gruyeresuisse

11/03/2017

Fancy Feast : striptease « burlesque » du voyeurisme

Fancy 2.jpgReine de la scène burlesque new-yorkaise Fancy Feast souligne combien son personnage scénique n’est pas différent de son existence. Ses souhaits et ses rêves trouvent une figuration dans des spectacles où elle se revendique telle qu’elle est. Elle ne se contente pas d’une pure exhibition plus ou moins farcesque de sa différence. Elle s’élève face aux diktats « formels » qu’imposent aux femmes la société

Au départ ses spectacles n’étaient destinés qu’à la scène nocturne queer. Ils ne prêchaient que des convaincus. C’est pourquoi elle a décidé d’élargir le cercle de son public afin de faire avancer la cause des femmes différentes dont les formes exhibées choquent celles et ceux qui ne voient rien de pire qu’une femme obèse.

Fancy 3.jpgSi pour elle la magie du burlesque repose sur l’exhibition de la nudité, le jeu sexualisé devient une manière de dialoguer avec le public. Fancy Feast est donc plus performeuse qu’artiste de music-hall. Elle transforme le striptease en métaphore et inversion du regard. Il ne s’agit pas montrer seulement corps mais de révéler autre chose : la vulnérabilité du voyeur face au corps «a-normé».

Les performances de l’artiste contiennent un caractère hypnotique plus que purement drôle et délirant. L’humour sollicite l’intérêt du public avant de le dégager des idées reçues. L’assomption de la nudité mène vers quelque chose de plus authentique que ce que confisquent les modèles stéréotypés, déréalisées, décharnées et dévitalisées.

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

09/03/2017

Les icônes comestibles de Yoan Mudry


Yoan.jpgYoan Mudry s’en donne à corps joie et il fait partager ses irrévérences. Archétypes et icônes sont pimentés d’oripeaux en d’étranges sagas iconoclastes. Le Lausannois « exilé » à Genève propose la mise en scène de mariages improbables. Le plaisir pour les héros est toujours difficile à avaler car leurs dragées sont devenues trop hautes ou du moins pas où elles devraient être. Chaque pièce crée un début du jour plus que la fin de la nuit. Ce qui n’enlève donc rien aux questions : que faire avec une icône? Que peut-elle donner encore après avoir subi la moulinette de l’artiste ?

Yoan 2.jpgDu plaisir sans doute mais pas forcément celui que le commun des consommateurs attend. Car l’artiste n’envisage jamais de monumentaliser ses modèles. Il préfère les maquiller d’outrages ludiques. L’ensemble est volontairement instable : il évolue au gré de l’imaginaire en torsade de cet irrégulier de l’art. Il reprend à sa main graphisme et image selon un filage intempestif qui ne se conçoit pas comme achevé puisqu’il est impossible de considérer l’histoire des stéréotypes culturels comme achevable. La caricature de leur caricature fait les reines et les rois nus. Super Mario comme Freud ou Marx sont réduits à des portions incongrues.

Jean-Paul Gavard-Perret


Yoan Mudry , "The Future Is Wilds", Art Bärtschi et Cie, du 23 mars - 15 mai 2017.

01/03/2017

Le cocoricogito de Raphaël Enthoven

 

 

Enthoven.jpgRaphael Enthoven profile son nouveau cantus philosophique à coups de bâtons de berger genre Justin Bridou. Il ne cesse de cultiver le mépris envers ses lecteurs en leur accordant du gras plus sentimental que philosophal. Sa pensée est à la spéculation intellectuelle ce que la flanelle est à un boulevard de ceinture. De quoi rendre fou Bernard-Henri Levy lorsque les deux philo-men in black se croisent dans les allées du pouvoir. Les deux ont le bras long et leur bien penser ne s’opère qu’en leur palais des glaces. Enthoven entrouvre leurs portes en s’essayant, comme dans « Little Brother », à un langage peuple. Mais il sied mal à celui qui n’a de frère que lui-même. Il fait tache à son cocoricogito.

Enthoven 2.pngSe voulant philosophe publique et sachant qu’il y a des lieux pour ça, il ne pratique qu’une pensée du même tonneau mais en rien comparable celui du philosophe grecque. Pour Enthoven là où il y a Diogène il n’y a pas de plaisir. Le médiateur médiatique préfère les palais vénitiens. Dommage qu’il ne pense comme il endort son lecteur : à savoir à poings fermés. Celui qui n’a jamais de fin de son moi difficile sait mettre dans la poche toutes les bergères de la Sofia en leur offrant comme nourriture spirituelle un gruyère à trous - mais sans fromage autour. Bref c’est un mixage entre du Paul Bourget et du Saint Thomas taquin. Si bien que sa panacée métaphysique donne, entre les deux infinis pascaliens, une idée assez précise d’un vide sidéral.

Jean-Paul Gavard-Perret

Raphaël Enthoven, “Little Brother”, Collection Blanche, Gallimard, Paris, 128 p., 2017

 

 

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