gruyeresuisse

24/05/2019

Je ne vois que toit (XXIV)

Bergère.jpgL'amour est dans le pré

Existant dans l'improférable je l'énonce pourtant de toute mon intériorité. Elle s'écrase comme mon doigt sur les touches du clavier. Saccage de l'indicible d'où viendrait le mot amour. L'ouverture de mes bras préfigure une présence plantée là où pas un poisson ne brasse l'eau, pas un oiseau de proie ne mouline l'aire. Non rien. L'autre s'écarte à force et m'observe avec effaremment.

Je suis là planté au milieu du langage. Comprenez : je m'efface, poursuivant mon travail de berger poussant le cul des vaches qui renoncent à avancer. Un borborygme est ce qu'il y a de mieux car cela evite d'entrer dans les détails. Sur la route mouillée parfois je pile des coquilles d'escargots. C'est mon saccage de l'indicible sans que s'agrège à moi une émotion sourdement injectée. Je ne leur veux pas de mal, ça se fait machinalement.

Puis je recolle au troupeau et agite ma trique regardant au passage si les pommiers accoucheront de leurs fuits. Ils s'attachent à mes os comme à mes manques. Parfois j'étire ma peau pour savoir si elle adhère encore à mon squelette. Une oreillette me souffle en boucle les souvenirs d'une vie en parallèle dont j'ignore tout.

Arrivé au pâturage je n'en dirai rien à la bergère qui conduit le troupeau. Une nouvelle fois elle va sortir son chapelet pour l'égrainer. "Prie avec moi" dit-elle. J'opine à la seule condition qu'elle me montre ses affaires. Sans parler elle le fait, je mate les douces éclisses de son bas-ventre. Commencent les Ave et les Pater Noster. Après l'ouverture des parenthèse de ses cuisses : le vouvoiement de la prière

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret

07:57 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

23/05/2019

Je ne vois que toit (XXIII)

Flanagan.jpgLe Jeanre

Se sait ridicule en se tortillant sur du disco mais n'arrive pas à renoncer aux tournées nocturnes. Ayant traversé le lac Léman, il accompagne parfois une veuve en cheveux bleu iris jusqu’aux machines à sous du Casino d'Evian avant de l'inviter à l’hôtel en prenant soin d’avaler une pilule de la même couleur.

A-t-il aimé ? Aura-t-il aimé ? Se le demande même pas. Il dit parfois avoir vécu un roman de garce, une chanson à l'eau de rosse, un film aux illusions déchues. Le voici revenu au temps où il interrogeait chaque mot pour comprendre leur parlêtre. Bref leur qui, leur quoi, tout ce qui ne va pas de soi quoique que l'on puisse en dire.

Il plonge dans l’indétermination, espère un temps sans sujet - ou celui qui n'est pas le bon - afin de renoncer à toute souveraineté. Il ne cesse de se reconnaître dans l'île d'Elle. Ce pronom n’autorise plus rien de personnel : il pleut, il neige, il y a. Il est rassurant de comprendre qu'une telle indéfinition le restera longtemps.

 

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

Sculpture de Flanagan.

 

09:49 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

22/05/2019

Je ne vois que toit (XXII)

Lacan.jpgLe partage de mi-dit

La femme n'est pas universelle, n'est pas tout. L'homme quant à lui est pataud et pathos. Si fier de son phallus il confond jouissance et satisfaction. L'une à un objet, un machin, bref un truc. Mais l'autre pas. Du moins si l'on en croit Machin, enfin Truc.

Il rappela à juste titre que la jouissance et le mal sont liés même chez l'être humain dit normal. C'est d'ailleurs le chemin le plus simple à l'économie libidinale dont l'encore du corps est prêt à se fendre de demande en mariage pour jouir en pater familias ou en boucher de l'angoisse. Elle s'avère le savoir qui en saigne.

Sous le voile de l'amour la jouissance restera donc étrangère pour l'un et le d'eux. En conséquence chacun porte en lui une Angèle de Foligno. Devenue fille de dieu, cette fausse mère eut un côté homme : le phallus divin devint son enfant au nom d'une règle de l'éthernité. Celle-ci s'explique par une maniaquerie d'usage et rappelle que le désir n'a pas d'objet sinon sa plainte. Sauf - et c'est son exception - lorsqu'elle aboutit à la jouissance onanisme que Machin enfin Truc nomme celle de "l'idiot".

 

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret

20:12 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (1)