gruyeresuisse

15/09/2017

Steve Hiett : voyeurs sous influence

Hiett 3.jpgL’artiste de mode Steve Hiett crée parallèlement à ses commandes des travaux personnels au Polaroid. Ils sont les prémices aux scènes qu’il imagine pour ses images « officielles ». Sous formes d’assemblages se créent des compositions narratives drôles et insolites. Le glamour devient plus ludique là où les flashs éblouissants saturent de lumière des clichés aux cadres plus ou moins excentrés.

Hiett.jpgLe collage et la juxtaposition de tels travaux préparatoires sont des œuvres en elles-mêmes: le dynamisme et la spontanéité donnent existence à des séquences décalées. Fasciné par ses modèles hyper-sexy le photographe semble les saisir en des situations presque volées. Mais tout est scénarisé et l’escouade des égéries jouent de l’inquiétude, de la surprise comme de l’érotisme. Si bien que le plaisir visuel prend divers détours ou pistes.

Hiett 2.jpgLe photographe feint des approches intimistes parallèles à ses images sur papier glacé. Mais en ces préliminaires l’énergie se bande. La symphonie des couleurs et des formes créent une rythmique érotique faite de jeux de textiles, de maquillages d’objets et de situation selon des pré-requis. Sans le photographe le voyeur en serait exclu. Et ce serait dommage de perdre les prolégomènes à de tels récits.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Steve Hiett, « Polaroids », Galerie Madé, Paris14 septembre au 20 octobre 2017. Photographies sur Yellow Corner (Suisse)

08/09/2017

Patrick Morier-Genoud : libre, lubrique et braque.

Morier-Genoud.jpgPatrick Morier-Genoud, "Culs par-dessus têtes", gravures de Erik K, Editions Humus, Lausanne, 2017. Les gravures, le livre ainsi que des dessins de Léa Lund (troisième membre du trio infernal) sont exposés à la galerie Humus jusqu’au 7 octobre 2017.


Les huit nouvelles de Patrick Morier-Genoud mettent en scène des personnages soumis à une sexualité qui les laisse pantois mais qui les révèle à eux-mêmes tout autant. Il est vrai que l’auteur libertaire connaît son sujet et se bat contre les stéréotypes consuméristes, moraux et religieux.

Morier bon.jpgChez lui les désirs ne font pas que basculer sur les lits ou ailleurs celles et ceux qui s’y adonnent. Tout est bon ; ici, dans le cochon humain. Et pas uniquement pour les charcutières. Il n’est pas jusqu’aux pères de présenter à leur fille une Ibère pulpeuse et que rien n’altère (quoique la belle de cas d’X fusse la secrétaire de sa section du parti socialiste). Elle peut réserver des surprises qu’on nommera du chef plus que d’une cheftaine. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Tout cela ne manque pas de sel. L’auteur le répand. Et jamais par le dos de la cuillère.

L’Arc du sexe devient un arbre de vie dès que s’évoque la divinité croupière qui permet, entre terre et ciel, de jouir du plain-chant des abîmes près du buisson ardent. Il se caresse au crépuscule. Mais pas seulement. Comme se caressent tout autant des poches bosselées d'un contenu énigmatique et des grigris glanés à fleur de sable là où l'eau ne peut pas être plus claire à portée de main nue.

Morier 2.jpgPour l’auteur et son comparse énigmatique cas du K seuls comptent le plaisir son audace. Ils font naître et mots et camées. Et qu’importe les voyeurs : rien ne peut leur arriver entre les pages de ses nouvelles sinon un gémissement de joie avant qu’il ne reprenne conscience et le cours de ses occupations. Morier-Genoud aura eu le temps de créer l’interstice, le passage, la jetée. Bref des zébrures d'anges noires et sexuées sous les arches grises du temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

07/09/2017

MG et les belles carrosseries

MG.jpgDans un esprit post pop’art poétique parfois sulfureux, parfois intimiste, MG (nom d'artiste de Michel Gagnol) crée des montages où l’ironie et l’érotisme animent un jeu acidulé. Sexy et plein d’astuces, les Vénus sont parfaitement carrossées sous forme d’icones récréatives en d’innombrables poses et variations. L’artiste les combine par un dispositif complexe de construction de l’image et un espace subjectif qui représentent une sorte de mises en abîme de l’époque et de ses signes.

MG 2.jpgLes plans s’enchaînent en des montages homogènes et flottants. Surgissent des vanités postmodernes où se lit peut-être la nostalgie du temps qui passe. La femme déborde d’un seul cadre tant elle a besoin d’espace. D’où les compositions multiples. Les parties du corps se télescopent de manière dynamique et enjouée en des ensembles sans cesse recombinés. Si toute forme de réalisme psychologique ou de représentation trop intimiste est évacuée, les images n’en demeurent pas moins profondément liées à la subjectivité. Elles renvoient à la problématique du cadrage des séductrices. Dans un travail pictural du désir et de l’humour, la libido du voyeur qui érige l'attente en dogme en prend pour son grade.

Jean-Paul Gavard-Perret

MG, "Toujours l’été", Galerie Bertrand Gillig, du 7 au 10 septembre 2917.