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24/05/2018

Jan Fabre : les chemins de traverse de l’imaginaire

 

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L’exposition de Jan Fabre à la fondation Maeght sera consacrée à ses sculptures en marbre et ses dessins traitant de la représentation du corps et du cerveau en tant que réceptacle des rêves et de l’imagination sous couvert de vision où le classicisme et la perfection jouxtent des obsessions surréalistes chères à l’iconoclaste belge.

Fabre 2.jpgSe confronter à l’œuvre parfaitement maîtrisée, et dans cette double économie, permet de percer décorum et bienséances. La vision du regardeur percute la cervelle qui si elle manque de plomb en elle contient par sa mise en scène un humour ravageur. La sexualité est ici moins présente que parfois même si elle n’est pas étrangère à cette « pétrification » paradoxale : sous ou sur le marbre des éléments perturbateurs troublent la vision de la statuaire.

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Infecté par le virus de la libération, le marbre et ses connotations religieuses provoquent le rire sourd et foudroyant. L’artiste tourne en dérision non seulement la religion mais la vision de l’art. Existe donc là un combat qui rend l’œuvre aussi célèbre que lourds en malentendus - vue la corrosion mentale qu’elle produit.

 

 

Fabre 4.jpgL’aspect carnavalesque et de parade trouve là une autre impertinence en apparence plus froide. Mais c’est pour mieux dévoiler ce qui peut déranger par une propension toujours présente de la provocation. Lézardant les certitudes, l’artiste revisite l’histoire des arts « classique » et populaire. Ils trouvent là une perfection d’un genre particulier. Mais Fabre reste le farceur qui brouille les pistes et ouvre le champ des possibles.

Jean-paul Gavard-Perret

Jan Fabre,  « Ma nation : l’imagination », Fondation Maeght, Saint Paul de Vence, du 30 juin au 11 novembre 2018

21:45 Publié dans Humour, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

21/05/2018

Les débuts de Martin Parr ou les tremblements du sens

parr 2.jpgMartin Parr déloge le rapport orthodoxe du réel à l’image pour créer une suite carnavalesque des êtres en diverses situations. Les sujets abordés sont sérieux mais le photographe introduit le quasi délire, la parataxe, l’ironie par sa façon de saisir les circonstances où les personnages - pétrifiés ou non - semblent sortir de leur propre limite sans qu’ils le sachent.

parr.jpgDe telles prises mettent le portrait au-delà du psychologisme. Dans ces photographies tirées des premières séries de Parr - « The Non-Conformists, Bad Weather, Beauty Spots, A Fair Day, The Last Resort: Photographs of New Brighton » (première série en couleurs) - les faits deviennent presque hallucinatoires et toujours drôles. Il sait saisir les êtres sans pour autant les prendre en otage.

parr 3.jpgExiste une dramaturgie toujours drôle loin des principes ou idéaux. La réalité est là où les thèmes de la classe sociale, de la culture et des loisirs de masse ne sont jamais traités de manière surplombante. Nul jugement mais une attention ironique et bienveillante. Loin de toute idéologie l’artiste s’intéresse à la plasticité et au sens à lui accorder en étant attentif aux autres. La photographie ne les tue pas : paradoxalement elle les exhausse au moment où la vie pour eux est plus ou moins belle dans l’espérance que l’avenir dure longtemps….

Jean-Paul Gavard-Perret

“Martin Parr: Early Work 1971-1986”, Huxley-Parlour, Londres du 16 mai au 9 juin

 

19/05/2018

Mouvement, profondeur, espace : Valère Novarina

Novarina 2.jpgValère Novarina, « Une langue inconnue », (réédition) Editions Zoé, Genève.

Pour Novarina la langue « bête respiratoire à jamais imprévisible » se lie à une musique qui pense. Elle joue ici une variation maternelle sur la langue hongroise de sa mère dont une berceuse l’enchantait. Le Savoyard retrouve ainsi une racine hongroise à travers la sonorité d’une langue foraine qui se lie au français. Cette langue est celle du « fiancé fantôme » de sa mère et que son propre père lui avait refusé. Sans lui il aurait été un autre. Ou personne.

novarina.pngL’auteur ramène une nouvelle fois à la richesse sonore et non à l’abstraction de la langue. Le Hongrois pour lui « porte loin » - comme le Français. La pensée miroite dans l’une et l’autre de diverses énergies. Les mots ne sont pas les choses mais la pensée s’entend par l’incarnation qu’ils lui donnent. Et à travers cette langue incompréhensible et son expérience, Novarina fut atteint par un flux : il lui donne l’idée que la pensée est « une course de haies ». Et l’étrangeté incompréhensible tua l’idolâtrie des mots et le renvoya au patois savoyard, à sa richesse phonique, sa danse et son mouvement sourd

Novarina 3.pngAu nom de l’esprit balkanique, tout jeune Novarina, écrivit « liberté pour la Hongrie » puis des carnets dont « la mémoire : une eau où se noyer » que l’artiste « débrouillera plus tard ». Depuis il continue à travailler « à l’aveugle » sachant que l’écriture en « sait plus que nous » au nom d’une révélation, d’une métamorphose, d’une transfiguration. Novarina évoque aussi ses autres langues nourricière le latin, le français et le patois du Chablais cette « langue idiote et manuelle » qui invente et qui rit et connaît ses paysages par cœur : Samoëns, Champanges, Boëge, Brentonne, Habère-Poche et bien d’autres et aussi ses sobriquets dont l’auteur fit la collecte pour créer un tournoiement.

Jean-Paul Gavard-Perret