gruyeresuisse

04/12/2015

Hans Schärer : actes de "seinteté"

 

Hans Schärer 1.jpgHans Schärer: Madonnas and Erotic Watercolors, Swiss Institute Contemporay Art, New York, 2015.

 

Le corps, toujours, nous échappe. Nous ne savons rien de son lieu et de ce qui s'y passe. Nous ne pouvons constater que ce qu’il en reste. Bref son ossuaire. Certaines momies en donnent des indices afin de montrer comment elles ont prise sur nous et nous touchent. Mais Hans Scharer - qui fut à tord remisé du côté de l’art brut - anticipa de telles pertes en cultivant le charme charnel des femmes même lorsqu’elles étaient sensées représenter des objets de piété. Marie et les saintes furent pratiquement traitées en « couche toi là » selon divers actes de « seinteté ».


hans scharer 3.jpgJouant avec les poncifs l’artiste serait sans doute peu prisé aujourd’hui tant notre époque cultive le repli confessionnel. Mais surgit plus que jamais chez l’artiste un acte de jouissance et de gaieté selon une théâtralité qui exagère à bon escient la dimension ludique de la nudité. L’artiste en prolongea les échos jusque sur des bobsleighs. Il sut faire passer du froid au chaud, du fermé à l'ouvert. Le corps est charnu et il cultive des rites particuliers dont le paganisme crée le rire. Aux prétendus éclairs de paroles d'évangile ou autres textes sacrés font place ceux qui se dévorent comme des religieuses.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/10/2015

Dieu n’existe pas, je l’ai rencontré

 

Savary.jpgLouis Savary, « Je suis poète. Ite Missa Est », Editions les Presses Littéraires, 2015, 15 E.

Pour Louis Savary, Dieu, brillant par son absence, est donc partout même « sous le paillasson »« il cherche la clé du paradis ». Nul ne sait s’il le voudrait terrestre mais le doute est plus qu’obligé tant les plaies de l’Humanité s’agrandissent en son nom. Preuve que « Dieu / est un loup / pour l’homme ». Mais pas pour le poète. Ce dernier sait que la déité « est née / du désir de l’homme / elle ne s’en remettra jamais ». Et l’humanité sans doute non plus même si elle essaie certains péchés de chair dont Savary rappelle le risque :  « N’essayez jamais / de tripoter une religieuse / Dieu ne supporte pas / qu’on trousse ses servantes ». Et ce même si l’homme espère la résurrection des seins.

Savary 2.pngDès lors qu’importe s’il le divin existe ou non. Qu’importe aussi l’impénétrabilité de ses voies. Elles continuent à faire fantasmer plus d’une et plus d’un. Et c’est bien là le problème : quand « l’obscurantisme / gagne du terrain / l’image de Dieu / reprend des couleurs » et impose sa gravité.  Fantasme ou non Dieu n’aime pas le rire et encore moins qu’on se moque de lui. C’est pourquoi à l’heure où l’on vaticine interminablement sur la notion de blasphème  Savary met les pendules à l’heure et tous les croyants d’accord. Chez lui la divinité n’a pas de casaque. Elle demeure celle - quel qu’en soit le plastron - dont certains attendent tant de futur mais elle reste une machine à emmagasiner du passé.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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27/09/2015

Les Editions Fleurs bleues en transit à Lausanne


Fleurs.jpgLes Editions Humus à la Librairie Humus, Lausanne, le 3 octobre 2015.

 

 

Quittant (provisoirement) Fribourg les Editions Fleurs Bleues sont invitées par Humus pour présenter leurs nouveautés. A savoir trois livres d’enfants pour adultes : « Madame Bigote » de Delhume   (texte Saint Georges et Mister P),   « Madame Casse-Couilles » de Rustre , (mêmes auteurs) et  « Planches à ressasser » d’Olivier Zappeli (texte de Marc Boivin). L’ensemble crée une réflexion comique sur certaines questions inhérentes à l’être comme à l’approche du dessin.  En surgissent des images d’un désir viscéral de liberté pas forcément voluptueuse vu le propos. Des histoires au poil ou aux petits oignons  permettent de renverser les pouvoirs de certaines femmes dont les consolations sont des supplices. Auteurs et dessinateurs créent des métamorphoses iconoclastes là où la doxa plastique est remplacée par la facétie aux délectations et incartades salutaires.

 

 

Fleurs2.jpgElles stimulent la pensée sans ramollir les mauvaises consciences. La Bigote boit des tasses athées et la Casse Couilles  claquette en talons hauts. Le lecteur-voyeur est moins curieux de regarder sous leurs jupes que de comprendre comment beaucoup tombent avec elles dans les beaux draps. Grâce aux éditions Fleurs Bleues il pleut non des pétales de roses mais des cordes de rire là où les Barbie Girls  d’un genre inédit  provoquent des inoculations excentriques. Sissi n’est plus ici : chaque femme devient un boulet qui organise des communautés particulières. Quant au mâle lui même il est sur la sellette qu’il soit sur terre ou dans les airs : répond un féminin bricolé dans des coulis où les envols d’hirondelles ne font pas forcément le printemps des amours.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret