gruyeresuisse

13/02/2017

Rita Lino : poses et pauses

Rita Lino 7.pngRita Lino accorde un potentiel poétique à un érotique presque (le presque est très important) hard-core mais qui joue tout autant de la caresse. Le corps devient un reliquaire blasphématoire. Il met l'accent sur les avatars voire les pressions que subit la féminité. Souvent avec drôlerie et de manière « réaliste ». Le corps n’est pas traité comme un objet magique même si une sorte d’incantation paradoxale est présente dans les « parades » (au sens théâtral) que l’artiste propose à travers sa propre scénarisation dégingandée : les culottes sont trop hautes, les soutiens gorges trop larges.

Rita Lino 4.jpgSurdouée Rita Lino feint la négligence mais elle permet de triompher d'obstacles en apparence infranchissables. D'un hasard qui n'est pas - mais que l'artiste fait prendre pour tel - naît un monde ou le fétiche est détourné. Il donne accès à un royaume où le corps propre de l’artiste est revisité selon une forme de "nécessité naturelle" des choses d’où naît parfois le charme au sens premier du terme et qui se moque des maquillages en tout genre. Se découvre toujours ce qui n'est pas attendu. L’humour en premier. Chaque œuvre possède son ombre mais grâce à lui elle n’est possédée par celle-ci.

Rita Lino 6.jpgLa déstructuration de l’éros fait passer outre toute navigation habituelle de regard. Il est mis en contact avec un univers habité par un jeu des forces et de farces nouvelles. Le voyeur éprouve un trouble comme si les images présentées n’étaient pas « les bonnes ». Cela permet à la femme de reconquérir liberté qui peut s'incorpore au désir mais ne fait pas participer le voyeur au rêve "étrange et pénétrant" cher à Baudelaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

31/01/2017

Cosey prince d’Angoulême

 

Cosey 2.pngEn concurrence avec Chris Ware et Manu Larcenet lors de la lutte finale, le Lausannois Cosey a obtenu le Grand Prix du Festival de la B.D. d’Angoulême. Celui qui dessine comme nul autre les montagnes en cultivant un style minimaliste reste un créateur majeur de son art grâce à la célèbre saga Jonathan et son héros amnésique. Commencée en 1975 elle se poursuit de manière temporelle aléatoire et compte aujourd’hui 16 albums dont « Celle qui fut ».

Cosey.jpgLe succès de cette série lui a offert une indépendance et la liberté créatrice. Il est passé maître dans l’art de visualiser le vide. Et quoique maître absolu de la couleur il s’apprête à créer une B.D. où le noir et blanc seront traités comme des couleurs plus que pour des effets d’ombres et de lumière. Cosey 4.pngGrâce à Glénat il a pu réaliser un rêve : écrire et dessiner une aventure inédite de Mickey validée par la direction des studios Walt Disney. Partant comme toujours de documents (dans ce cas les premières bandes de son héros) il a imaginé avec « Une mystérieuse mélodie » la rencontre entre Mickey et Minnie conformément aux histoires premières où ils ne se quittaient pas.

Cosey 3.pngSa capacité à dessiner les grands espaces de montagne (on connaît son goût pour ses Alpes comme pour le Tibet) Cosey est un visionnaire mystique. Il sait produire une approche psychologique chez ses personnages : quelques traits suffisent pour souligner l’amour de l’autre ou une quête spirituelle toujours teintée de mélancolie. Tintin (au Tibet) n’est plus ici : néanmoins il n’est pas loin.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/01/2017

Ivan Moscatelli : Dards et étants d’art

 

Moscatelli 2.jpgIvan Moscatelli, « Les Manifestants », Editions du Griffon, 45 CHF, 2017, Neuchâtel,

"Strass, paillettes, amours et calicots? Moscatelli se manifeste et manifeste", Galerie du Griffon du 10 février au 11 mars 2017. 

 

Celui qui aime à se nommer « communiste italien », dans la droite ligne d’un autre suisse Ben Vautier, joue de l’art du concept propre à Fluxus pour donner des coups de pieds dans la fourmilière romande et humaine. Ses « manifestants » poursuivent la logique de son travail. Il s’agit de secouer la passivité par la provocation et le goût des slogans comme des images fortes. Droits comme des i, ses phallus au garde à vous singent la prétention virile. Le premier degré est rehaussé vers un jeu à la fois plus drôle plus et sérieux. La comédie humaine est mise en tous ses états par les éjaculations programmatiques.

Moscatelli 6.jpgL’effet totem renvoie à une pluralité de catégories et revendications sociales, politiques ou de genres et de pratiques. Une homogénéisation à lieu au milieu de ce cortège mis sur orbite (si l’on peut dire). Les récriminations sont multiples, humoristiques, naturelles, caustiques. Elles décalent la « vulgarité » que certains pourraient regretter (à tord) dans l’incarnation de tels manifestants à dimension irénique et paradoxalement abstraite puisque, dans leur diversité, les manifestants sont plus ou moins les mêmes : on les oublie pour ne retenir que leurs messages et tablatures.

Moscatelli.png

 

 

En rien satyres ces clones célestes rappellent à l’homme le peu qu’il est. Une ( inavouable ?) communauté est proposée. Et si Moscatelli joue du membre dit viril c’est pour rendre la vie plus vive. Il ne s’agit pas d’admirer un dieu  mais de venir à bout de bien des certitudes admises.

Jean-Paul Gavard-Perret