gruyeresuisse

02/12/2018

Amères tunes et apnées juvéniles de David Besschops

DBesschops.jpgans "Placenta" une mère alitée narratrice déblatère contre son fils. Une aide familiale lui sert de chambre d’échos prouvant combien le transfert c'est les autres. Et ce au milieu d'apparitions périfériques dont une "Carington" en rien Eléonore mais éprise d'elle-même. Elle voudrait faire du livre un miroir. Ce que la narratrice ne permettra pas. Son accord des on ne se veut en rien abri puces ou bar à basses pour gay luron.

Joue contre jour "Placenta" avance ainsi vers la perte finale. Mais il est rarissime de lire de tels débaroulements dans la langue. Preuve que les irréguliers belges sont toujours vivants. Grace à eux l’ère de la renonculacée sans cesse annoncée esr retardée mais chaque rosier y a son fumier. Chaque pétale son pal, son palier, son espalier, ses auréoles, ses aréoles et toutes ses alvéoles.

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Besschops sait que toute vie se nourrit d’épines mais il ne s’en soucie pas.Qu’importe si des fleurs sont allongées dans des cerfeuils. On entend sonner le glaïeul. L’hallali du lilas a résonné. Font chorus quelques cris sans thème. Seules ancrées dans la nuit deux angéliques mélangent leur protubérance. Cela ne semble une aberrance que pour les abbés rances et pour les athées divins qui voient dans l'inceste l'action d'une femme dantesque et en rien dulcinée. Elle transforme l’enfer en un paradis qui , en ses salles de gym, fait autant d'haltères que d'égaux.

Jean-Paul Gavard-Perret

David Besschops, "Placenta", Editions Comor en Nuptial, Namur, 2018, 60 p..

20/11/2018

André Kasper : farces et attrapes

Kasper.JPGAndré Kasper, « peinture fraîche », Galerie Humus, Lausanne, du 30 novembre 2018 au 18 février 2019

André Kasper ne renonce en rien à ses longues déambulations. Mais pour son exposition chez Humus il a créé de petits formats : « ça me change, et en fait il est très stimulant de mettre en place une scène en quelques coups de brosse, sans ces heures d'enduit » voire d’ennui. Bref l’artiste feint le quasi-dilettantisme.

 

 

 

Kasper 2.JPGQu’on ne s’y trompe pas toutefois : Kasper retient et détourne l’essence des narrations picturales. Plutôt que de redéfinir ou de faire le point sur l’état de la peinture il le réinvente en des sortes de voyages mémoriels mais où l’histoire de l’art possède bien des trous (que le peintre est prêt à combler). A l’aide d’œuvres anciennes et de « choses vues » il dresse une symbiose entre son langage et divers contextes.

Kasper 3.JPGL’humour est là. Mais c’est chaque fois pour un double effet pervers : montrer ce que la peinture feint de cacher sous feinte de chasteté. Pour autant Kasper n’en fait pas une doxa. Nulle prétention dans ses revues de détails qui remettent non « les » mais « la » chose à sa place centrale. Qu’on le veuille ou non, elle permet au discours et à la vie de la peinture de se poursuivre au sein de ce qui est pris pour un labyrinthe optique mais qui permet de s’inscrire en faux contre l’idée que « l’art d’aimer reste introuvable ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/11/2018

Erik Madigan Heck au Locle : la solitude des femmes

Prager 2.jpgErik Madigan Heck, "Old Future", Musée des Beaux-Arts, Le Locle, du 3 novembre au 21 janvier 2019

 

La roue du temps passe. Mais Erik Madigan Heck en retient des arpents de manière drôle ou sérieuse mais toujours selon une perfection picturale. Si bien que celui qui fit ses gammes dans la photo de mode dont il devint un maître est passé directement dans le domaine de l'art.

 

 

 

Prager 3.jpgA cela une raison majeure : Dans ses photographies l’ombre se pend à la lumière par effets de couleurs dans des narrations intempestives et en grandes pompes du corps soumis à des situations extrêmes ou d'apaisement là où le passé tient la verge du présent assoupi. Il y a là des stations du chemin de croix où la religion n'a plus sa place. Les couronnes d’épines et les clous brûlés par le soleil des suppliciés sont remplacés par un érotisme larvé : Dieu s'y égare, il jette son son loup noir dans la flaque où marine le fantôme d’Héliogabale.

 

Prager.jpgL'artiste commande des rites acéphales, des situations paroxysmiques ou placides. Rien n'a lieu que le lieu où plane le mystère. Le photographe corrompt l’excès par l’illimité, le repos par le mouvement. Au-delà des paroles et des spasmes : le cri ou le silence. Mais dans tous les cas souvent la femme brise le cercle de la passivité, elle reste la Toute-Regardée. Elle ne sera jamais la chienne qui se traîne aux pieds de son Dieu.

Jean-Paul Gavard-Perret.