gruyeresuisse

07/09/2017

MG et les belles carrosseries

MG.jpgDans un esprit post pop’art poétique parfois sulfureux, parfois intimiste, MG (nom d'artiste de Michel Gagnol) crée des montages où l’ironie et l’érotisme animent un jeu acidulé. Sexy et plein d’astuces, les Vénus sont parfaitement carrossées sous forme d’icones récréatives en d’innombrables poses et variations. L’artiste les combine par un dispositif complexe de construction de l’image et un espace subjectif qui représentent une sorte de mises en abîme de l’époque et de ses signes.

MG 2.jpgLes plans s’enchaînent en des montages homogènes et flottants. Surgissent des vanités postmodernes où se lit peut-être la nostalgie du temps qui passe. La femme déborde d’un seul cadre tant elle a besoin d’espace. D’où les compositions multiples. Les parties du corps se télescopent de manière dynamique et enjouée en des ensembles sans cesse recombinés. Si toute forme de réalisme psychologique ou de représentation trop intimiste est évacuée, les images n’en demeurent pas moins profondément liées à la subjectivité. Elles renvoient à la problématique du cadrage des séductrices. Dans un travail pictural du désir et de l’humour, la libido du voyeur qui érige l'attente en dogme en prend pour son grade.

Jean-Paul Gavard-Perret

MG, "Toujours l’été", Galerie Bertrand Gillig, du 7 au 10 septembre 2917.

24/08/2017

Jacques Abeille et Léo Barthe : lune de miel pour hymen hermaphrodite

 

Abeille3.jpgJacques Abeille et Léo Barthe sont les deux faces d’un même irrégulier belge. Anne Létoré et Xtoph Bruneel leur offrent un hymen hermaphrodite pour le plaisir des lecteurs. Le tout - et dans ce cas ce n’est pas négligeable - un superbe étui avec extrait du manuscrit « Tombeau pour un amour dans la lumière de sa perte ». Le témoin du mariage -Arnaud Laimé - insiste avec raison sur la force d’un ensemble « plein de tensions entre un auteur et son double (mais lequel est lequel ?), entre ce qui se vit et s'est vécu, entre une langue déchirée qui peine à dire et une autre qui rutile et s'amuse, pour ne plus pleurer sans doute. ».

Abeille2.pngLe livre est une perfection littéraire et plastique. Eros y dérive vers une pornographie comique. Les cuisses se font légères même quand leur genre peut ne pas sembler le bon. Epilées tout y est au poil. Tout s’y voit sans entrave et hardiment. D’où, sous la farce, un ton de vérité qui étonne et saisit. Il se peut que le dédoublement plus que la schizophrénie qui s’empare de l’auteur permette de tracer ce qu’il a éprouvé par bonds et sauts, en un style alangui. Ou presque.

Abeille.pngLes corps décoiffent le lecteur, leur sel révèle des saveurs d’orange pressées entre des mains baladeuses, l’aigre évite à la douceur d’écœurer. Les amours s’ouvrent en un gynécée où les figues ne tombent pas forcément des arbres. Le gosier du bouc n’est jamais loin lorsqu’un triangle d’or permet de passer un certain trépas par un col entre deux collines ou colonnes charnelles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Abeille, « Tombeau pour un amour dans la lumière de sa perte » et « Petites pages pour un petit page de Léo Barthe, suivi de Libres masques d’Arnaud Laimé, Editions L’Ane qui butine, Mouscron Belgique, 39, 90 E..

09:49 Publié dans Humour, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

20/08/2017

Vertiges de l’amour : les filles cachées de Clovis Trouille

Riot Girls.png« Riot Girls - les filles cachées de Clovis Trouille , Maya McCallum, Anne van der Linden, Céline Guichard et Nadia Valentine, Galerie Art Factory, du 31 aout  au 23 septembre 2017

 

Riots Girls bon.jpgRien n’arrête les iconoclastes inclassables réunies à la galerie Art Factory. Faisant feu de tous interdits elles ne peuvent laisser les visiteurs de bois. Sexualité, religion, féminisme, politique : tout est revisité selon un anarchisme visuel juste contrôlé pour bien placer la balle dans le mille. L'association « Clovis Trouille (1889-1975) », gardienne du temple du subversif peintre a permis ce show sexualisé propre à inventer bien des fulminations jubilatoires et divers types de transgression : Céline Guichard offre de bonnes tranches de corps, Anne van der Linden propose la tractation de ses monstres en folies. Maya McCallum et Nadia Valentine leur emboîtent le pas et prouvent que tout est possible lorsqu’il s’agit de mettre à mal les interdits.

Riots girls 3.jpgLes quatre artistes s’en donnent à corps joie entre le cru et le cuit. Existe une traversée des tabous et de tout ce qui demeure habituellement caché. La condition féminine s’en trouve décuplée par des poussées où tout peut arriver. Il ne reste plus grand-chose de caché. Les limites et barrages qui enferment au sein de myriades incessantes et d’intensités sont fracassés par des flux, des écarts, l’éparpillement des membres là où leurs corps ne se refusent plus aux mille bouches qui les mangent. Bref tout refuse à prendre refuge : il s’agit de secouer les images admises afin de maintenir l’insomnie et le sang aux tempes entre défaillance et vertige. Subsiste l’envahissement de ce que la pensée habituellement censure.

Jean-Paul Gavard-Perret

(image 3 : Céline Guichard)