gruyeresuisse

14/08/2020

Guido Guidi : bordures

Guidoi 3.pngGrand maître de la photographie italienne Guido Guidi échappe à la règle commune en se promenant sur de grands chemins de nulle part afin de crée run film muet où le temps semble arrêté et où les ombres jouent avec le réel et la lumière.

Marcello Galvani a tiré des archives du photographe italien 94 clichés petits formats en couleurs, la plupart inédit. C'est le moment où il quitte la photo noir et blanc irrévérencieuse pour explorer la couleur et le réel qu'il traitera ensuite en grands formats.

Sguido.png'intéressant à ce que les autres photographes laissent sur le bord des routes, Guidi en retire une magie aussi néo-réaliste que poétique et souvent ironique. Tout dans ce travail est subtil et prouve l'importance d'un tel créateur dans la photographie mondiale.

  • Guido 2.jpgLes murs écaillés font la nique aux ongles du vide, des arbres froissés semblent ébaucher un signe de la main. A peine effleuré l'espace défie l’éphémère près de la courbure du corps ou d'une ombre portée afin que s’épanchent des possibles là où l’illimité vertige de la provocation prend chez l'Italien un nouveau sens.

Jean-Paul Gavard-Perret

Guido Guidi, "Tra l'altro, 1976-81", Mack Editions, Londres, 2020.

06/08/2020

La gueule ouverte

Tristan 6 bon.jpgDifficile d'exprimer ce que j'éprouve d'autant que j'ai souvent du mal à le ressentir. Qu'on se rassure je ne suis pas plus sûr d'approuver mes pensées. Il m'arrive même de vaticiner uniquement pour m'en venger. Si bien que mon langage se recompose dans un certain vide. Les mots que j'émets en échange difficile d'en préciser le sens.

Si bien qu'à tant désirer les mots, leur tissu de patience finit par se déchirer. On y cherche sa place mais la broderie des phrases n'est qu'absence. Le corps se glace à mesure que tout sort de son trou. L'impossible étreinte reste sans lettres et nous laisse innomée. Nous restons encagés :  rien ne vient, rien ne va, l'être tourne sur lui-même dans la roue du mensonge. Il y a trop de noeuds au roulement des mots, seul leur trop peu entoure.

On affirme que nos orifices obéissent à leur propriétaire (même s'il ne fait pas grand chose pour ça) mais l'orgue à couacoua ne troue que le vide. Néanmoins nous assistons à sa mécanique et nous débitons notre laïus comme si nous l'avions appris par coeur tout en restant stupéfaits des signaux qu'il émet.

Le corps devient son objection, il nous mâche dès que nous l'ouvrons. Tout sort en charcutaille jargonnée. Nous croyons éclairer du vivant mais nous l'empestons en vieux loupiste, en hittite ouistitite ou suie d’ombres. Notre fièvre porcine se sculpte en lattes et hures. Si bien que notre poésie n'est qu'une esclabadanche de saindoux. Il fond à vue d'eail ou s'épaissit. C'est selon. Le tout avec un gout d'ail dans l'haleine pour chasser notre propre vampire. C'est d'abord mourir puis vivre tant qu'il est encore temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Dessin inédit de Tristan Félix)

05/08/2020

Histoire Ceinte

Tristan à remplacer.jpgM'attachant à la doctrine des trismégistes je fais d'elle ma manuelle de félixité. D'autant qu'on la dit prophétesse. De celles qui poussent les véganes à manger des viandes sacrifiées aux idoles dont Claude François ne fut pas le moindre.

Afin de m'accepter comme dernier du culte et plutôt que de me jeter à la fosse aux ours ou sur un lit de dés tresses elle me laissa du temps pour me repentir de toutes les fautes que je n'ai jamais commises. Si bien qu'en moins de deux minutes, descendant de son arbre de sapience, elle me lança "tu peux plier".

Sachant combien elle sondait les reins et les coeurs j'obtempérai et nous partîmes à Ephèse - moins de cent en partant et plus de mille en y parvenant - non sans être passé par Fez eu égard à un malentendu quant au nom de la ville. Aussitôt arrivés nous mangeâmes puisqu'Ondine à onze heures. Elle m'accorda le droit de m'asseoir à ses cotés en respectant un minumum de rituel cher aux chrétiens du 1er siècle .

Elle me voulut fiancé sans que je susse quelle agnelle m'était dévolu. Il faut dire qu'en l'église nouvelle il y avait bien des fatras dans ses canons. C'est seulement près d'un millénaire plus tard qu'un éudit calabrais nommé J. De Florette mit un peu d'ordre là où bien des agités du bocal en faisaient à leur aise dans l'ésotérisme secoué de mouvements browniens.

Telle une étoile filante elle fit tomber le feu du ciel. Mais en moins de trois heures je repris haleine fraîche et je la servis avec un vrai zèle. Je lui fis tout le bien que je devais lui accorder et ce qui reste à faire je l'accomplirai encore mieux.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Dessin de Tristan Félix)