'ombre à la lumière (et vice versa), des baisers orgeat, des baisers orgiaques. Sans oublier les baisers girophares, les baisers décapsuleurs de jarretelles, les baisers à l’huile d’amende si douce, les baisers de quais de gare ou des brunes mais aussi des baisers cloueurs de bec, des baisers tuent lippes et des baisers déboutonneurs de soutifs.

 

Baiser 2.jpgGrâce à Flore Kunst, Nine Antico, Joël Hubaut et quelques autres spécialistes les baisers sont à sourire plus qu'à pleurer - sinon d'émotions. Ils sont aussi d'amour ou à malices dans des scénographies exquises et qui grisent par leur rouge émis (même en noir et blanc). Sont-ils plus fantasmés que vraiment éprouvés ? Pas sûr. Il y a là des corps accords. Nul doute là dessus.

Baiser 3.jpgDe l'air y passe. Et surtout du désir. Ces baisers sans être à mère donc incestueux n'ont rien d'amères. Ils sont toujours amènes avant que la messe soit dite (ou faite) après un dernier Amen. Le tout histoire de pousser le "bouchons" un peu plus loin : entre autre sur l'oreiller des songes télescopiques. Dans tous les cas ils n'ont pas leurs langues dans leurs poches et sont à barbes ou à buisson ardent. Jamais veufs de guère ou de guerres lasses ce sont des revenez-y ou des beaux "venezyvoir" sur des peaux d'ivoire. Mais les plus ambrées peuvent y trouver de quoi grimper aux rideaux tant ils médusent. Et ce jusqu'aux hermaphrodites.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Baiser", Collectif, Editions Joie Panique.