gruyeresuisse

01/09/2018

Sarah Haug et les elixirs du plaisir

Haug.jpgSarah Haug, "Rabbit Rabbit Rabbit", Galerie Quark, Genève, exposition du 14 septembre au 20 octobre 2018,

Les lapins permettent à Sarah Haug d’approcher au plus près l’intime de manière enjouée et ludique. Tout devient foisonnant dans ce qui se nomme l’existence sous toutes ses formes. L’éclat coloré du vivant ignore l’angoisse. L’artiste en dégomme la stature pour laisser place au plaisir. Le sexuel est là mais en impossible miroir même si théoriquement les lapins sont « chauds »…

Haug 2.jpgReste l’agitation tumultueuse du quotidien et du dessin. L’artiste l’apprête, l’habille de gribouillis de jouissance, des pamoisons des pigments acidulés. Jamais de pathos. En lieu et place la fête, la bamboche et la légèreté. La nuit des bouges tend vers le jour des aubes à tout coup et à chaque partie de poker.

Haug 3.jpgLa sensualité frissonne. C’est un carpe diem, une danse. S’y goûte les prunes de Cythère et l’eau de vie du même fruit. Face au concret l’art devient carnavalesque. Aux cavaliers de l’Apocalypse font place les lapins garnements que Disney n’avait pas pensé à inventer. Sarah Haug s’en charge. Certains connaissent l’acupuncture avec les flèches de Cupidon, d’autres oublient en des madrigaux aléatoires en puisant dans la nappe phréatique des alcools la puissance de leurs inconséquences notoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/08/2018

Zaric l’enchanteur nuancé

Zaric.jpgZaric, Espace Arlaud, Lausanne, du 7 septembre au 11 novembre 2018.

Zaric est un sculpteur majeur. Il poursuit une suite de « rituels de transfiguration » en passant par le modelage de la glaise (tirée de la glaisière de Pantin que Rodin et Brancusi utilisèrent avant lui) puis le moulage afin que le ciment ou le béton épouse « la mémoire en creux », la métamorphose avant que le sculpteur devenu chaman extirpe ses chrysalides de leur cocon. Demeurent souvent dans le montage de ses pièces ce qu’il nomme des « scarifications ». Elles peuvent être prises pour des accidents mais demeurent lourdes de sens. Elles permettent de faire le jeu d’un espace ou plutôt d’un volume où les divisions animal/homme, zoomorphisme/anthropomorphisme deviennent floues.

Zaric 2.jpgDe telles oeuvres font réfléchir sur la notion même de « nature ». L’art n’est plus là pour nous faire passer du fantasme à son reflet imité. Il est l’autre que nous ne pouvons oublier : l’autre semblable et frère qui prend figure de bêtes, où jouent dans un humour terrible les compulsions de vie et de mort. L'art devient avant tout un acte de puissance mais surtout de jouissance au sein même d’éléments qui créent une nouvelle mythologie. L’artiste y rapproche l’esthétique antique du monde d’aujourd’hui le tout avec un mélange d’ironie et d’enchantement.

Zaric 3.jpgPlus question de trouver le moindre confort. Ce qui jaillit des œuvres semble provenir directement de la matière et non du discours événementiel qu’elles “ illustreraient ”. Rien d’anecdotique en effet chez l’artiste : émerge une horreur mélancolique mais aussi une drôlerie en ce que la sculpture possède soudain d'avènementiel en une forme d’entente tacite avec la vie. Zaric en souligne la violence, la vanité, la perte et un certain espoir. Nous y sommes non invités mais jetés comme s’il fallait préférer la douleur du crépuscule à la splendeur du jour.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/08/2018

Eva Szombat la première des femmes

Szombat  3.jpg

 

 

Eva Szombat ne retient du réel que le sens de la vie quelque en soit la nature mais sous le seul sens de l’alacrité. Se moquant des beautés et des pauses classiques la photographe met la vie en rose là même ou des plis existent. Pas question de voir dedans : en jouir suffit sans se soucier d’éventuelles failles. Et si elles rodent c’est peut-être là que niche un bonheur.

 

 

 

Szombat.jpgRemède contre la tristesse, tout ici est musique. Les instruments pour la jouer ne sont pas obligatoires. Sauter sur un lit, le clapotis d’un corps replet, un toutou qui se demande ce qu’il fait là suffisent pour qu’émergent des essieux de temps non des crissements mais des sérénades.

Szombat 2.jpgDans leurs fragrances sans chichis de telles photographies se dégustent. Elles donnent le pouvoir de rêver du (bon) temps. Qu’importe les contextes de certains errements. Soudain les démons s’assoupissent. Nulle question de demander pardon : le péché n’existe plus, n’existe pas. Le corps sort des étouffements, exulte, tel qu’il est


Jean-Paul Gavard-Perret

Pour voir les œuvres : cite de l’artiste et à paraître catalogue « Thirty Three » (sur la photographie hongroise), Hatje Cantz, Berlin.