gruyeresuisse

15/12/2014

Mrzyk & Moriceau : les effeuillées roses en noir sur blanc

 

 

 

 Mryzck 2.jpgAvec Mrzyk & Moriceau si les liquettes restent au clou les seins ne demeurent pas sur le sable. Il y à là des verges et dessus de petits bedons, des  glissements maritimes de phallus de Rackham le Rouge, des  rires et torpeurs mais surtout des avis de tempête aux mateurs. Thalassa, viandes belles s'étalent selon des femmes épinglées et  cabrées dans leur régime. Ça fait des oh, des ah. Les groseilles à maquereaux jouent les ablettes plus que les Alma mater dolorosa. Des reins éreintants ruissellent et bien des doigts faiseur de toisons agitent coquillages, fessiers et soieries à poissons. Tout est là.

Mryzck.jpgAu bout c'est arrondi. C'est l'il. C'est en nylon. C'est oui ? Vagin vagine, copain copine. Gobant un certain vide le dessin broute de broc le bric des frocs et des nuques dévissées par des crics où les lignes craquent ou ondulent ouvertes par les clés d'un culte intime.  Filles épinglées ou courbées, seins en plume : le crayon des sacripans ne veut plus les quitter et crache sa purée. Chose faite, chose sue et sucée, ce crayon à nouveau pointe. Le dessin lèche les pensées là où les Marie basses de l'aine ne battent jamais de l'aile.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Mrzyk & Moriceau : œuvres visibles au Mamco

 

 

 

 

 

04/12/2014

Céline Peruzzo ou l'entrave aux complaisances

 

 

Peruzzo 3.jpgCéline Peruzzo, « La scena madre », Milkshake Agency, Genève du 6 décembre 2014 au 18 janvier 2015.

 

 

 

 

 

Céline Peruzzo adore l’humour insidieux : une Madame de Staël est remplacée par des ananas et un bel éphèbe grec est renvoyé à sa désolante emphase narcissique digne de la téléréalité. L’image telle qu’elle est pré-vendue abandonne sa part de légende : en reste une vitrine qui éclate en d'autres sortilèges que celui de la simple exhibition. Le tout selon un expressionnisme distancié. Il joue  sur un rendu simultané des facettes intimes et publiques. L'intimité ne se remodèle pas selon nature : elle s’enrichit  par superposition d'un double jeu. L’artiste ne réduit plus la femme au trophée lumineux : il y a des parapluies pour ça et des mises mettent en scène où l’offre ne répond pas forcément à la demande.

 

 

 

Peruzzo.jpgL'image s'introduit dans la faille de l’époque pour faire barrage à son eau dormante comme à son eau bouillonnante. Elle repart de là. Non sans une certaine  rouerie dans cette mise en miroir du miroir des apparences. Chaque œuvre de Céline Peruzzo devient un roman, une nouvelle, un cinéma muet. Exit les dialogue de cire et de circonstance.  Si bien qu’à sa manière l’œuvre est  "militante". Elle apprend à rouvrir les yeux, à ne pas se contenter de jouir des apparences fixées mais de leur traversée. Elle invente des escapades discordantes. Preuve que l’artiste  refuse de céder le pas au convenu du tout venant. Une telle approche sonde l’invisible du visible, l’évidence d’un secret qui n’est qu’un leurre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

17/11/2014

Ben et Bâle

 

 

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Ben reste un artiste résolument français « On peut se coiffer Africain. Mais pas Alsacien ou Breton Ce n’est pas juste » écrit-il dans son « journal » au quotidien. Mais il n’oublie jamais ses racines suisses et voue un intérêt à la foire de Bâle. Il trouve là un formidable rassemblement de la création et refuse de proposer la moindre critique à ce qui est présenté comme de ce que lui-même offre dans ses créations : « Tout est bon, il ne faut rien jeter.  Ni mes boutons de culottes, ni les trous, il ne faut rien jeter et ne pas s’arrêter ». Qu’importe si à Bâle comme ailleurs tout le monde porte jeans, iPhones, Nike, sac à roulette.

 

 

 

Pour exister dans la foire le moteur de Ben  n’est de celui de  Tinguely. Il a soin de préciser : « Tinguely c'est un spécialiste des moteurs. Mon côté Suisse, c'est de mettre de l'ordre. Mettre un lit double au milieu de la rue ». Ainsi continue-t-il fidèle à Fluxus et à une forme de situationnisme d’afficher sa création face à la culture. Pour Ben cette dernière « prend votre temps libre pour vous remplir la tête de noms propres  pour que vous puissiez frimer dans les cocktails  devant les filles et avoir l’air de savoir ». Exit donc la gloire que les artistes réclament mais que le Niçois ne parle qu’en voguant dessus même s’il préfère à ce prurit de l’égo les  idées. Et qu’importe s’il se prend un peu les pieds dans ses démonstrations en affirmant : « presque tous les artistes d’art contemporain aujourd’hui  sauf Duchamp  ont mis tous leurs œufs dans un seul panier  et se sont spécialisés  pour qu’on les reconnaisse  à faire le même truc mille fois. Moi je n’y arrive pas ». Voire… Que sont ses slogans écrits sur support sinon une marque de fabrique et même une succession de produits dérivés ? Rendons-lui toutefois ce qui lui revient.  Des projets diversifiés Ben n’en manque pas.  Il caresse par exemple le projet d’ouvrir un zoo pour espèces vivantes génétiquement modifiées et celui de devenir un danseur de tango. Ses cheveux argent teint le mettent dans les conditions idéales.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret