gruyeresuisse

13/10/2016

Le bal des officiantes - Louise Hervé et Chloé Maillet

 

Hervé Maillet 2.jpgLouise Hervé & Chloé Maillet, « Attraction étrange », JRP|Ringier, Zurich, Le Printemps de Septembre, Toulouse

 

 

 

 

 

 

 

Hervé Maillet.jpgLouise Hervé et Chloé Maillet se sont réunis sous l’égide de leur I.I.I.I (« International Institute for Important Items »). Elles ne cessent de construire des œuvres complexes, drôles et profondes, savantes et dégingandées à travers leurs performances et divers médiums. Leur travail se charpente sur des savoirs : anthropologie, histoire de l’art, cinéma, S.F., roman gothique, archéologie, etc.. Mais leur érudition est toujours détournée d’une manière ou d’un autre. Par exemple lors de leurs conférences performées, les deux femmes savantes aux tailleurs austères semblent des spéculatrices (intellectuelles) de haut vol. Ce qui n’est pas faux et entraînent une sidération que la coruscante Fabienne Radi décrit ainsi à propos de leur show de Toulouse : « accompagnant leur discours d’une série de gestes à la fois démonstratifs, élégants et assez ridicules - un peu comme l’assistante d’un magicien quand elle exhibe ses accessoires -, on a deviné qu’elles se lançaient dans un numéro télescopant Andrea Fraser et Valérie Lemercier ».

Hervé Maillet 3.jpgAux figures cognitives de haut patinage (double axel, loopings, etc.) de la première répondent les billevesées burlesques des interventions de la seconde. Le tout à l’ombre d’un chœur de chanteurs « à l’enthousiasme délicatement niais, dodelinant de la tête et écarquillant les yeux comme des ménestrels de télévision » (Radi) et pour un voyage culturel dans le musée sous l’aura des deux guides de haut montage. Sortant du pur spectacle, les drôlesses multiplient leurs « pulp » fictions - dont un roman-feuilleton inspiré de la littérature du XIXe siècle publié en 2012 dans un journal régional. Elles développent les prismes littéraires et plastiques par des procédés narratifs à plusieurs niveaux. L’œuvre échappe au morcellement sinistre des instants où le présent n’est qu’un point insignifiant entre le poids d’un passé nécrosé et la vanité d’un avenir douteux. Chaque moment de ce travail crée un monde poétique où les reprises portent secours au futur. Louise Hervé et Chloé Maillet transforment la vision en destin : s’y traversent des frontières. Il s’agit de vivre d’amour et d’eau fraîche, d’air et de lumière entre le dehors et le dedans de l’art qui chez elles ne font plus qu’un.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/09/2016

En revenant de l'expo : Ben à Maillol

 

Ben.png« Tout est art ? Ben au musée Maillol », du 14septembre 2016 au 15 janvier 2017.

 

 

 

Ben 2.pngBen a trouvé au Musée Maillol un lieu idéal même s’il a été privé du lot d’assiettes qu’il voulait laisser à la disposition des visiteurs afin qu’il puisse pratiquer de mini-performances à leur main. Si bien que l’exposition ne  contient « peut être pas le Ben libre que j’aurais voulu être » dit l’artiste. Mais qu’importe son « ego » trouve de quoi se repaître et l’artiste peut tenir son débat sur l’art et le pouvoir, l’argent et la gloire. Qu’importe si « les gens ne m’écoutent pas, ils veulent le pitre ». Mais celui-ci continue à faire bouger les lignes et les médias lui font écho : d’Europe 1 à France-Culture (que l’artiste n’hésite pas à fustiger sur l’antenne qui l’invite).

Ben 3.pngLe Franco-suisse prouve que tout reste possible à qui le veut et qu’importe si « trop de Ben tue Ben ». Preuve que Fluxus garde la vie dure. Dans l’exposition, Sixtine ressemble à la fée magique de Cendrillon. Elle tient à la main une baguette magique noire et un carrosse noir peut arriver pour emmener Ben où il doit aller. Et ce avant qu’il ne devienne un empereur ou le moine Citrouille qui s’angoisse toujours. Ben est là sous toutes ses formes : érotomane, ethnique, etc.. Et qu’importe si « personne ne mérite la gloire même pas Jésus ». Elle fait plaisir à l’artiste. Pour autant il n’en fait pas une choucroute. Il en profite pour se faire au passage non seulement « théoricien de l’égo, hâbleur, poète raté, chanteur de blues et pute » mais critique d’art. Pas n’importe lequel : « extra lucide » dit-il. Et il ne se trompe pas et montre qu’il a envie de vérité et rappelle qu’il s’agit toujours de trouver du nouveau. Suivons donc son conseil « Passez voir l’expo ».

Jean-Paul Gavard-Perret

16/09/2016

Cathy Cat-Rastler : Ce à quoi les femmes aspirent…

 

Cat Rastler.jpgCathy Cat-Rastler (plasticienne et psychanalyste) a fait une fixette sur son aspirateur. Cette passion (peu coupable) lui a fait remarquer que les femmes de son entourage n’avaient jamais le même aspirateur... Quoique fabriqués en série tout se passe comme si chaque femme se débrouillait pour posséder un objet unique à l’image même de leur mari. Elles partagent d’ailleurs avec les deux une relation aussi intime ou l’amour jouxte la haine.

Cat Rastler2.jpgPour les scénariser Cathy Cat-Rastler a créé une série d’images et une bande-son où les inspirées avouent ce que leur partenaire provoque chez elles. Pour certaines l’aspirateur est l’impérial, pour d’autres ce n’est qu’un fantassin dont l’emploi est délégué à un autre Rex imperator : le mari. On ne sait s’il s’en trouve fort marri. CatRastler 3.jpgL’objet est donc sinon une machine célibataire du moins un objet de jouissance plus ou moins délétère, fusionnel ou guerrier : « Pas question d’être brutalisée par lui, alors je le brutalise, je lui rends la pareille » dit l’une d’elle. Il se peut que jaillisse ici ce que Maël Guesdon nomme « l’identification sexuelle inconsciente ». A chaque utilisatrice et utilisateur de se poser la question.

Jean-Paul Gavard-Perret