gruyeresuisse

05/11/2017

Micaël Le Gaucher

Micael 2.jpgMicaël, « Plat de résistance »,Espace RichterBuxtore, Lausanne 8 octobre -25 novembre 2017.

Micaël est un parfait hybride franco-argentin, son cœur balance entre le PSG et l’Estudiantes de Buenos Aires. Ailier droit raté, le gaucher est un tireur d’élite lorsqu’il s’agit de faire le portrait de la société. Le « Plat de résistance » exposé à Lausanne complète son «Air du Temps» auquel il donne un sacré coup de vent. Par son caractère acéré des dessins la caricature est tout en finesse et presque toujours à double détente. Les gallinacés que nous sommes sont affublés de scénarios en carton grossier.

Micael 3.jpgDans les stades de tous les pays comme en ceux de la vie le seul siège qui reste vide est celui de l’homme idéal. Les personnages de Micaël pèsent leurs kilos d’idiotie avec quelques miettes de raison autour. Souvent maigres comme des clous ses héroïnes rendent certains hommes marteaux mais ils passent à travers l’amour comme une lettre à la poste : leur prétention suppose une épouse bien qu’ils soient incapables de décoder le trémolo de violon dans  le coup du pipeau.

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Ses personnages ni anges, ni bêtes n’ont pas forcément le diable dans la peau mais pas plus de plomb dans la tête. A bien des égards ils sont nos semblables, nos frères. Pour peu qu’on se regarde nul ne peut en douter. Mais ils nous rassurent : notre bêtise n’a rien d’un Everest à conquérir chaque jour. C’est une Dent d’Oche qui se gravit sans peine.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

19:35 Publié dans Humour, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

03/11/2017

Les pro-thèses d'Eva Stenram

Stenram.jpgL'artiste suédoise Eva Stenram ne cesse de détourner de vieilles photos de pin-up des magazines de charme des années 50 et 60. Elles posent dans des décors d'intérieurs "middle-class" ou devant rideaux et tentures. Elles sont cachées au trois quarts, parfois la plasticienne n'en montre qu'une jambe gainée d'un bas et d'un talon-haut. Le décor passe au premier plan selon une série de retouches astucieuses.

Stenram 3.jpgL’équilibre de chaque photographie est irritant puisqu’il s’érige au service d’uns "claudication"... Sa surface agace moins par les accidents qu'elle comporte que par la femme devenue absence, prothèse ou ambiguïté qui échappe au voyeur. L’Eros est « soufflé » au profit de sa comédie.

Stenram 2.jpgL’artiste s’empare des stéréotypes ave légèreté pour créer un espace où joue le manque. Le tout dans une virtuosité. Elle cultive la profondeur plutôt que la simple verve entre vertige et lucidité par l’acidité que chaque œuvre fomente. Eva Stenram indique le seuil d’un lieu où « l’objet » et le regard se perdent. La femme devient, la proche et la lointaine, la vulnérable et l’inaccessible. Sa présence perdure sans pour autant effacer les pensées de néant.

Jean-Paul Gavard-Perret


The Ravesrijn Gallery,Westerdoksdijk 603, Amsterdam

29/10/2017

Marcel Miracle : éclats et pépites du pays natal

Miracle.jpgMarcel Miracle, « Cinéma Ritz Tamatave », Galerie Ligne Treize, Carouge, du 4 novembre au 2 décembre 2017.

Marcel Miracle fait retour ici à son passé, à sa jeunesse. Pas question pour autant de caresser la nostalgie. L’artiste lorgne sur l’hier pour repartir de plus belle vers demain. De notules cinématographiques du pays natal (Madagascar), de son "Cinema Paradiso" personnel,  il tire une sève. Elle innerve ses dessins. En son âge, le voici, sinon apaisé (il ne le sera jamais), mais fomenteur d’un oui à la vie et aux images en (parfois) des seins animés.

Du passé - qui forcément s’assombrit et s’assèche - l’artiste et écrivain en transforme, polit les épluchures. L’enfant vit encore en lui avec ses émerveillements premiers. L’énergie iconoclaste suit son cours. Ce qui fut gravé dans la mémoire est tiré de la tombe pour jaillir sur l’écran de la conscience et du support papier. Tout se prolonge selon une vision extatique et tendrement drôle. A travers ses « vieilles » images en métamorphoses Miracle fait briller nos yeux.

Jean-Paul Gavard-Perret