gruyeresuisse

01/04/2014

Vincent Kohler vs. Fabienne Radi : culture et contre culture

 

 

 

 Kolher 3.jpg« Gare au mildiou », Fabienne Radi Mamco. Les trois œuvres de Vincent Kohler dont il est question font partie de l’exposition Le Syndrome de Bonnard (F. Baudevin, J-L Blanc, N. Childress, V. Kohler, R. Levi, D. Rittener, Cl. Rutault) au Bureau à la Villa du Parc à Annemasse à partir d’un choix d’œuvres dans les collections du Mamco, du 5 avril au 31 mai 2014.

 

 

 

C’est à travers les œuvres de Vincent Kohler pour le « syndrome Bonnard » que Fabienne Radi poursuit librement ses pérégrinations terrestres, jouissives et eva-naissantes. Elle place une perverse patate chaude au doux prénom de Charlotte  dans les mains d’un «  jardinier-en-chef exigeant qui fait la pluie et le beau temps » et de son assistant à la libido exacerbée toujours prêt à faire Mèche de tout bois. Mais plus particulièrement d’une allumeuse à la jambe de bois nommé Cancan.


Entre Fabienne et Kohler il y a soudain une communion cérébrale et une commotion végétale. Les mots de l’une font ce que les images de lune de l’autre ne font pas et vice versa. Si bien que le discours mycose toujours là où les images sont atteinte de mildiou - du moins si l’on en croit la critique en ces jours de Kohler.

 

Par substrats et rempotages la sémiologue pousse les images dans les buissons du sens pour les fourrer (culotte retirée – on peut être légère tout en étant soigneuse) d’une main courante propre à la vie souterraine et potagère d’un être qui quoique jardinier n’est en rien pote âgé.

 

Vincent Kohler et Fabienne Radi proposent à leurs corps défendant leur botte à niques. Aux meurtres dans un jardin anglais ils préfèrent les plaisirs peu solitaires d’un jardin à la française où le glamour suit son cours derrière les brocolis.  L’artiste en propose des visions aussi allusives qu’ironiquement fabuleuses. Elles répondent à la glose lascive de celle qui sait monter sur ses ergots et  ses sommes de cogito.

 

Les semis se plantent tout seuls : preuve que leurs fomenteurs faux menteurs  ne font pas les choses à moitié. Même le pur purin d’ortie devient purpurin ! Qu’importe donc si les œuvres de Jérôme Bosch se transforment en un « Coffret Bosch spécial vissage et perçage de 65 pièces ». Dans un pur esprit dada et dans une fièvre de cheval  les créateurs offrent les pro-thèses idéales aux artistes et littérateurs en herbes. Il leur reste qu’à cultiver leur jardin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Aldo Walker : l’image la plus simple n’est pas une simple image

 

 

 

 

 

 

 

 

Walker.jpgLes œuvres de l’artiste sont visibles - entre autres- au Mamco et à l’Aargauer Kunsthaus

 

 

 

 

 

Forceur du subjectif Aldo Walker (1938-2000) casse le mur de la visibilité par divers ruptures. Il oblige l’image à revenir à un état premier selon une formule  qui oblige à sa relecture. Elle donne une forme à une avant-forme ou si l’on préfère une forme affranchie et à franchir. A mi-chemin du minimalisme et du surréalisme, du concept art et du dessin « pur »  son travail est constitué de « Logotypes » et de « Pictogrammes » bases de l’interrogation sur les processus cognitifs et visuels d’interaction entre une œuvre et celui qui la regarde. L’artiste s’efforce de concevoir ses expérimentations de telle manière que ce soit au spectateur d’en imaginer les contenus : « Les Logotyp tels que je les conçois, disait Walker, n’ont pas de signification en soi ; ils n’acquièrent de signification qu’avec et à travers le spectateur. » Le plus connu de ces Logotyp est "Nummer VII"(1976) : un fox-terrier schématisé, sculpté dans une pièce de bois. Il  se trouve contraint à un seul mouvement possible : glisser de bas en haut et de haut en bas en faisant le beau devant une écuelle de fer. Au spectateur de cherche les éléments métaphoriques d’une telle œuvre : drôle car nonsensique ? sadique puisque l’écuelle reste  inatteignable et  vide ?

 

Walker 2.jpgWalker refuse de rester immobile, penché sur lui-même « comme sur un immense gouffre d’ombre, à guetter l’éclosion des miracles, l’ascension des merveilles ». Il les provoque en une action dynamique où s’invente un territoire dans lequel l’absolu de l’évidence est relativisé. Le créateur contribue à un dépassement de l’opposition entre pensée et écriture, mot et image. Le visuel n’exclut pas le verbal, l’écriture n’exclut pas le dessin. Chaque œuvre devient un lieu aussi simple qu’étrange. La question qui demeure est la suivante : comment tant de possibles peuvent affleurer dans des « indications » aussi brèves ? Et la réponse est complexe : le regardeur sent que la vie est là, qu’elle est   prête à affluer tout entière là où l’image et l’écriture sont métamorphosées par un « entre ». C’est pourquoi, là où il y a cassure, quelque chose résonne dans le silence admis, résonne continûment dans la profondeur des rythmes qui structurent ce langage pictural particulier. Y repose toujours sous un sens premier un autre  plus profond. Il permet au regardeur de « réimaginer » les images parfois confondantes de simplicité (une poule ou une vache esquissée en quelques traits par exemple) mais bien plus complexes qu’il n’y paraît.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

16/03/2014

Les accords parfaits d’Anaelle Clot

 

 

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Anaelle Clot, Aperti 2014, Lausanne.


Anaelle Clot semble tirer sur des cordes invisibles pour offrir le passage vers un monde mystérieux. En se regroupant ses fleurs font des animaux. Parfois ces derniers déraillent vers l’anthropomorphisme. Preuve que la flamme poétique se dresse dans chaque dessin et diffuse une émotion qui déplace le réel.  Les sensations et les oeuvres qu’elles poussent à naître en préparent d’autres pour satisfaire ce qu’elles éveillent. Dans un tel travail nul ne prend le deuil, le monde à l’inverse ressuscite dans des scènes loufoques qui aident les rêvent les plus simples à respirer. L’ombre est exclue parce que la Lausannoise se fait sorcière de la lumière. Elle y orchestre de manière parfois apparemment nonsensique les choses, les animaux, les êtres. S’y sucent des désirs au sein de la chimère là où se franchit le seuil de la réalité. La présence n’est jamais statique : elle est donnée comme effleurée avec une tendresse et une intimité qui devient parfois - mais à peine - libertine. Le monde est pur, sans mièvrerie toutefois. Les traits les plus simples donnent une sève à des dessins qui de manière imperceptible communique le gout de profondeurs terriennes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret