gruyeresuisse

15/03/2017

Glenn Van Heugten : sacrées nanas, nanas sacrées (ou presque)


Glenn 2.jpgFidèle à la tradition irrégulière de l’art belge, l’Anversois Glenn Van Heugten s’en donne à corps joie. Exit les images pieuses. Le corps ne prend part qu'au déséquilibre. Ses points d'union de gré à gré se dessinent pour la communion des seins plus que des saints. Les formes s’envolent : des étreintes allusives sont suggérées par des poses ambiguës. Les petites "pestes" ouvrent leur bouche ou agitent leurs bras pour lâcher les chiens. L'ut du rut n'est pas forcément très loin.

 

Glenn 3.jpgLes infidèles n’ont de catholiques que le nom. Elles s’abandonnent aux forces ancestrales du désir et qu’importe l’incommensurable alerte que Dieu devrait dicter. Elles ont d’autres chattes à fouetter. Le corps devient ravin, ravine, il se palpe, appelle non le Christ en croix mais des hommes qui ne laissent pas de bois les gourgandines. Peu importe ceux ou celles qui parlent dans leur dos : le leur les contemple. Haut les corps ! Et peu importe les âmes.

Glenn 4.jpgBref l'Immaculée Conception en prend pour son grade. Les votives vouent leur corps au diable plus qu'au Seigneur. Leur appétit est là. Elles sont loin d'avoir l'âge de devenir dames patronnesses. C'est en vieillissant qu'elles trouveront là un dernier recours.

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Pour l'heure Eve cherche Adam et les péchés de la chair. Hors d'eux point de salut. Quant à la vertu qu'elle se macule de taches est secondaire, il est temps d'allumer le cierge devant lequel l'étoile de bergère devient soleil.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Glenn Van Heugten, « Catholic Girls », Art@thebib, du 1er avril au 31 mai 2017.

11/03/2017

Fancy Feast : striptease « burlesque » du voyeurisme

Fancy 2.jpgReine de la scène burlesque new-yorkaise Fancy Feast souligne combien son personnage scénique n’est pas différent de son existence. Ses souhaits et ses rêves trouvent une figuration dans des spectacles où elle se revendique telle qu’elle est. Elle ne se contente pas d’une pure exhibition plus ou moins farcesque de sa différence. Elle s’élève face aux diktats « formels » qu’imposent aux femmes la société

Au départ ses spectacles n’étaient destinés qu’à la scène nocturne queer. Ils ne prêchaient que des convaincus. C’est pourquoi elle a décidé d’élargir le cercle de son public afin de faire avancer la cause des femmes différentes dont les formes exhibées choquent celles et ceux qui ne voient rien de pire qu’une femme obèse.

Fancy 3.jpgSi pour elle la magie du burlesque repose sur l’exhibition de la nudité, le jeu sexualisé devient une manière de dialoguer avec le public. Fancy Feast est donc plus performeuse qu’artiste de music-hall. Elle transforme le striptease en métaphore et inversion du regard. Il ne s’agit pas montrer seulement corps mais de révéler autre chose : la vulnérabilité du voyeur face au corps «a-normé».

Les performances de l’artiste contiennent un caractère hypnotique plus que purement drôle et délirant. L’humour sollicite l’intérêt du public avant de le dégager des idées reçues. L’assomption de la nudité mène vers quelque chose de plus authentique que ce que confisquent les modèles stéréotypés, déréalisées, décharnées et dévitalisées.

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

09/03/2017

Les icônes comestibles de Yoan Mudry


Yoan.jpgYoan Mudry s’en donne à corps joie et il fait partager ses irrévérences. Archétypes et icônes sont pimentés d’oripeaux en d’étranges sagas iconoclastes. Le Lausannois « exilé » à Genève propose la mise en scène de mariages improbables. Le plaisir pour les héros est toujours difficile à avaler car leurs dragées sont devenues trop hautes ou du moins pas où elles devraient être. Chaque pièce crée un début du jour plus que la fin de la nuit. Ce qui n’enlève donc rien aux questions : que faire avec une icône? Que peut-elle donner encore après avoir subi la moulinette de l’artiste ?

Yoan 2.jpgDu plaisir sans doute mais pas forcément celui que le commun des consommateurs attend. Car l’artiste n’envisage jamais de monumentaliser ses modèles. Il préfère les maquiller d’outrages ludiques. L’ensemble est volontairement instable : il évolue au gré de l’imaginaire en torsade de cet irrégulier de l’art. Il reprend à sa main graphisme et image selon un filage intempestif qui ne se conçoit pas comme achevé puisqu’il est impossible de considérer l’histoire des stéréotypes culturels comme achevable. La caricature de leur caricature fait les reines et les rois nus. Super Mario comme Freud ou Marx sont réduits à des portions incongrues.

Jean-Paul Gavard-Perret


Yoan Mudry , "The Future Is Wilds", Art Bärtschi et Cie, du 23 mars - 15 mai 2017.