gruyeresuisse

01/08/2015

Anja Niemi : Le double et son trouble

 

 

Niemi.jpgLes déserts californiens servent d'écrin à la série "Darlene & Me". L'ensemble se veut la narration d'une histoire plus ou moins énigmatique entre deux femmes gémellaires (puisque les deux sont incarnées par le même modèle). La série est tirée d'une l'histoire de la fin des années 50 : celle d'une femme nommée Darlene esthéticienne de luxe. L'artiste a romancé ce cas dans lequel, selon la photographe, la femme avait décidé de laisser tomber une star qui s'était mis en travers son chemin. La série raconte les sentiments duels (fascination et haine) qui animaient ces deux femmes.

Niemi 2.jpgTout reste néanmoins capté de manière ironique, légère et presque irréelle. Le doux murmure  des images remplace aisément les dialogues et leurs temps de silence. L’image arrive donc pour effectuer bien mieux que ce que feraient  les mots. Reste l'écume des jours dans une stratégie d’ellipses. Et si l’humour est bien présent il ne pousse jamais jusqu’au rire sardonique - adjectif qui selon son origine rappelle que ceux qui mangeaient l'herbe de la Sardaigne  étaient pris d'un rire violent qui les conduisait à la  mort.  A l’inverse ici et au détour des courbes les désirs étouffés prennent vie comme si à coup de griffes Anja Niemi  voulait biffer le passé, trouer la peau de l’inconscient afin qu’il se vide de ses miasmes. On si l’on préfère : ensevelir l’hier et l’émoi de ses heures mauves pourrissant de nostalgie dans l'aujourd'hui où l’histoire est en quelque sorte revitalisée sous le soleil exactement.

 Jean-Paul Gavard-Perret

www.thelittleblackgallery.com

28/06/2015

Dérives ludiques de Tyler Shields (hors frontières)

 

 

 

 

 

tyler shields.jpgPar ses narrations Tyler Shields oblige les stéréotypes à tisser d’autres destins que ceux qu’on leur assigne. Le photographe américain s’amuse en des multiples torsions impeccables : toute la crasse du réel est éliminée selon une hygiène irrésistible.  L’impeccabilité règne si bien que les situations les plus sordides ou ambigües sont superbement maquillées.  

 

 

Shields 3.jpgCertes le réel est convoqué. Mais uniquement en tant que support aux fantaisies de l’artiste et matière à ses dérives. Chaque narration visuelle  devient fantastique et comique par sa plasticité. Trop vrai pour être pris comme argent comptant la réalité laisse place à des féeries salaces ou dérisoires. Les femmes sont des clones ou des semences d’un désir dont la fièvre demeure de l’ordre du spectacle et du jeu. Les évidences du quotidien comme les références cinématographiques ne sont plus que du vent ou un alizée doucereux. Les poses deviennent des inventions farcesques propres à prendre  au piège  le voyeur dont Shields se moque avec superbe à mesure que ses images inoculent leur agréable venin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


Tyler Shields, Andrew Weiss Gallery, Santa Monica, Californie

 

17:44 Publié dans Humour, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

01/05/2015

Marion Fayolle : du bois dont on fait certaines flûtes

 

 

 

 

 

Fayolle.pngMarion Fayolle semble affirmer lorsqu’elle dessine « Le bout des doigts me brûle par le Si indécis que je suis, par le la, la, la de mes chansons graphiques et leur perte d'équilibre ». Le tout non sans un certain surréalisme en formes simples et des couleurs : rouge, bleu, orange bleue au soleil couchant-levant. Le corps épouse des membres imprévus imbriqués selon des greffes et excroissances de l'imaginaire en dérive. 

 

 

 

Fayolle 3.jpgCertes Marion Fayolle est parfois plus « sérieuse » : pour preuve elle dessine des livres pour enfants et leur raconte des histoires. Mais lorsque l’avant-bras droit la fait souffrir elle se détend en dessinant pour des enfants moins sages. Elle décline leur cycle  des vanités. Chaud devant et traverses XXL pour d’inconditionnels baisers. Des lèvres y succombent. Mais qu’on y prenne garde : certaines mâchoires sont armées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret