gruyeresuisse

17/07/2019

Claudine Loquen : princesses en cavalcades

Loquen.jpgEntre sculptures et peintures Claudine Loquen ne cesse de nous porter vers un monde des songes. Le rêve est fait pour dénouer les cauchemars du réel par un vigoureux instinct vital et via le stupre inconscient des préludes aux amours enfantines. 

 

Loquen 2.jpgIl suffit d’accepter de suivre les princesses de l'artiste car (à l'inverse de celles des gogol gothas des cours d'Angleterre ou d'ailleurs) elles mènent bien plus loin et dans des lieux qu'ignorent l'art du temps. La plasticienne poursuit ses vagabondages hors des bourrasques mais en fidélité notoire avec une douceur et une alacrité. Elles emportent afin que le charme et la joie de vivre s'infuse.

Loquen 3.jpgLe désir, la peinture devient une même force qui va. Pour autant Claudine Loquen ne réduit pas le regardeur à l'état de voyeur en jouant sur l'ambiguité des impubères et les fantasmes douteux. « Le ça voir » est tout autre : les Princesses viennent rappeler que l’être a tord de souffrir et que la terre est bien plate loin des replis du songe. Ici - les princes charmants remisés - les fausses dormantes suffisent à réanimer les contes parcheminés : ils remontent, ils respirent. Qu'importent si les loups noirs rêvent de les croquer : leur carotène les rend bêtas. Ils ne peuvent rien face à des féminités plus (im)pertinentes qu'eux.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claudine Loquen, "Peintures et Sculptures", Espace Culturel Franklin Roosevelt, Agon Coutainville, du 13 au 24 juillet 2019.

 

06/07/2019

Jacques Cauda fabuleux fabuliste

Cauda.pngCauda entend les mouches barrir et les éléphants voler. Fort en travaux publics il ne se fait pas d'illusions sur les ingénieurs du génie civil. Ce sont pour lui de véritables têtes de pont. Plutôt que de les fréquenter et avant ques les poules aient des dents, l'artiste - auteur à fable - accompagne celles et ceux qui, l'écrivant, caressent en tout bien tout honneur l'animal dans le sens du poil.

Cauda 3.jpgRespectueux du titre de la revue qui l'invite il soigne partculièrement - et avec éthique - les tics et les insectes. Sans oublier néanmoins chats et chiens et quelques autres avatars : il y a la un gars plein de zèle et une ardente fugueuse aux jambes de gazelle.

 

 

Cauda 2.jpgAu centre d'une telle horde, Cauda devient patriarche. Pour autant il n'a rien d'un sage. Descendant de Cromagnon il possède - comme ses chiens - des crocs mignons et reste prêt à changer les mots en image comme Dieu l'eau en vin. Exit spleen, blues, bourdon. Le cafard d'Alexandrie contemple la bête qui se tapit en nous. Cauda la dessine. Elle croustille.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacques Cauda. Le Cafard Hérétique. Hors série - 3, Lunatique, Vitré, 2019, 140 p., 15 E..

 

Les accords déplacés de Jean Tinguely

Tingueli 2.pngJean Tinguely, "Bricolages & Débri(s)collages", Galerie Philippe et Nathalie de Vallois, du 13 septembre au 20 octobre 2019

 

La galerie Philippe et Nathalie de Vallois - après avoir dévoilé en 2012 les "Méta Reliefs" et "Méta Matics" des années 50, puis en 2016 une sélection rare des sculptures dite de « la période des fous » des années 60 -  s’intéresse aux travaux des années 70. S'y conjugue  la fantaisie, la farce bref d'autres projets fous de montages animés et  pleins d'humour là où l'ustensile trouve un usage différent  que le matérialisme pratique auquel il semblait réduit.

 

Tingueli 3.pngSi bien que la pulsation est moins mécanique que vitale là où le ludique sans mesure ni syntaxe charrie des objets disparates afin que bouillonnent les instances classiques de représentation. Preuve que l'artiste suisse par ses récupérations reste irrécupérable. Frappant sur les tripes de fer et d'acier il fait sonner la matière pour interroger et secouer les âmes mortes.

 

Tinguely 4.pngBref il ne cesse de triturer, d'assembler, de surprendre par des accords et raccordements mal placés. Se créent l'étonnement et une forme de protestation face au monde tel qu'il est. La sculpture dans sa nouvelle discipline et ses techniques a soudain autant de cuisse que d'esprit au sein de chocs et discords qui ne cherchent plus la note bleue de l'art mais  garde comme objet à abandonner les visions fanées pour en offrir d'autres là où le dur déformé trouve un mimétisme particulier qui ramène par l'objet inerte ou en mouvements  aux profondeurs cachées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret