gruyeresuisse

01/05/2015

Marion Fayolle : du bois dont on fait certaines flûtes

 

 

 

 

 

Fayolle.pngMarion Fayolle semble affirmer lorsqu’elle dessine « Le bout des doigts me brûle par le Si indécis que je suis, par le la, la, la de mes chansons graphiques et leur perte d'équilibre ». Le tout non sans un certain surréalisme en formes simples et des couleurs : rouge, bleu, orange bleue au soleil couchant-levant. Le corps épouse des membres imprévus imbriqués selon des greffes et excroissances de l'imaginaire en dérive. 

 

 

 

Fayolle 3.jpgCertes Marion Fayolle est parfois plus « sérieuse » : pour preuve elle dessine des livres pour enfants et leur raconte des histoires. Mais lorsque l’avant-bras droit la fait souffrir elle se détend en dessinant pour des enfants moins sages. Elle décline leur cycle  des vanités. Chaud devant et traverses XXL pour d’inconditionnels baisers. Des lèvres y succombent. Mais qu’on y prenne garde : certaines mâchoires sont armées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/04/2015

L’art, ses arêtes, ses coquilles : Fabian Boschung

 

 

 

Boschung bon.jpg« Fabian Boschung », editions Lage + Pult, Zurich , 2015

 

 

 

Né à Lausanne, Fabian Boschung vit et travaille à Neuchâtel. Son œuvre est régulièrement présentée en Suisse et à l'étranger. Le jeune artiste expérimente divers médiums comme la photographie, la peinture et la sculpture. Parfois  voire souvent ironique l’œuvre cultive une certaine dérision en revisitant à sa main l’histoire de l’art selon des réflexions en actes. Dans un livre qui représente la première monographie de l’artiste suite à son exposition Feeling (présentée l’année dernière au Centre d’Art de Neuchâtel), Simon Derouin et Lionel Gras proposent une analyse  astucieuse de l’œuvre par un dialogue entre « Marguerite et Marcel », personnages fictifs en visite à l’exposition. Boschung.jpgY sont évoqués des sculptures en trophées de coquilles de moule, d'huître ou d'escargot, mais aussi Jackass – le chat de Schrödinger – que Boschung  pétrifie vivant ou encore et entre autres des illustrations du « Manifeste de l'excessivisme ». Marcel y voit une évocation du sexe, Marguerite la considère de manière angélique selon un  sentiment océanique de l’existence tout en restant abasourdi au souvenir d’un  « socle post-minimal prêt à faire des pompes comme un vulgaire athlète. » De telles considérations prouvent combien chaque œuvre reste étrange, complexe et ambiguë en ses « prises ». Chacune implique une certaine distance au moyen de compositions mystérieuses, erratiques et drôles. Créateur d’histoires visuelles, l’artiste  joue avec les concepts de l’art et oscille du surréalisme au pur concept tout en jouant des puissances de la picturalité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

20/02/2015

Poules et poulettes : Leopold Rabus

 

 

 

Rabus 3.jpgLéopold Rabus, Carré Sainte Anne, Montpellier, 27 février - 3 mai 2015

 

 

 

Quoi de plus revigorant que les fesses dodues justes ce qu’il faut  et blanches d'une femme tenant entre ses doigts fripés un canari ? Quoi de plus drôle qu’un aréopage des poules( de toutes espèces) attirées par un rai de lumière dans des granges helvétiques en bois sombre habitées par des moineaux dessinant dans l'air par leur posture improbable ? Rabus une fois de plus s’amuse en une série de rappels et de citations de la peinture classique : celle des scènes champêtres du XVIIIème siècle (La Tour), celle des paysages réalistes (Friedrich, Courbet. Existe aussi des reprises photographiques de la campagne suisse sublimée, des personnages chimériques qui apparaissent en un clair-obscur virtuose.

 

Rabus.jpgL’artiste se situe toujours entre la chair et l’image en un théâtre campagnard avec buffet dinatoire humoristique. Il monte des scènes qui libèrent des bulles de non-sens et soulèvent des questions qu’on n’imaginerait même pas se poser. Le peuple des poules et autre volailles semblent marcher sur les eaux pour revenir à la source d’un improbable Haut Rhône.  Mais qui, désormais,  pourra dire encore que les poules n’ont pas des dents ? Celles de Rabus les ont longues, elles ne lâchent jamais leur prises. Et c’est dans la peau et les plumes de tels oiseaux de nuit (ou pas) que la poésie s’incarne.  Son avenir est dans le crépuscule.

 

Jean-Paul Gavard-Perret