gruyeresuisse

01/06/2017

Luc Binet : Martin Van Maele sous le signe de Zorro et du X

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Luc Binet, “Martin Van Maele ou le diable se cache dans les détails”, Editions HumuS, Lausanne, 2017, 190 sfr.

Maurice François Alfred Martin est connu sous le pseudonyme de Martin Van Maele. Dessinateur et illustrateur il est reconnu pour la qualité de ses illustrations érotiques. Elles se déclinent souvent avec un goût prononcé pour le fouet. Afin de s’en convaincre il suffit d’évoquer les titres de ses textes et illustrations : La Comtesse au fouet”, “Domptée par le fouet”, “La flagellation amoureuse”, “Le Fouet au Moyen-age”, “Instruments de flagellation”, “La philosophie du Fouet”. Et la liste n’est pas close. A l’inverses des maisons où l’auteur fait découvrir des avanies programmées pour le plaisir.

Van Maele 2.jpgMais le “S-M” de Van Maele reste ludique. il reste largement révolutionnaire pour son époque comme le prouvent le catalogue de Luc Binet et l’exposition consacrée à l’artiste (“Fissures de la censure” Bibliothèque de l’Université de Neuchâtel). Néanmoins le “pornographe” (il n’a pu échapper comme on s’en doute à cette nomination d’infamie) ne se contente pas de l’outil punitif afin de proposer l’exaltation des sens.

Illustrant les “Fleurs du Mal” ou sa “Grande danse macabre des vifs”, Van Maele conjugue l’éros sur un lit ou ailleurs, à genoux ou debout dans le but d'atteindre le ciel en un paradis terrestre qui ignore l’aridité des sens. Des courbes nombreuses sillonnent des nuits bouillonnantes. Les amants y sont enroulés dans leurs grouillements. Ils créent des mêlées parfois sombres.

Van Maele 3.jpgLe corps est vu sous des angles aigus entre tact et écarts, attouchements et distance ( toute relative). A fleur de peau se produisent des vibrations et des étreintes affluantes. Plus que d’ausculter l’abîme des sens, l’artiste montre ses éparpillements en vergers d’Eden et en quinconces. A la vie mentale est préférée une autre description du monde. Le dessin fend bien des cuirasses et autres costumes plus seyants. La nuit en alcôve et sérail s’ouvre et remue afin que les amants (fussent-ils d’un jour) partagent la même apnée.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/05/2017

Le french kiss selon Marta Soul

Soul bon.jpgLe french kiss n’est pas forcément la machine de guerre de l’amour fou. Et Marta Soul en « profite » afin d’évoquer combien être c’est percevoir. Et ce dans le perdre voir de l’amour (le baiser s’accomplissant le plus souvent les yeux fermés) qui est soumis ici à une théâtralité ironique.

La photographe se « contente » de fixer ce seul instant de l’amour plus joué que vécu. Manière de se moquer du romantisme et de l’érotisme. Soul bon 2.jpgDu bouillon du baiser ne demeure que la certitude de l'incertitude, la vacance de la vacance. Le corps jaillit (plus ou moins) mais l’artiste le fixe de loin en ce qui tient d’une parade proche de la parodie ou du pastiche.

L’artiste plus que de créer le trouble contredit l’évidence souvent factice. Elle crée du chérissable facturé dans l’immobilité de statues. Reste un pur spectacle que l’image caresse en harmonies ironiques. Des divines idylles ne demeurent pas grand chose sinon un presque rien. Marta Soul s’en amuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/05/2017

L’ « auto-célébration » de Fabian Boschung

Rats.jpgFabian Boschung , exposition au nouvel espace du collectif Rats, Vevey et publication de « Xamax- Tsar n°18 », 21 mai - 11 juin, 2017.

Né à Lausanne et installé à Neuchâtel, Fabian Boschung ne cesse de surprendre par ses constructions intempestives. Elles font de lui un artiste émergeant de la scène internationale grâce à une expérimentation transgressive, ironique de divers médiums (photographie, dessin, peinture, sculpture, vidéo). Légèrement provocateur, son travail porte une note auto-dérisoire et ironique. Elle s'affiche autant dans sa réflexion qu’au sein du processus de création et ses œuvres elles-mêmes.

Boschung.pngIl y fut question par exemple de trophées en coquilles de moule, d'huître ou d'escargot, mais aussi du chat de Schrödinger, d'un geste de peinture à la fois pétrifié et vivant et aussi d’un auto-dérisoire Manifeste de l'Excessivisme. Boschung cherche et trouve son identité par des systèmes d’appropriation de divers courants : Art minimal, Expressionnisme abstrait, Bad painting, Supports/surfaces, arts populaires et bricolages. Il se saisit à Vevey d’un archétype formel et idéologique : l’automobile décliné sous divers registres et qualités afin de tester ses limites et ses persistances avec un humour. Celui-ci renverse ce qui semble une « auto-célébration » à tous les sens du terme…

Boshung 2.jpgEfficacité visuelle et ironie se condensent dans l’œuvre. L'automobile engendre une culture et sa critique propre à la société de consommation. L'artiste propose une superposition d'effets et d’éclairages. Ils dissolvent les rapports spatiaux entre l’objet et ce qui l’envahit. Ces précis de décomposition sont poussés vers une sorte de géométrisme qui projette en un espace subjectif ou l’agencement des objets obéit aux caprices de la mémoire, du désir et de l'ironie.

Jean-Paul Gavard-Perret