gruyeresuisse

17/11/2014

Ben et Bâle

 

 

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Ben reste un artiste résolument français « On peut se coiffer Africain. Mais pas Alsacien ou Breton Ce n’est pas juste » écrit-il dans son « journal » au quotidien. Mais il n’oublie jamais ses racines suisses et voue un intérêt à la foire de Bâle. Il trouve là un formidable rassemblement de la création et refuse de proposer la moindre critique à ce qui est présenté comme de ce que lui-même offre dans ses créations : « Tout est bon, il ne faut rien jeter.  Ni mes boutons de culottes, ni les trous, il ne faut rien jeter et ne pas s’arrêter ». Qu’importe si à Bâle comme ailleurs tout le monde porte jeans, iPhones, Nike, sac à roulette.

 

 

 

Pour exister dans la foire le moteur de Ben  n’est de celui de  Tinguely. Il a soin de préciser : « Tinguely c'est un spécialiste des moteurs. Mon côté Suisse, c'est de mettre de l'ordre. Mettre un lit double au milieu de la rue ». Ainsi continue-t-il fidèle à Fluxus et à une forme de situationnisme d’afficher sa création face à la culture. Pour Ben cette dernière « prend votre temps libre pour vous remplir la tête de noms propres  pour que vous puissiez frimer dans les cocktails  devant les filles et avoir l’air de savoir ». Exit donc la gloire que les artistes réclament mais que le Niçois ne parle qu’en voguant dessus même s’il préfère à ce prurit de l’égo les  idées. Et qu’importe s’il se prend un peu les pieds dans ses démonstrations en affirmant : « presque tous les artistes d’art contemporain aujourd’hui  sauf Duchamp  ont mis tous leurs œufs dans un seul panier  et se sont spécialisés  pour qu’on les reconnaisse  à faire le même truc mille fois. Moi je n’y arrive pas ». Voire… Que sont ses slogans écrits sur support sinon une marque de fabrique et même une succession de produits dérivés ? Rendons-lui toutefois ce qui lui revient.  Des projets diversifiés Ben n’en manque pas.  Il caresse par exemple le projet d’ouvrir un zoo pour espèces vivantes génétiquement modifiées et celui de devenir un danseur de tango. Ses cheveux argent teint le mettent dans les conditions idéales.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

15/11/2014

Julia Bruderer et les boucs à nier

 

 

 

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Julia Bruderer sale la queue de bien des comètes ou les attife de hardes colorées  ou non  en des dessins aussi drôles que durs et poétiques. Jadis on aurait taxé la Zurichoise d’être une démone. Heureusement les temps ont changé. Et le mâle - du moins ce qu’il e reste -  accepte les créatrices qui donnent à voir l’obscénité de leur monde (s’il est mis en couleur). Ici les hommes ont des cornes mais elles ne ressemblent en rien au sexe statufié de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise. Face au genre dit maître l’artiste multiplie des tresses qui singent la détresse. Pour les femmes dessinées tout ciel (même celui du ciel) est étranger. Il n’existe dans l’œuvre ni joli boudoir, ni lys dans les vallées alpines ou jurassiennes. Julia Bruderer a même arraché les baisers afin qu’ils n’emportent plus les lèvres. Les filles ont replié leurs cuisses sous elles et n’écoutent plus les grâces des sornettes du mâle faisant. Leur ventre est redevenu l’endroit le plus sûr de la terre. Il n’est plus chargé de tous tes péchés  d’Israël. Les femmes restent dans leur laine pour ne gémir que de leurs propres lamentos de tourterelle mais le plus silencieusement possible.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/11/2014

Les mutations farcesques d’Ursula Knobel

 

 

 

 

Knobel.jpgPuisant son imaginaire dans les matériaux du réel Ursula Knobel les remodèle à sa main, le plus souvent au moyen du médium le plus simple : le dessin. La célébration plastique devient néanmoins un rituel poétique totalement décalé. L’artiste ne cesse de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur en une approche à la fois naïve et conceptuelle, minimaliste et faussement désinvolte. L’artiste s’oppose à toutes les arrogances par ses déphasages. Le dessin se met à chanter pompette. Le pestilentiel du quotidien est transformé en fragrances « pistil en ciel » en des jardins dont nul ne peut  ressortir en détresse.  Le soleil y tape dur comme un boxeur. L’ère de la renonculacée n’y est jamais  retardée. La force démystificatrice fonctionne à plein régime, en toute simplicité et en une indignation discrète. L’ironie fait le reste. Et le fait bien. Au besoin Ursula Knobel forge le faux afin d'exalter l'artifice. Plus besoin de prendre la fuite, de se jeter dans le Rhin  pour quitter la Suisse. Mieux vaut attendre, devant chaque image proposée par l’artiste, qu’elle nous jette dehors comme le ferait un patron de bistro.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret