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19/09/2018

Leonhard Hurzlmeier : révision des clichés

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Le jeune peintre Leonhard Hurzlmeier revisite la tradition de nu féminin à travers l’humour qui casse les clichés sociaux et plastiques. Il crée des perspectives surprenantes, fantaisistes mais plus profondes qu’il n’y paraît. Au“ C’est tout » du nu répond un moyen de le faire résonner autrement et de perdre le voyeur dans le lieu de sa voyance. La femme n’est ni sainte, ni prédatrice elle vit sa vit, se moque de ce qu’on attend d’elle.

 

 

Hurzlmeier 2.jpgSans doute la question du sexe hante l'art mais Hurzlmeier introduit l'inadéquation fondamentale de la peinture aux images classiques du féminin. L’érotisme se montre en divers écarts là où la femme semble s'offrir presque toute entière. Le corps soudain redevient le lieu du paroxysme, de la ré-énumération et non de la rémunération attendue. La femme n'est plus enclose pour n’être que le « pauvre » jouet du mâle, elle redevient magique et foudroie. Il n’existe pas des noces érotiques mais se précise une remise en jeu le désir. La femme pénètre le voyeur qui ne la pénètrera jamais. L’intime n’est qu’extime vibrionnant et enjoué.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leonhard Hurzlmeier, « Neue Fraulen », Hatje Cantz, Berlin, 2018.

18/09/2018

Arlene Gottfried : les uns et les autres

Godfried.jpg« Sometimes Overwhelming » d’Helene Gottfried réunit les photographies des années 70 et 80 lorsque la jeune créatrice parcourait Brooklyn pour capter de la manière la plus naturelle et simple la vie de l’époque. Celle qui travaillait en bureau la journée, apprit la photo en cours du soir afin de passer ensuite ses temps de repos dans la foule des rues à la recherche de surprises ironiques et prégnantes.

Godfried 2.jpgEn dehors de sa ville elle fut une des photographes majeures à Woodstock en 1969. Elle multiplie ensuite des prises sur les plages et dans les clubs. Elle devient photo-reporter professionnelle et narre New York en des images réunies dans plusieurs albums dont cet « Sometimes Overwhelming » devenu un classique de la vie de la cité. Elle saisit l’extravagance de quartiers. Peu à peu la créatrice allait sophistiquer à tord ses prises de divers types de marginalité. Mais ici tout garde une fraîcheur surprenante à une époque où la ville n’était pas « débarrassée » de ceux et celles qui furent bientôt chassés par le maire Giuliani pour « épurer » la Grosse Pomme.

Godfried 3.jpgLa photographe aime montrer les contrastes et oppositions (homme quasi nu et rabbin, femme vieille et éphèbe, blanc et noir, etc.). La diversité joue dans des œuvres dénuées de tout jugement de valeurs. L’ensemble est excentrique et ludique, insouciant et sérieux. Les portraits d’êtres humains fragiles ou sûrs d’eux trouvent une réalité qu’elle ne l’était dans ce témoignage brut et composé mais toujours de première main.

Jean-Paul Gavard-Perret

Arlene Gottfried, « Sometimes Overwhelming », PowerHouse Books, New York, 2018

17/09/2018

Ben : le Giacometti du pauvre

Ben.pngBen est infatigable. Il est comme les vieilles 4L, rien ne l’arrête – même pas ses freins. Exposant à Montpellier allée Giacometti il va même jusqu’à présenter « un Giacometti du pauvre » en fidèle compatriote fédéral. Pour habiller le dos des cinq murs où il affichera son travail il a choisi le triptyque thématique et « matelatique » « Humour sexe vérité » sans doute aussi difficile à respecter que « liberté, égalité, fraternité ».

Ben 3.pngL’opaque helvète occitan tente ici de réaliser son rêve : être transparent. Sans pour autant prétendre que la vérité le soit ; « sinon on n’y verrait rien » a raison de préciser le patriarche. L’atrabilaire ajoute : « Il m’est difficile d’écrire et même d’aller à l’atelier ». Mais il n’a pas encore décidé s’il est gravement malade. Ou pas. Mais il se sent réconforté chaque soir avec son Annie et ses chats. Ses angoisses l’angoissent mais il continue son travail. Pour New-York il prépare dix questions sur l’art : « Is art a dead story ? », « Is art helpfull ? « Who am I ? (ah ego quand tu nous tiens), etc.

Ben 2.pngPreuve que Ben tient le cap. Et Annie n’y est pas pour rien. Elle, « croit à une justice qui viendra un jour pour les jeunes Thaïlandaises qui, pour survivre, doivent tailler des pipes à tous ces gros bourgeois qui se payent des vacances sexe ». Lui, n’est pas loin de penser le contraire. Mais il poursuit son travail rigolo et libre entre autres - et c’est paradoxal – de tout ego même s’il feint de dire le contraire. Mais le travail de l’artiste « bipolaire » le prouve. Et après Montpellier puis Blois et Paris nous le retrouverons à la foire de Bâle. Même si pour lui y être exposé ressemble à un enterrement. « Moi j’ai envie de rester vivant et libre et continuer à faire du n’importe quoi n’importe comment » dit-il mais gageons que nous l’y retrouverons avec dans sa besace des détournements notoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ben, « Je suis transparent », Galerie A.D., Montpellier, 21 septembre – 21 octobre 2018.