gruyeresuisse

10/10/2018

Perrypatétisme britannique

Perry.jpgLe parcours de certaines libérations de l’être ne sont pas une partie de plaisir. Grayson Perry le montre en des images insolites et drôles. Elles brouillent les genres selon divers techniques et matières. Qui pourra les surtaxer d’irréel ? Ce serait mépriser la vie de celui qui plonge en apnée dans la réalité tout en gardant un imaginaire propre à grimper aux rideaux. 

Perry 2.jpgMais à la vénération classique l’artiste propose une autre sidération. Il sait que dans le mot vénérer il y a Vénus. A de telles sœurs factices et attendues il préfère les Méduses transformées en Gorgones hilares. Certes l’artiste reste une maître d’Eros : par ses images les femmes sortent des songes du sommeil éternel que les Adam des religions et politiques induisent. Avec des sirènes et des sphinges imprévues les chambres à coucher ne deviennent pas que des chambres à dormir mais y sont renversés les rôles et les positions bibliques.

Perry 3.jpgA Paris l’artiste continue à couvrir ses céramiques de dessins réalisés avec la technique du sgraffite, de textes manuscrits et de pochoirs, de transferts photographiques et d’émaux. Elles lui permettre de faire passer ses opinions. Il le fait tout autant avec ses tapisseries et des bronzes aux  mille ladies.  Que les amateurs de pudibonderie passent outre de telles pérégrinations. L'artiste impose de nombreux défis à la masculinité traditionnelle et ses prébendes séculaires. Ce qu’il développa il y a deux ans dans son livre «The Descent of Man» (2016), il le développe en un lieu où le lien entre la pratique de l’artiste et le savoir-faire des artisans de la Monnaie de Paris est concrétisé par la création d’une nouvelle médaille signée par l’artiste et réalisée dans les ateliers de l’institution.

Jean-Paul Gavard-Perret


Grayson Perry, "Vanité, Identité, Sexualité", Première rétrospective en France de l'artiste britannique Grayson Perry, du 19 àctobre 2018 au 3 février 2019.

01/10/2018

Hans Wetzelsdorfer : pluies de lumière

Marioni 2.jpgHans Wetzelsdorfer installe ses personnages en des paysages naturels ou publiques aux densités végétales différentes plus ou moins énigmatiques. Tous tiennent un parapluie d'où jaillit la lumière en une forme de transfert lumineux artificiel. Le soleil mort, un tel ustensile le remplace.

Marioni.jpgC'est drôle mais tout autant inquiétant et ambigu. Là où d'une certaine manière la pluie impose un éclairage adjacent et où elle reste - vu les vêtements des personnages toujours photographiés de dos - d'un genre tropical.

Marioni 3.jpgQuelles que soient leurs origines, leurs vies divergentes tous les personnages anonymes deviennent des Godot d'un nouveau genre. Ils semblent totalement étanches au monde qui les entoure. Et ces nouveaux héros beckettiens espèrent que la lumière du Dieu ne viendra pas forcément du ciel mais de leur parapluie. Est-ce un désespoir, une illusion ou une foi qui les habitent ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Hans Wetzelsdorfer – "Qu’est-ce qu’on attend", Phot’Aix 2018, 4 Octobre - 31 Décembre 2018, "La Fontaine Obscure", Espace Photographique Galerie, Aix-en-Provence

29/09/2018

Jason Bard Yarmosky : avec le temps

Jason Bard.jpgJason Bard Yarmosky a commencé à dessiner très tôt. Il a désormais à peine plus de trente mais il s’intéresse aux manifestations du vieillissement. Il montre - à travers sa relation avec ses grands-parents âgés de 88 ans - la complexité des transformations physiques et psychologiques endurées par ses proches de manière intense et parfois ludique même si la gravité de diverses pertes nimbent ce travail.

Jason Bard 2.jpgLes postures - même sous le grimage et certaines extrapolations visuelles - traduisent des états existentiels. La vieillesse est montrée sans sourire (même si un humour demeure) afin de souligner bien des altérités au moment où les corps semblent avoir du mal à exister et sont sur le point de mourir d’une vie désormais inquiète et éperdue.

 

Jason Bard 3.jpgL’artiste capte le mystère et les échos existentiels qui demeurent attachants voire poignants et qu’il tente de retenir et d’animer. Quelques chemises ou panoplies maquillent les peaux nues de celle et celui qui, une araignée dans la tête, font leur cinéma en jouant les héros - Superman ou Wonder Woman - décatis. Ils s’amusent encore et c’est tout le mal que l’artiste leur souhaite. Reste la façon la plus probante de les porter aux nues et de se souvenir que si nous les croisions dans un building de Manhattan nous serions fascinés par leurs élans qui perdurent

Jean-Paul Gavard-Perret