gruyeresuisse

09/10/2015

Dieu n’existe pas, je l’ai rencontré

 

Savary.jpgLouis Savary, « Je suis poète. Ite Missa Est », Editions les Presses Littéraires, 2015, 15 E.

Pour Louis Savary, Dieu, brillant par son absence, est donc partout même « sous le paillasson »« il cherche la clé du paradis ». Nul ne sait s’il le voudrait terrestre mais le doute est plus qu’obligé tant les plaies de l’Humanité s’agrandissent en son nom. Preuve que « Dieu / est un loup / pour l’homme ». Mais pas pour le poète. Ce dernier sait que la déité « est née / du désir de l’homme / elle ne s’en remettra jamais ». Et l’humanité sans doute non plus même si elle essaie certains péchés de chair dont Savary rappelle le risque :  « N’essayez jamais / de tripoter une religieuse / Dieu ne supporte pas / qu’on trousse ses servantes ». Et ce même si l’homme espère la résurrection des seins.

Savary 2.pngDès lors qu’importe s’il le divin existe ou non. Qu’importe aussi l’impénétrabilité de ses voies. Elles continuent à faire fantasmer plus d’une et plus d’un. Et c’est bien là le problème : quand « l’obscurantisme / gagne du terrain / l’image de Dieu / reprend des couleurs » et impose sa gravité.  Fantasme ou non Dieu n’aime pas le rire et encore moins qu’on se moque de lui. C’est pourquoi à l’heure où l’on vaticine interminablement sur la notion de blasphème  Savary met les pendules à l’heure et tous les croyants d’accord. Chez lui la divinité n’a pas de casaque. Elle demeure celle - quel qu’en soit le plastron - dont certains attendent tant de futur mais elle reste une machine à emmagasiner du passé.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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27/09/2015

Les Editions Fleurs bleues en transit à Lausanne


Fleurs.jpgLes Editions Humus à la Librairie Humus, Lausanne, le 3 octobre 2015.

 

 

Quittant (provisoirement) Fribourg les Editions Fleurs Bleues sont invitées par Humus pour présenter leurs nouveautés. A savoir trois livres d’enfants pour adultes : « Madame Bigote » de Delhume   (texte Saint Georges et Mister P),   « Madame Casse-Couilles » de Rustre , (mêmes auteurs) et  « Planches à ressasser » d’Olivier Zappeli (texte de Marc Boivin). L’ensemble crée une réflexion comique sur certaines questions inhérentes à l’être comme à l’approche du dessin.  En surgissent des images d’un désir viscéral de liberté pas forcément voluptueuse vu le propos. Des histoires au poil ou aux petits oignons  permettent de renverser les pouvoirs de certaines femmes dont les consolations sont des supplices. Auteurs et dessinateurs créent des métamorphoses iconoclastes là où la doxa plastique est remplacée par la facétie aux délectations et incartades salutaires.

 

 

Fleurs2.jpgElles stimulent la pensée sans ramollir les mauvaises consciences. La Bigote boit des tasses athées et la Casse Couilles  claquette en talons hauts. Le lecteur-voyeur est moins curieux de regarder sous leurs jupes que de comprendre comment beaucoup tombent avec elles dans les beaux draps. Grâce aux éditions Fleurs Bleues il pleut non des pétales de roses mais des cordes de rire là où les Barbie Girls  d’un genre inédit  provoquent des inoculations excentriques. Sissi n’est plus ici : chaque femme devient un boulet qui organise des communautés particulières. Quant au mâle lui même il est sur la sellette qu’il soit sur terre ou dans les airs : répond un féminin bricolé dans des coulis où les envols d’hirondelles ne font pas forcément le printemps des amours.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/09/2015

Le tout à l’égo - André André

 

André 2.jpgAndré André, "Concours de bien-être", Ripopée, Nyon, 2015

 

 

 

D’André André on ne connaît rien ou presque. Si ce n’est les nombreux livres que Ripopée publie. Sauf erreur la maison fait de l’iconoclaste et de son tout à l’égout de l’égo une exclusivité. Fils spirituel de Ben il envisage froidement tous les slogans qui pourraient transformer l’art et la littérature en autre chose que du beurre noir sur page blanche (ou comme chez son maître du saindoux blanc sur support noir). Graphiste performeur, le dessin de A.A. est moins fort lorsqu’il se veut plus Wolinski que Ben. Le spécialiste des « concours de bien être » reste avant poète anti-théoricien et anti rhétoricien. Il existe chez lui du dadaïsme. Il devient ainsi grand « Arpiste » romand qui accompagne le monde - et pas forcément à sa perte.

 

 

André.jpgDéplaçant le champ de l’art (il se refuse même à être peintre en lettres) loin de celui de l’éthique A.A. rappelle que toute morale vit au dépend de celui qui l’écoute. Il préfère calligraphier  tout haut ce que les artistes et les écrivains n’osent même pas penser tout bas.Il pourrait donc faire siens les mots de Ben pour parler de ses livres : « ces petites choses rigolotes finiront par faire une meule de foin qui roulera, grossira et prendra de la force ». On le souhaite même si jusque là son  humour est souvent mal compris mais A.A.  s’en moque. Car il garde bien des choses à dire, à montrer  et grâce à Ripopée ne s’en prive pas. Ses livres parlent pour lui-même en échappant à la pseudo culture qui sert à gonfler des baudruches.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret