gruyeresuisse

01/06/2018

Michel Thévoz : Vilain !

Thevoz.jpgAprès Frédéric Pajak, Paul Nizon, Delfeil de Ton, « Les Cahiers Dessinés » proposent dans sa collection « Les Ecrits » un nouveau livre sans dessins et dont le dessein semble leur en vouloir. Michel Thévoz – figure magister de l’art en Suisse et de l’art brut - regroupe ici certaines de ses chroniques, de Hans Holbein à Bernard Garo. Il ne cherche pas à saluer à tout prix des artistes « reconnus ». De la part d’une telle figure de proue cela reste un signe de bonne santé. Bref - et à plus de 80 ans - l’auteur ne perd rien de son regard et de son impertinence. Il ne se laisse pas avoir par les derniers remugles des arts écologistes et campe sur ses fondamentaux d’enfermements ou du retrait.

Thevoz 2.pngL’auteur se fait - et il ne faut pas en être dupe - volontairement provocateur. Mais moins fluctuant que Fluxus. Certes son introduction assure un premier uppercut : « Apprenons à inexister» dit-il. Et l’auteur d'en rajouter une couche : la Suisse manquerait de relief. Ce qui est en soi un paradoxe… Mais il est vrai - et le pays peut s’en honorer – que la Suisse ne cultive pas un point de vue nationalisme plastique. Le Fédéralisme n’y est pas pour rien. Entre Lausanne, Genève, Berne, Zurich, Fribourg, Bâle ou le Tessin l’éventail plastique reste large.

Thevoz 3.jpgLe pays semble implicitement aspiré par ses grands voisins. Et les noms des théoriciens que Thévoz convoque dans son entrée en matière semblent prêcher en ce sens. L’auteur peut regretter parfois et à sa manière le bon vieux temps du rock and roll artistique. Néanmoins il évite les souverains poncifs, les leçons de morale et surtout ne met jamais à mal l’art du XXIème siècle helvétique. Si l’auteur regrette son manque de spécificité (mais existe-t-elle ailleurs et ce même dans les grands pays – la Chine au premier rang ?), son livre est autant à tiroirs qu’au titre trompeur. Manière de cacher les secrets qu’une telle commode cache. Il ne s’agit jamais d’un vide grenier.

Jean-Paul Gavard-Perret

«L'art suisse n'existe pas», de Michel Thévoz, Editions Cahiers Dessinés, 240 pages, 2018.

24/05/2018

Jan Fabre : les chemins de traverse de l’imaginaire

 

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L’exposition de Jan Fabre à la fondation Maeght sera consacrée à ses sculptures en marbre et ses dessins traitant de la représentation du corps et du cerveau en tant que réceptacle des rêves et de l’imagination sous couvert de vision où le classicisme et la perfection jouxtent des obsessions surréalistes chères à l’iconoclaste belge.

Fabre 2.jpgSe confronter à l’œuvre parfaitement maîtrisée, et dans cette double économie, permet de percer décorum et bienséances. La vision du regardeur percute la cervelle qui si elle manque de plomb en elle contient par sa mise en scène un humour ravageur. La sexualité est ici moins présente que parfois même si elle n’est pas étrangère à cette « pétrification » paradoxale : sous ou sur le marbre des éléments perturbateurs troublent la vision de la statuaire.

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Infecté par le virus de la libération, le marbre et ses connotations religieuses provoquent le rire sourd et foudroyant. L’artiste tourne en dérision non seulement la religion mais la vision de l’art. Existe donc là un combat qui rend l’œuvre aussi célèbre que lourds en malentendus - vue la corrosion mentale qu’elle produit.

 

 

Fabre 4.jpgL’aspect carnavalesque et de parade trouve là une autre impertinence en apparence plus froide. Mais c’est pour mieux dévoiler ce qui peut déranger par une propension toujours présente de la provocation. Lézardant les certitudes, l’artiste revisite l’histoire des arts « classique » et populaire. Ils trouvent là une perfection d’un genre particulier. Mais Fabre reste le farceur qui brouille les pistes et ouvre le champ des possibles.

Jean-paul Gavard-Perret

Jan Fabre,  « Ma nation : l’imagination », Fondation Maeght, Saint Paul de Vence, du 30 juin au 11 novembre 2018

21:45 Publié dans Humour, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

21/05/2018

Les débuts de Martin Parr ou les tremblements du sens

parr 2.jpgMartin Parr déloge le rapport orthodoxe du réel à l’image pour créer une suite carnavalesque des êtres en diverses situations. Les sujets abordés sont sérieux mais le photographe introduit le quasi délire, la parataxe, l’ironie par sa façon de saisir les circonstances où les personnages - pétrifiés ou non - semblent sortir de leur propre limite sans qu’ils le sachent.

parr.jpgDe telles prises mettent le portrait au-delà du psychologisme. Dans ces photographies tirées des premières séries de Parr - « The Non-Conformists, Bad Weather, Beauty Spots, A Fair Day, The Last Resort: Photographs of New Brighton » (première série en couleurs) - les faits deviennent presque hallucinatoires et toujours drôles. Il sait saisir les êtres sans pour autant les prendre en otage.

parr 3.jpgExiste une dramaturgie toujours drôle loin des principes ou idéaux. La réalité est là où les thèmes de la classe sociale, de la culture et des loisirs de masse ne sont jamais traités de manière surplombante. Nul jugement mais une attention ironique et bienveillante. Loin de toute idéologie l’artiste s’intéresse à la plasticité et au sens à lui accorder en étant attentif aux autres. La photographie ne les tue pas : paradoxalement elle les exhausse au moment où la vie pour eux est plus ou moins belle dans l’espérance que l’avenir dure longtemps….

Jean-Paul Gavard-Perret

“Martin Parr: Early Work 1971-1986”, Huxley-Parlour, Londres du 16 mai au 9 juin