gruyeresuisse

15/07/2018

Le surimpressionnisme de Stéphanie Vereecken

Vereecken 6.jpgStéphanie Vereecken feint de s’amuser et de nous divertirr à travers ses cérémonies et célébrations. La prêtresse est-elle décadente ou libertine ? Presque. Mais le presque est important car cela limiterait outrageusement son travail. Dire que tout y paraît classique serait abuser pareillement. Car il n’est pas jusqu’aux femmes les plus sérieuses à posséder des « yeux de reptilo-nymphettes ». Si bien que l’objectif de tels conclaves n’est pas d’élire une papesse athée ou un pape hipster mais de trouver des zigs et des tags au sein des surfaces qui perdent ici leur impeccabilité foncière.

Vereecken 2.jpgLa créatrice ne se contente pas de raconter des histoires. Elle les scénarise dans des décors où le bric et le broc n’ont rien de rococo ou de rikiki. Tout est « barocco ». Mais pour s'envoyer en l’air pas besoin d’ascenseurs. Des robes volettent, des bustes s’affichent mais sans pour autant annoncer la fête des sens. La plasticienne introduit tout ce qui décale le monde et ses images. Les pamoisons sont superfétatoires et hors de saisons. Le monde est ludique mais non sans gravité. Et on imagine que Lautréamont y aurait trouvé de quoi continuer ses chants de Maldoror s’il n’avait pas eu l’incongruité de mourir avant un âge raisonnable.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/07/2018

Jo Ann Callis ou le cynisme photographique

Callis.jpgJo Ann Callis s’amuse avec les images pour proposer ses fictions et ses complots pour surplomber des abîmes.. Elle revisite entre autres la saisie de la nudité en relevant deux « erreurs » majeures de l’art : considérer l’image comme une peau et en tant que culture idéale de la visibilité. Son décodage - dans la lignée de Bellmer et Molinier - voile et dévoile l’illusion et restituer le jeu des forces élémentaires de l’image au-delà même du vraisemblable parfois à travers des Betty Boop des années 50.

 

Callis bon.jpgIl ne s’agit pas de créer une irréalité monumentale mais d’inventer un étrange espace cynique ici même, ici bas en éliminant le révolu qui encombre le présent. Le corps vit par exemple en se renversant enflée d’un souffle de recomposition là où la décomposition de la représentation nourrit l’essence du spectacle ou plutôt de sa transgression ironique. L'œuvre reste en ce sens un seul immense poème optique où en des parades la réalité se dissout.

Callis 2.jpgDécouvrant progressivement la puissance de l’image à 33 ans, la créatrice désormais septuagénaire trouve à travers elle d’autres manières de répondre à son utopie première, générique et à une angoisse du même type. Elle refuse de s’abandonner au vide toujours présent et au chaos même si pour Sam Francis «c’est une sorte de perfection. Il n’en est pas d’autre ». Pour Callis il faut à l'inverse un ordre. En débordement. Mais ordre tout de même. . De la sorte l’artiste américaine prolonge le destin de l’image, de la femme, du réel en un sens particulier là où des artifices plus ou moins "exotiques", établissent une poétique agissante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jo Ann Callis, « How they run », Over The Influence Gallery, Los Angeles, du 12 août au 5 septembre 2018.

 

 

09/07/2018

Mirko Baselgia : revu et corrigé

Baseglia.jpgMirko Baselgia, « Pardis (Curzoin) », Abbatiale de Bellelay, Jura bernois, jusqu’au 9 septembre2018.

 

Sous le titre «Pardis (Curzoin) » Mirko Baselgia crée une installation à l’abbatiale de Bellelay en trois parties. Elles sont le rappel de trois temps différents : le plan du réseau ferré américain de 1873, une interprétation high tech et futuriste du jardin d’Eden, des carapaces de tortues composées de différents bois africains. Entre les temps premiers et le futur, un passé moins lointain et un présent suggéré sous forme d’allégorie l’artiste donne libre court à son imaginaire.

Baseglia 3.jpgPour la première proposition le plan est réalisée en bois d’arole en une immense installation flottant au-dessus du sol pour annoncer le paradis que constituait pour les européens les Etats-Unis du XIXème siècle et le paradis perdu des indiens. Pour la seconde proposition l’artiste a introduit des plantes qui poussent artificiellement dans de la laine de roche afin d’offrir une alternative à la surexploitation des terres agricoles. L’artiste a d’abord digérée ces plantes en tant qu’agent fertilisant et symbiose entre l’homme et la nature. Quant aux carapaces de tortues en bois elles deviennent une image des migrants qui fuient l’Afrique dans l’espoir d’une terre promise.

Baseglia 2.jpgL’artiste crée ainsi trois postulations avec un don de l’empilement et une joie « pure »et débridée mais aussi une charge contre le monde tel qu’il est ou devient. Baselgia demeure ainsi devient le maître ironique qui réplique contre certaines utopies ou dystopies. Il en profite un exercice ironique et poétique du genre revu et corrigé.

Jean-Paul Gavard-Perret