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02/09/2018

Le psychédélisme dissonant et ironique de Jiro Ishikawa

humus bon.pngExposition Jiro Ishikawa, Galerie Humus, Lausanne, du 11 au 29 septembre.

Jiro Ishikawa vit et travaille à Osaka. Dessinateur autodidacte il a commencé à publier au Japon en 1987 dans le magazine Garo. Au début des années 90, et au moment où il est sur la voie du succès sa santé physique et mentale s’altère. Il est contraint d’arrêter son travail, devient une sorte de zombie qui perd pieds dans ses rapports humains.

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Toutefois il rebondit, confectionne ses propres publications qu’il met en vente dans une seule librairie de Tokyo. Il commence à être reconnu dans le monde et en particulier en Europe séduit par son psychédélisme sidérant et délirant. En un style minutieux, virtuose, lyrique il revisite avec humour les cultures populaires orientales et occidentales. Le corps miroir devient un émetteur narratif parcouru d’émissions érotiques surprenantes.

 

Humus 3.pngEntre sexe et rétine : désir et regard, l’artiste s’amuse à insérer du leurre dans le leurre. L’œuvre permet le doute, le désir, dessine le manque. La quête du détail fait parfois un détour par des chemins aussi balisés que sauvages. Le dessin fait trace et en appelle à un chemin narratif antérieur, qui lui-même est le palimpseste d’un autre. Jusqu’au moment où il semble que soit atteint un niveau narratif lui-même aperçu comme une indication de l’antérieur et qui devient étape ultime et futuriste de l’érotisme.

Jean-Paul Gavard-Perret.

01/09/2018

Sarah Haug et les elixirs du plaisir

Haug.jpgSarah Haug, "Rabbit Rabbit Rabbit", Galerie Quark, Genève, exposition du 14 septembre au 20 octobre 2018,

Les lapins permettent à Sarah Haug d’approcher au plus près l’intime de manière enjouée et ludique. Tout devient foisonnant dans ce qui se nomme l’existence sous toutes ses formes. L’éclat coloré du vivant ignore l’angoisse. L’artiste en dégomme la stature pour laisser place au plaisir. Le sexuel est là mais en impossible miroir même si théoriquement les lapins sont « chauds »…

Haug 2.jpgReste l’agitation tumultueuse du quotidien et du dessin. L’artiste l’apprête, l’habille de gribouillis de jouissance, des pamoisons des pigments acidulés. Jamais de pathos. En lieu et place la fête, la bamboche et la légèreté. La nuit des bouges tend vers le jour des aubes à tout coup et à chaque partie de poker.

Haug 3.jpgLa sensualité frissonne. C’est un carpe diem, une danse. S’y goûte les prunes de Cythère et l’eau de vie du même fruit. Face au concret l’art devient carnavalesque. Aux cavaliers de l’Apocalypse font place les lapins garnements que Disney n’avait pas pensé à inventer. Sarah Haug s’en charge. Certains connaissent l’acupuncture avec les flèches de Cupidon, d’autres oublient en des madrigaux aléatoires en puisant dans la nappe phréatique des alcools la puissance de leurs inconséquences notoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/08/2018

Zaric l’enchanteur nuancé

Zaric.jpgZaric, Espace Arlaud, Lausanne, du 7 septembre au 11 novembre 2018.

Zaric est un sculpteur majeur. Il poursuit une suite de « rituels de transfiguration » en passant par le modelage de la glaise (tirée de la glaisière de Pantin que Rodin et Brancusi utilisèrent avant lui) puis le moulage afin que le ciment ou le béton épouse « la mémoire en creux », la métamorphose avant que le sculpteur devenu chaman extirpe ses chrysalides de leur cocon. Demeurent souvent dans le montage de ses pièces ce qu’il nomme des « scarifications ». Elles peuvent être prises pour des accidents mais demeurent lourdes de sens. Elles permettent de faire le jeu d’un espace ou plutôt d’un volume où les divisions animal/homme, zoomorphisme/anthropomorphisme deviennent floues.

Zaric 2.jpgDe telles oeuvres font réfléchir sur la notion même de « nature ». L’art n’est plus là pour nous faire passer du fantasme à son reflet imité. Il est l’autre que nous ne pouvons oublier : l’autre semblable et frère qui prend figure de bêtes, où jouent dans un humour terrible les compulsions de vie et de mort. L'art devient avant tout un acte de puissance mais surtout de jouissance au sein même d’éléments qui créent une nouvelle mythologie. L’artiste y rapproche l’esthétique antique du monde d’aujourd’hui le tout avec un mélange d’ironie et d’enchantement.

Zaric 3.jpgPlus question de trouver le moindre confort. Ce qui jaillit des œuvres semble provenir directement de la matière et non du discours événementiel qu’elles “ illustreraient ”. Rien d’anecdotique en effet chez l’artiste : émerge une horreur mélancolique mais aussi une drôlerie en ce que la sculpture possède soudain d'avènementiel en une forme d’entente tacite avec la vie. Zaric en souligne la violence, la vanité, la perte et un certain espoir. Nous y sommes non invités mais jetés comme s’il fallait préférer la douleur du crépuscule à la splendeur du jour.

Jean-Paul Gavard-Perret