gruyeresuisse

20/08/2018

Difficile de dire ce qu'on croit savoir : Pascal Le Gras

Le Gras.jpgDécomposant l’acte graphique, chaque page du livre de Pascal Le Gras est étroitement lié à l’espace. Par clivages et éclipses, décalages et répétitions images et textes se croisent. Leurs lances fragiles et drues bravent ou déchiffrent les messages estompés ou changés  afin de créer une lecture plastique particulière. Il faut donc suivre de tels sillages porteurs d’alliances. Tout témoigne de chutes et de remontées.

 

Le Gras2.jpgSe lient l’infime et le plus grand loin de tout effet "pétard" même si tout est spectacularisé - jusqu’au leurre d’un certain jeu de dames là où se réunissent les contraires en une harmonie dégagée de toute prétention et en divers allers et retours.

Le Gras3.jpgExistent des surfaces de réparation où l’artiste “ développe ” un humour vivace. Le voyeur lecteur n’a pas le souci de chercher son âme dans de tels envols et labyrinthes ludiques. Et se retrouve de fait un étrange écho à la B.D. de jadis : « Pim Pam Poum ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Pascal Le Gras, « Pap Pip Pop », Litterature mineure, Rouen, 8 E..

18/08/2018

Pierre Tilman : leçons de ce qui

Tilman 2.jpgL’encoche des mots chez Pierre Tilman se cabosse en des bouts qui à la fois les calibrent, les segmentent et en écartent les iambes et les jambes. Ils s’époussexent, se torchent ou béent. Plutôt que de soigner ils sont « médicamants ». L’artiste et poète replantent la langue sur la touffe de marjolaines aux pétales à petites lèvres. Faux papa. Faux pas. Fils père-turbé, peinturé. Infusions sans verveine. Mais à l’heure dite dans la forêt des songes ils inventent un cri silencieux afin d'éviter les soupçons de voisinage.

Tilman 3.jpgLe Verbe plutôt que sentir Dieu devient une ogive ou la buttée de l’origine, un œil qui voit (mais ne se voit pas) moins le ciel que l’abîme. La mémoire n’y a pour organe que des fragments de bribes plus ou moins longues. D’un côté la ruine de l’autre la dérive. Le spéculum est dans sa tête, le couteau à dissection dans la surface. Son espace devient une caisse qu’un peu d’obésité mentale se plairait à soulever.

Tilman.pngRemontant l'enfance par la fable de sa fontaine, le vif rassemble encore l’après avec l’avant comme s’il avait tout le temps. Demeurent des tournis de mots giclés. Peau et sang, veines et glandes. Le cancre las devient farceur. Plus mouillé qu’hier et bien moins que demain. Hugh dit cet enfant dit de l’homme mais qui n’est que de la mère. Devenant autre pour sa supination.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Tilman, « Tout comme unique », Editions Voix, Richard Meier, Elne.

11/08/2018

Liana Zanfrisco : tout ce qui reste

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Fondamentalement libre Liana Zanfrisco frôle des forêts sombres - et pas seulement de l’enfance. Elle connut très vite l’affranchissement au moment où le corps devient désir mais aussi objet du même désir (pour l’autre). Elle ne le quittera pas. Mais le transforme dans ses images anti-académistes qui le pousse dans ses retranchements ou ses « restes’ » (cheveux, halo, silhouette).

 

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L’artiste démembre puis réconcilie le corps, ses fils, ses buissons, ses pattes d’oiseaux plantées dans la neige ou ailleurs. Elle sait en effet (comme Goethe puis Freud) qu’au commencement n’est pas le verbe mais le réel et ses images. Dès lors, des natures plus ou moins douteuses quant à leur visibilité s’élèvent, dansent dans une sorte d’élan qui n’a rien de mystique. Mais par ses biffures Liana Zanfrisco dégage la figure de ses faux-semblants.

 

Zanfrisco 2.pngDans ses images ne s’abritent pas les saintes chérissant l’abîme, les religieuses du sexe qui calculent le hasard et doivent tarifer l’innommable même lorsqu’elles sont lasses des ébats humains. L'œuvre trébuche entre miracles brouillons et crises de silence. Le corps a parfois l’inintelligibilité d’un tourbillon pour se moquer des puritains et leurs étreintes faméliques. Mais l’œuvre ne tapine pas, elle emporte dans ses mouvements un monde aveugle qui a oublié maquerelle, essence, voire enveloppe charnelle. Bref elle refuse la forclusion. Que des pouilleux fassent passer le nom, la peau, le rire d’Edwarda aux oubliettes, l’artiste ne peut leur pardonner. C’est pour venger cet outrage qu’elle apocalypse le corps dans ce qui tient néanmoins d’une trouble fête.

Jean-Paul Gavard-Perret

Liana Zanfrisco, « Coffret », Maison Dagoit, Rouen, 2018, 25 E.