gruyeresuisse

27/06/2016

Ben à Montélimar : de Nostradamus au Cluedo

 

Ben.jpgBen, "Je suis ce que je suis", Musée d'art contemporain Saint Martin, Montélimar, 25 juin - 31décembre 2016.

C'est depuis un camping que Ben a préparé son exposition au pays du nougat. Et qu'importe si ceux qui n'incitent ne comprennent pas son discours occitan : il se sent bien parmi ses pièces choisis dans les Fracs et bien encadrées pour cet exposition (elle jouxte celle des Halbert et leur machine à rire).

Pour celle-ci Ben a écrit un petit texte assez pessimiste puis est allé visiter L’Emmaüs de Montélimar "pas aussi fou que celui de Nice où Jai trouvé pour 45 euros le lit de Duchamp Et deux draps pour 10 euros". Ben est fier d'exposer dans cette ville son œuvre « je pédale dans la semoule » dont le responsable de l'expo est chargé de fournir la matière première. Sous l'excitation et au delà des postures Ben reste celui qui doute et reste en éveil face à la muraille des satisfécits où le chasseur d'image peut devenir lapin.

Dans ce qu'il nomme "le marécage de l’art" il se sent "grenouille de Dutronc qui croasse : et moi et moi et moi". Ce qui ne l'empêche pas de poursuivre son marathon plastique. Pour permettre à son art de se poursuivre il fait la liste des femmes qu'il aimerait peindre nues même si ajoute-t-il "les petits vieux comme moi n’ont pas le droit de se faire des illusions". Mais tout en caressant le songe d'être plus dans les bras d'une égérie de Maillol que de Renoir. Preuve que tous les goûts sont dans la nature (de l'art).

Jean-Paul Gavard-Perret

22/06/2016

Les Insolents Plonk et Replonk


Plonk 3.jpg« Plonk & Replonk + Andrea Barciela » Au LAC de Vevey jusqu'au 31 juillet 2016, en collaboration avec Swissachtung.ch.


Les éditeurs de la Chaux de Fonds Plonk & Replonk, sont déclarés d’ « inutilité publique » depuis 1997. Ils se posent provisoirement au LAC avec leur nouveau Bestiaire non surveillé. Décalés et impertinents, ils viennent néanmoins déclarer allégeance aux neuf muses monumentales du jeune artiste Andrea Barciela. L’humour particulier et absurde de leurs fameux photomontages d’inspiration rétro, leurs anciens livres, leurs cartes postales ou encore leurs Nains Bétonnés fait merveille.


Plonk.jpgLes deux compères proposent des visions qui échappent à toute logique. De fait l’imaginaire repose ici sur le réel par modification de point de vue et de prise. Spécialiste des détournements et autres vacations a priori farcesque leur travail ne peut que réjouir. L'impossible devient possible. Les « niches » des iconoclastes ne manquent jamais de chiens. Ils jouent les artilleurs afin de suggérer combien les bienfaits tournent à la férocité. Des raies alitées produisent des crimes et pas seulement pour ceux qui en des alcôves suaves savourent leur Darjeeling dans des tasses athées.


Jean-Paul Gavard-Perret

05/05/2016

Mises en boîtes et autres plis : Polly Penrose

 

Penrose.jpgPolly Penrose plie le corps pour les emboîter dans divers lieux en ce qui tient – pour ses modèles - de la performance. Partant de la formule de Beuys "nous sommes des œuvres inachevées » l’artiste aménage les corps nus pour habiller l’espace. Il devient poétique selon des poses incongrues qui le structurent de « surface de réparation ». Polly Penrose exclut néanmoins la manipulation, la séduction et la provocation, bref de tout ce qui engendre du factice, du factuel, de l'évènementiel sous lesquels l’art croule dans bons nombres d’aventures qui ne sont que du tourisme.


Penrose 2.jpgSes décalages et surprises emportent loin du conformisme par un "contingencement" (Didi-Huberman). Il éloigne du pragmatisme comme d'un pur état d'âme au profit d’un parfais expressionnisme drôle et paradoxalement quasi abstrait. Sortant le corps de sa clôture et de ses rôles l’art fait lever un monde dans la grotte mentale par l’émotion travaillée, sertie, développée. Celle-ci possède la puissance de recourber le néant en créant des seuils franchissables vers ce que l’on peut appeler une forme d’espoir en des abîmes farcesques creusés au fil du quotidien.


Jean-Paul Gavard-Perret