gruyeresuisse

06/09/2019

Inez & Vinoodh : falballas, comédie et dépouillement

Ines bon.jpgSous un certain baroque ludique le duo d’artistes néerlandais, Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin (connu sous le nom Inez & Vinoodh) cherche l'extrême simplicité sous la sophistication. De même que la volonté presque enfantine de casser les codes et de les confondre. Avec ce duo l’oeil devient veuf de ce qu’il espère mais de cette désillusion, naît autre chose qui nous interroge ou rien du tout sinon le déphasage amusé.

Ines 3.jpgLes deux artistes restent sur le fil du rasoir et ne sont pas loin d’une certaine plénitude dans le domaine de l’expression. Galopant sur la croupe de la fantaisie ils créent des images déterminées par celles ceux qui se trouvent devant leurs appareils. En perpétuelle transformation leurs images cherchent "une tension entre le beau et le grotesque, le spirituel et le mondain, la haute couture et la mode basse" (Vinoodh). Elégance et réalisme, fashion et monstruosité proposent une esthétisation particulière dont des grandes marques ou des stars profitent (Christian Dior, Yves Saint Laurent, Chanel, Kate Moss, Lady Gaga, Rihanna, Paul McCartney entre autres).

Ines 2.jpgMais leurs travaux dépassent largement la mode. Ils sont présents dans les galeries et musées importants du monde : Stedelijk d'Amsterdam, Whitney à New York,  Fotografiska à Stockholm, etc.. Les  deux créateurs projettent des visions d'universalité ancrées dans un territoire parfois ouvert, parfois fermé. Elles marquent une obsession, une hantise de la lumière et de ses effets sur la matière en des configurations narratives particulière aussi drôles qu'étranges.

Jean-Paul Gavard-Perret

Inez & Vinoodh, "I See You in Everything", galerie Ravestijn, Amstrerdam, du 7 septembre au 19 octobre 2019.

25/08/2019

Jean-Michel Esperet : l'enfer c'est les geeks

Esperet.pngJean-Michel Esperet, "Diabolus in futuro - Elégie", Edilivre, Saint Denis, 128 p., 12,50 E., 2019.

C'est au futur comme au furtif "mastodonte" que Jean-Michel Esperet nous guide. Et ce de l'imagerie médiévale de la "queue du diable" jusqu'à celle de celui qui en tire sinon la nôtre du moins notre esprit. A mesure de  croire rejoindre Dieu nous n'attirons que le Diable. Et qu'importe les croyances. Il est plus fort qu'elles puisque tout geek en devient l'otage et vit au dépend de celui qui le traque.

Esperet 2.pngLes nouveaux êtres connectés ou numérisés sont devenus des victimes volontaires et ignorantes. Leur "avènement vaguement prométhéen" n'est qu'une farce. Face à nos écrans nous déjeunons en l'honneur d'un nouveau déluge. Les mises à jour de nos machines ne sont que des mises en demeure non seulement du peu que nous sommes mais de qui nous devenons.

Esperet 3.pngLe Genevois pour autant ne dramatise pas. Il souligne le dépit dont nous n'avons même pas conscience en ce monde finissant sous ses leurres d'ouverture. Sous couvert de prétendues sécurisations nous sommes assiégés de partout. Nous nous prenons pour des papes de l'information assis sur les saints sièges pour pianoter devant nos machines célibataires. Elles ne le seront jamais autant que nous.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/08/2019

La vie en rose selon Nici Jost

Jost.jpg"Nici Jost | To be continued….", Balzer Projects, Bâle, du 18 juillet au 24 août 2019. et "Instinctive Desire", Volume 8 de la serie Primeur, Editions Fink.

Jost 2.pngInstallée à Zurich et Bâle, la canadienne Nici Jost est une praticienne de la photographie conceptuelle. "To be continued..."  présente ses photos et le livre "Instinctive Desire" qui fait le point sur son parcours et  dont un essai analyse le rôle du rose dans son oeuvre.  Par cette couleur la plasticienne explore les tensions entre la technologie et la nature, l'espace et la perception et ce non sans humour dans ses transfiguration. Ce travail multimédia est induit par les construction sociales dans lesquelles chaque individu est imbriqué.

 

Jost 4.jpgQuand le "rose est mis " il devient le référent de son travail. Nici Jost en explore la puissance psychologique, sociale au sein de l'art, de la poésie et de la littérature. Pour elle cette couleur polarise beaucoup plus que toutes les autres du spectre optique par les imbrications sociopolitiques, genrées et symboliques qu'elle suggère.

 

 

Jost 3.pngLes photos conceptuelles de la créatrice superposent différents éléments pour attirer l’attention sur le processus même de création photographique et offrir un «commentaire optique» ludique sur la vérité et l’illusion. Les expérimentations interrogent le médium et rejettent l’illusion de réalisme au moyen des parodies critiques que le rose produit et qu'il entretient dans son rapport au monde en tant que chambre dans l'énigme de l'obsession comme de l'écart.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret