gruyeresuisse

08/04/2019

Flynn Maria Bergmann : tropismes intempestifs

Bergmann.jpgFlynn Maria Bergmann, "Flynnzine #1", art&fiction, Lausanne, 64 p., 25 CHF.

 

Dans ce nouvel opus au format XL Flynn Maria Bergmann propose un grand déversoire ou ce qu'il appel "un gros bordel dégoulinant" là où tout se mêle : dans la partie "blah-blah-blah" mots hors de leurs gonds, dans la partie "splash" "des dessins et collages d'objets sortis  de leur utilisation pratique. Le tout "en anglais please, because fuck Donald Trump et les zombies de la Silicon Valley of Death". Même si l'artiste et auteur ne fait rien à motié il ne se soucie pas de la lecture éventuelle de son livre  : au pire celui-ci pourra servir de manière plus brutale car "on a tous besoin, un jour ou l’autre, de papier journal pour allumer un feu."

Bergmann 2.pngCe qui serait néanmoins dommage. Existent là des béances sémillantes, des constellations sauvages au sein d’une dérive tropicale que Bergmann organise afin de sortir des gammes immuables de la représentation pour retrouver une insécurité fondamentale. Qui dit que le monde est déjà découvert ? Certainement pas l'auteur. Dans sa randonnée, des chemins déambulent en vertiges. S'y parcourent des paysages qui deviennent la géographie d’une histoire de prises où il convient de se perdre lorsque les arbres s’approchent les uns des autres. Images et mots se cotoient comme des grands singes ou des bêtes curieuses. Et cela prend l'aspect d'une farce corrosive.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/04/2019

Miles Aldrige : mènagères de moins de 50 ans

Aldrige.pngLes scénographies glacées et ironiques du photographe anglais Miles Aldrige immobilise la femme au sein d’une quotidien ou de l’exceptionnel sans la moindre sollicitude et sans agressivité. Il y a là une série de sur et sous voltage, dans laquelle en dépit des apparences la femme n'a rien d'une oie blanche.

 

Aldrige 2.pngElle vaque au sein d'attente vague. Son corps sexy apparaît dans une incarnation aussi proche que distanciée, sévère que drôle. Celles qui n’ont pas de nom se montrent sans se donner. Le tout dans une certaine indifférence. La femme ne semble plus à l’intérieur d’elle-même. Se devine la lumière-nuit d'une sexualité  sans doute frustrée. Seuls les yeux s’écarquillent. Reste une étendue continentale structurée en véritables scènes. Quelqu’un parle en elle - non à sa place, ni dedans, ni dehors, ni même en travers - mais entre elle et elle en un vide existentiel.

 Aldrige 3.png

Miles Aldrige s’invite, se place devant la femme. Elle l’accepte, prend vaguement acte de sa présence. En joue peut-être. Et son photographe saisit ce qui «normalement» ne peut être ni vu, ni pensé d'un astre d’inquiétude. La femme n’est plus l’être animée qui ose parler. Mais sa vision illusoire porte ailleurs que dans le mensonge. La mise en scène compte. Elle abrite celle qui se terre. Un silence résonne en une théâtralisation particulière. Pour l’image la plus nue. Et non l’image de la nudité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Miles Aldridge, "Screenprints, Polaroids and Drawings, Christophe Guye Galerie.

02/04/2019

Vianney Le Caer : bouillons de culturisme

 

 

Le Caer 2.jpgVianney Le Caer donne de Beyrouth une vision décomplexée et fléchée, pleine de liberté et d'humour. Le corps mâle y est mis en exergue dans tout un jeu de poses et de couleurs. Il interroge aussi sur la place qui demeure encore disponible à l'imaginaire.

 

Le Caer.jpgLa photographie est donc un départ ou un retour aux choses du quotidien léger afin d'aboucher  volontairement en  un certain décor de plage où la liberté et l'énergie se libère. Les photographies deviennent la matière même et l’éclat d’un secret qui ose se montrer avec ostentation.

 

Le Caer 3.jpgElles ne protègent plus de tout changement, de tout accès. Par leur effet-spectacle - dans le cercle clos de l’intime comme dans celui plus large du paysage - une forme ordinaire de pseudo-préservation des tabous est exclue. L’artiste provoque une rencontre décalée. Il s'agit d'oser un écart  qui échappe à la vision donnée d'un pays rarement vu sous un tel "angle" au moment où Le Caer donne corps - en le montrant - aux liens qui permettent de s'interroger sur le pouvoir de l'image.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Vianney Le Caer, "Les Bronzeurs"