gruyeresuisse

26/11/2017

La fièvre monte du tricot – Fanny Viollet

Viollet 4.pngFanny Viollet en ses « nus rhabillés » se veut culottière. Elle feint d’illustrer la réplique « cachez ce sein qu’on ne saurait voir ». Elle n’en est pas pour autant tartuffe. Le textile devient un appel intense à une autre traversée de la volupté. Celle-ci est souvent plus forte par effet de voile. Le regard vient s’y nicher pour en deviner les mystères.

Viollet.jpgSuavité et plénitude se tissent afin d’entretenir le secret de manière ludique. Au rose thon de la chair s’adjoignent d’autres tonalités. Elles poussent encore et encore la part inconnue de la subjectivité et de la fièvre. Habillé le corps conserve sa part d’ombre et de lumière. Et Fanny Viollet rappelle que l’intimité, la vraie, ne se « donne » pas facilement.

Viollet 5.jpgEn effet, le consentement n’est pas le total dans l’abandon. Il faut une résistance pour que la nudité parle par ajouts et ajournements provisoires au moment où regard de l’artiste s'ajoute à celui des peintres qu’elle revisite. Le désir se fait plus rampant. Il faut le deviner. L’être y boit pourtant à une invisible mamelle. Il la recherche d’autant plus qu’elle s’éloigne. Son éclat est plus fort.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/11/2017

Stefan Marx : Et cum spiri toutou

Marrx 3.jpgStefan Marx, Christoph Keller, “Rebel Without A Cause”, 188 Pages et Stefan Marx, "Sundaayyyssss", 16 Pages 2017, Nieves Editions, Zurich.

 Artiste, graphiste, musicien, Stefan Marx est aussi une figure de la scène skateboard. Créateur, entre autres, du label hambourgeois "Smallville records", et membre du groupe « The Dead See » il s’est fait un nom enviable dans l’art graphique : ses dessins en noir et blanc, ses flyers slogans rendent compte d'une expérience ancrée dans la contre-culture.

Marx.jpgPour preuve « Rebel Without a cause » et « Sundaayyyssss ». Ce dernier illustre combien les chiens s’ennuient le dimanche. Preuve que le toutou n’est pas seulement l’ami de l’homme mais son semblable. Quant à « Rebel Without A Cause” écrit avec le distillateur Christoph Keller il représente la collection de plus de 150 contraventions que ce dernier a accumulé pendant ces 20 dernières années. Au lieu de les payer, il les a remis à Marx afin qu’il dessine dessus. Les originaux ont été vendus au même prix que l'amende multipliée par 7 à Galerie Karin Guenther à Hambourg, sous la devise "le billet moins cher = l'œuvre d'art peu coûteuse".

Marx 3.jpgLes deux compères et hors la loi transforment la punition initiale en une récompense qui prend des vertus de fuite et de succès. Hors des mains de l’administration elle a fini d’être utile : et c’est un peu comme les dimanches. Le faux goût de l’ordinaire et de la règle boit soudain le bouillon. Il existe donc dans ces deux livres des tours de passe-passe et de prestidigitation. L’austérité se rétracte : aux « Pater » de la loi et des fins de semaine se substituent les « Ave » de l’art iconoclaste. Manière pour les taciturnes toutous de devenir d’incontrôlables cabots.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/11/2017

Gabrielle Jarzynski : Hirondelles en marcel

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Gabrielle Jarzynski ouvre bien des espaces. Elle en soulève d’autres. Avec ses sœurs ou ses congénères, elle se donne à tire d’elles ou d’eux. De telles hirondelles apportent le printemps même en hiver. Très vite cela dégénère. Mais personne pour s’en plaindre. Bien au contraire. La grivoiserie est dans l’air, voire les griseries d’heures exquises dans des parties carrées où le seul libre arbitre est celui du terrain.

 

 

 

 

Jarzin.jpegIntenable, quittant son habit noir, il entre lui-même dans le jeu. La poétesse l’accepte car elle sait qu’à l’impossible nulle tenue est de rigueur. Grâce à elle et son équipe les hommes ont vite fait de retirer leur marcel. Ils s’offrent des soirées à la Malcolm Lowry plus qu’à la Malcolm X mais si cette dernière lettre est de rigueur. Le chemin du Paradis se pave de mauvaises intentions. Nul besoin de le laver même quand il est irisé de taches suspectes : il faut que les corps exultent que se soit ceux de dockers ivres ou ceux plus tendres de coryphées en tutu.

Jarzin 4.jpgDe leur premier amour aucunes, aucuns ne se souviennent du nom. Certains ont gardé longtemps sa photo dans leur portefeuilles, certaines dans leur sac à main. Mais elle fut déchirée un jour de blues et connut le caniveau. Dès lors les hirondelles pour l’honorer s’habillent d'un doigt de Chanel (ou d’une autre Coco) et cajolent les malotrus d’une brassée de phonèmes (mais pas que...)

 

 

 

 

Jarzin 2.jpegQuand la fatigue guette leurs destriers, plutôt que de se lamenter, les succubes succulentes succombent à un lesbianisme assumé. C’est là l’apprentissage de la sagesse. Du moins celle d’un livre que les chastes yeux liront écarquillés. Ils n’en croiront pas eux-mêmes devant un tel codex du sexe. La parole ne sort plus de soie : elle vient de l’intérieur d’un tricot de peau. Du moins ce qu’il en reste. L’urgence est donc toujours de trouver son semblable, son frère. Mais sa sœur fait tout autant l’affaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gabrielle Jarzynski, « les Hirondelles », Linogravures de Jean-Guillaume Kuhn, Editions Philippe Miénnée, 2017.