gruyeresuisse

24/01/2019

Paul Fournel : Guignol, Gnafron et les autres.

Fournel.jpgLe "père Mourguet" inventeur de Guignol et de son théâtre de marionnettes prouva qu'il n'existe pas de spectacle sans naïveté. Elle offre au populaire son droit à être représenté. Du créateur et de ses traces - hormis son théâtre - il reste rien ou bien peu. C'est pourquoi Fournel a créé le roman vrai du Lyonnais avec toute sa verve.

 

Guignol.jpg

 

Il remet en route dans son roman la machination du désaccordé, sa scansion énergumène, sa liberté du délié et l’ouverture primitive d'un rire libérateur. La fiction engage une nécessaire course de vitesse contre l'oubli d'un genre qui survit encore ça et là.

 

 

 

Guignol 2.jpgPour saluer le 250 ème anniversaire de la naissance de Mourguet, Fournel rapproche du monde des faubourgs et des foires où le créateur inventa un souffle impur. Il rendit compte d'un monde informulé où comme écrivait Lacan "ça parle, ça jouit, et ça sait rien ». Mais où le "ça" apprend une irrévérence qui servit d'exutoire.  Fournel en profite pour poser les bases de son propre art poétique oulipien.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Paul Fournel, "Faire Guignol", P.O.L éditeur, Paris, 272 p., 19,50 E., 2019.

19/01/2019

Jeong Mee Youn : le rose et le bleu

Yoon.jpgDans son nouveau projet la photographe Sud-Coréenne Jeong Mee Yoon cochent deux cases (au moins) de l'art. Elle propose une fantaisie coloriste grotesque et une critique d'une civilisation (mondialisée ou presque) quant à la question du genre et de sa représentation mais aussi du consumérisme face à l'enfant roi.

Yoon  2.jpgLa créatrice photographie filles et garçons entourés de tout ce qui appartient à leur univers (rose pour les premières, bleu pour les seconds). En un tel miroir les évidences parlent d'elles-mêmes. La "déco" n'est plus une ornementation mais le propos même du livre.

Yoon 3.jpgChaque photographie avance à travers d'apparentes digressions qui font sens. Tout cela "cuit" comme il le faut. Preuve qu’en art le performatif n'existe que lorsque l’écriture plastique devient impertinente par la drôlerie. Elle fait sa morale coruscante et doit tout à ce qui la produit et à ce qu'elle produit elle-même. Ce type de rapport pourrait sembler enfoncer une porte ouverte. Il n'en est rien. Laissons au lecteur le plaisir de le découvrir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jeong Mee Yoon, " The Pink and Blue Project", Edition Nadsine Barth, Hatje Cantz, Berlin, 2019, 176 p., 40 E..

 

11/01/2019

Ce que les gourmands disent : Martin Parr

Parr 3.jpgC'est en 1995 que Martin Parr, fidèle  à sa volonté de "dire" le monde, commença la série «British Food» où sont mis en évidence de manière fractale divers types de mets appétissants ou non . Viandes, légumes, confiseries sont présents à travers la cuisine britannique souvent ostracisée (à tord).

Parr.jpgUne telle saisie, grâce ou à cause des portables, est désormais devenue une sinécure - ce qui n'était pas le cas au moment où ce projet prit corps en poursuivant les expérimentations chères au créateur. Chez lui la photo documentaire préserve toujours un caractère drôle et incisif.

Parr 2.jpgParr y revendique une double postulation : ce qu'il nomme une "pornographie culinaire" mais aussi le "glamour" des magazines de cuisine. L'artiste utilise le flash pour  - écrit-il - "créer de la fiction et du divertissement hors réalité". Les couleurs vives deviennent un prétexte afin de proposer une fête de la nourriture elle-même. Elle est ici, dans son brutalisme parfois quasi surréaliste, dégagée de ses conditionnements et emballages.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Parr", British Food", Janet Borden Inc, Brooklyn (NY) jusqu'au 16 janvier.