gruyeresuisse

04/01/2018

Ren Hang ou le recours de la volupté

Hang 2.jpgSelon Cicéron les choses dont on se souvient le mieux sont les choses dites « honteuses ». Il ajoute qu’on utiliserait toujours avec profit les images libidineuses pour stimuler la mémoire. Preuve peut-être qu’elle n’existe pas sans fantasmes…

 

 

Hang.jpgIconoclaste à souhait, Ren Hang se fait donc orateur grecque tout en transformant les images de nudité. Par l’assemblage, la torsion et la disposition des corps il crée une véritable écriture. Il y a là des calembours visuels, des condensations immobiles. Le pathétique cède toujours la place à un certain comique en de telles fresques photographiques.

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Ren Hang préfère l’épicurisme au stoïcisme. Il reste étranger à toutes violences si ce n’est celle - provocatrice - de ses mises en scène. Il remise l’ego au profit cosmos d’une libido sexuelle qui flotte sans jamais se retourner contre elle-même. La physique tient lieu de métaphysique et devient la thérapie d’un monde cruel auquel le photographe ajoutent des farces primesautières.

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Le plaisir est ici sans risque et ignore presque toujours l’angoisse. Il dérive de lui-même et sa qualité suprême ne se limite pas seulement à l’absence de douleur. Si bien que la volupté reste la seule sensation que Ren Hang divinise. Elle procure au corps une sensation supérieure de soi quels que soient le genre et le nombre des partenaires. D’où ces suites de bouquets qui sont toujours à reconstituer en accords et raccords.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/01/2018

Agustina Puricelli et les fruits de la passion

Augustina.jpgSi pour Georges Steiner « les arts sont enracinés dans la substance, dans notre corps humain », celui-ci peut s’agrémenter de ce qui l’alimente et qui devient un élément ou ingrédient de plus dans l’imagerie érotique. La nourriture parcourt la nudité en tant que pèlerin d’un jeu et comme vecteur de processus de transformation à l’aide de son modèle Daiana Lopez De Vincenzi, nana à l'ananas ou aux groseilles sur le gâteau.

 

Augustina 2.jpgPeut alors se comprendre une dérive à la notion « de corps au-delà des corps » élaborée par Didi-Huberman dans sa théorie sur la dissemblance de la figuration. Elle donne aussi une nouvelle forme au « corps glorieux » à la fois objet et sujet des nourritures terrestres. Prune de Cythère le corps nu devient tout autant compotier ou assiette. Bref le couvert est mis pour une fête dionysiaque.

Augustina 3.jpgAgustina Puricelli n’en fait pas pour autant un fromage même si le regard se paie une bonne tranche de sucres lents ou rapides. Le jeu semble plus important que la partie qu’il engage en ce qui tient d’une forme de schizophrénie et du rêve bien éveillé. A l’image réaliste pour qui une "table est une table", l’artiste argentine propose une vision à caractère symbolique. Elle permet néanmoins non de consommer mais de consumer le langage iconographique conventionnel.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/12/2017

Max mon amour – Vincent Flouret

Floret 3.jpgPar l’entremise de Max son toutou un rien chic et patient, Vincent Flouret a eu l’idée de rendre hommage à des photographes célèbres par leur style : Avedon, Lindbergh, Richardson, Bourdin, Jean-Loup Sieff, Pierre et Gilles, etc., sont revisités de manière farcesque et pertinente en cette « monumentation » canine.

 

 

 

 

Floret 2.jpgLa vie de chien prend une perspective libératoire là où le toutou remplace l'égérie. C'est sans doute moins érotique (sauf sans doute pour les zoophiles…) mais cela crée une manière de mettre de la distance dans le regard voyeur. Il ne peut plus être par de tels portraits en quête d'un double. Celui-ci perd son visage ou pour le moins ce n'est plus le "bon". Narcisse n'est que museau et papattes.

La forme animale garde néanmoins la capacité de devenir un lieu de l'art bien au-delà de la caricature. La stature anthropomorphe en prend pour son grade mais sans le moindre cynisme. Les porte-empreintes de nos images créent d'autres hantises : elles sont drôles. Là où soudain ce n'est plus Vénus qui est à sa proie arrachée mais le voyeur.

Flouret.jpgD’une de ses "mains" le photographe tend un miroir, de l’autre il le retire. Cette approche suscite le soupçon. Le miroir est le lieu brisé du simulacre. S’y laisse sinon la proie pour l’ange, du moins la bête pour otage. Max devient le vecteur de la vision remisée et de l’aveu contrarié. L'alliance "psyché-délice" se transforme en "psyché-délire" qui ne manque pas de chien.

Jean-Paul Gavard-Perret