gruyeresuisse

19/06/2017

Romain Puertolas : la nuit des Mormons vivants - mais pas pour longtemps

Puertolas.jpgAprès son « Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » et « La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel » Romain Puertolas frappe encore plus fort et au cœur du discours au sein de ses voyages policiers et intercontinentaux. Croulant sous le poids des lipides sa commissaire de choc plus que de chic se retrouve désormais à New-York. Pas la Big Apple mais la bourgade d’une centaine d’âmes au fin fond du Colorado. La policière y débaroule armée moins d’un Police Python que d’une méthode particulière et surréaliste d’investigation : l’association libre des mots et des idées...

L’irrationalité permet de faire de la pensée un mouvement en déplaçant le filtre des causes et effets. La lumière de la fine limière vient d’un bergsonisme policier plus que d’une introduction à la métaphysique. Ce qui n’évite pas aux corps conducteurs de tomber comme des mouches ou de disjoncter. Néanmoins sous forme de divagations farcesques l’impossible jouxte le réel entre écureuil irradié, maffieux pétochards, bucheron adepte du hautbois.

Puertolas 2.jpgFichée sur ses cuissots goûteux et persillés la commissaire fait preuve d’intuition et d’intelligence jusqu’à l’insu de son plein gré. Les cambrousards des Montagnes Rocheuses, ces bouseux de Néandertalc, n’ont qu’à bien se tenir : ils vont se faire tacler jusque dans leurs surfaces de réparation par celle dont le soutien gorge du Colorado est plus imposant que ceux de l’Ardèche ou du Tarn.

Puertolas3.jpgLe poulet transformé en poulette réduit le Shérif à ses raies alités. On l’a compris : Puertolas moque du vraisemblable : d’où l’intérêt pour sa littérature kamikaze et son héroïne bouddha blanc. Entre Mel Brooks et Tarantino, elle ne cesse de chercher des papous dans la tête grâce à ses techniques d’éradication. Vade retro Thanatos telle est sa marque de fabrique. Enigme résolu il sera temps de boire un canyon. Mais la pinture vient très vite en picolant un tel roman. La virtuosité ignore ici la pause au milieu des tétons flingueurs. Il y a là bien plus qu’un livre pour l’été  mais celui de l’année

Jean-Paul Gavard-Perret

Romain Puertolas, « Tout un été sans Facebook », Le Dilettante, Paris, 2017.

 

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16/06/2017

Abbé Louis : Père vert et entorses bénéfiques

Le curé.jpgAbbé Louis, « Le curé travesti », coll. Eros Singulier, Humus, Lausanne


Le directeur de la collection Eros Singulier a été mis - il y a quelques années - sur la piste du journal d’un curé de campagne au cœur de la France. De ce massif central le préfacier et éditeur a retenu les poèmes, fragments, récits ou facéties où le prélat pour se prélasser s’est amusé à compasser les descriptions minutieuses de travestissements et de diverses combinaisons sexuelles.

Le curé 3.jpgLibidineuses, voluptueuse, fantasmatiques et drôles ces œuvres sont plus le fruit d’un pur scripteur que d’un pratiquant. Il est vrai que dans la campagne française au milieu du XXème siècle, un abbé ne pouvait jouer les Molinier. Et le queer demeurait une vue de l’esprit. Le penchant pour la chair devint néanmoins un sacerdoce littéraire dans les moissons d’un prêtre où l’ivresse est préférée au bon grain.

 

 

Le curé 2.jpgLes textes posent la question de ce que l’on voit lorsqu’on lit. Et se perçoit aussi comment un pratiquant de la dérision et de l’autodérision conteste les limites de la sexualisation et la sortie de leurs constructions officielles. L’abbé céda à une succession d’espaces désorientés où s’abolissent les repères.

Nul ne sait s’il fut inspiré, pour ses digressions, par les confessions sulfureuses de ses ouailles ou par les ondulations croupières d’une bonne gironde. En tout état de cause, demeure la méditation lascive d’un abonné à la solitude de presbytère. Surgit de manière compulsive un monde obsessionnel où l’auteur se plut aux infinis arrangements d’entorses de gouffres plus démoniaques que saints. Dieu l’en bénit.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

01/06/2017

Luc Binet : Martin Van Maele sous le signe de Zorro et du X

Van Maele.jpg
Luc Binet, “Martin Van Maele ou le diable se cache dans les détails”, Editions HumuS, Lausanne, 2017, 190 sfr.

Maurice François Alfred Martin est connu sous le pseudonyme de Martin Van Maele. Dessinateur et illustrateur il est reconnu pour la qualité de ses illustrations érotiques. Elles se déclinent souvent avec un goût prononcé pour le fouet. Afin de s’en convaincre il suffit d’évoquer les titres de ses textes et illustrations : La Comtesse au fouet”, “Domptée par le fouet”, “La flagellation amoureuse”, “Le Fouet au Moyen-age”, “Instruments de flagellation”, “La philosophie du Fouet”. Et la liste n’est pas close. A l’inverses des maisons où l’auteur fait découvrir des avanies programmées pour le plaisir.

Van Maele 2.jpgMais le “S-M” de Van Maele reste ludique. il reste largement révolutionnaire pour son époque comme le prouvent le catalogue de Luc Binet et l’exposition consacrée à l’artiste (“Fissures de la censure” Bibliothèque de l’Université de Neuchâtel). Néanmoins le “pornographe” (il n’a pu échapper comme on s’en doute à cette nomination d’infamie) ne se contente pas de l’outil punitif afin de proposer l’exaltation des sens.

Illustrant les “Fleurs du Mal” ou sa “Grande danse macabre des vifs”, Van Maele conjugue l’éros sur un lit ou ailleurs, à genoux ou debout dans le but d'atteindre le ciel en un paradis terrestre qui ignore l’aridité des sens. Des courbes nombreuses sillonnent des nuits bouillonnantes. Les amants y sont enroulés dans leurs grouillements. Ils créent des mêlées parfois sombres.

Van Maele 3.jpgLe corps est vu sous des angles aigus entre tact et écarts, attouchements et distance ( toute relative). A fleur de peau se produisent des vibrations et des étreintes affluantes. Plus que d’ausculter l’abîme des sens, l’artiste montre ses éparpillements en vergers d’Eden et en quinconces. A la vie mentale est préférée une autre description du monde. Le dessin fend bien des cuirasses et autres costumes plus seyants. La nuit en alcôve et sérail s’ouvre et remue afin que les amants (fussent-ils d’un jour) partagent la même apnée.

Jean-Paul Gavard-Perret