gruyeresuisse

21/01/2018

Nadine Agostini wonder woman

Agostini 2.jpgNadine Agostini écrit non seulement pour son fan anglo-saxon, sa copine qui se prend pour Amélie Poulain, un insulteur annuel, un prétendant qui espère enflammer ses ardeurs mais pour qui aiment la littérature qui ne fait pas la gueule et préfèrent la fête foraine aux messes fussent-elles chantées. Tenant le manche de ses propos pour épousseter les visions compassées, la vestale pose à elle-même les questions auxquelles elle ne répond pas. Notons au hasard : va-t-elle changer de voitures dans les six mois ? Que pense-t-elle des emballages des yaourts ? Utilise-t-elle du déodorant en spray ou en stick ? Certains diront qu’il ne s’agit pas de questions existentielles et Nadine Agostini ne les détrompe pas.

Agostni.pngAux duos des normes et des nonnes, l’air de rien plutôt que celui d’Hölderlin, elle aligne ses textes, attentive à ce qui n’a pas d’importance et qui en conséquence compte plus que tout. C’est du Louis-René Desforêts après un incendie de pinèdes. Et qu’importe si Ulysse n’est plus ici : la poétesse ne joue pas les abandonnées et n'est jamais une Phèdre à sa proie arrachée : quand elle la froid elle le dit. Mieux : elle cherche quelqu’un de sa taille pour lui tenir la sienne. N’est-ce pas là un bel objectif à la littérature ? Avant que son gredin arrive, suivant les jours, elle joue les Madame Propre. Avec le Monsieur du même nom elle détartre l’évier en inox, rit quand Julien Blaine lui en donne l’occase avant que samère (conscrite - comme on disait jadis - du poète) lui apporte des légumes tout en maugréant un phrase du type : « Tu fumes trop ma chérie ».

Jean-Paul Gavard-Perret.

Nadine Agostini, « La cerise sur le gâteau », Gros Textes, Fontfourane, 2018, 76 p., 10 E..

15/01/2018

Mélusine et son compère : Ella & Pitr

Ella et Pitr.jpgElla & Pitr créent une œuvre poétique complexe, techniquement détaillée, ou composée de traits simples, bruts. Ils scénarisent souvent leur famille, leurs amis sont souvent représentés mais il existe aussi d’autres présences issues de leurs souvenirs ou de leur imagination débordante ou de celle de leurs enfants.

Entre complexité et naïveté se dévoilent des situations intimes dans lesquelles chacun peut se retrouver entre tendresse ou exclusion dans un mélange de réalisme et de magie. Il donne à l’œuvre un caractère fascinant mais difficilement « identifiable ». Les compositions jouent toujours sur les équilibres et les déséquilibres.

Ella et Pitr 2.jpgL’enchantement est là mais pour rappeler son aspect toujours provisoire. Le naturalisme est mis à l’écart même si apparemment le réel est bien représenté. Son espace est dé-spatialisé afin d'accéder au statut d'expérience. Les lieux et les images acquièrent la troublante souveraineté ou l'efficacité d'un lieu de mémoire. L'histoire de l'œuvre est donc l'histoire d'une accession au monde par l'intermédiaire de son décalage. Le mythe shakespearien s'y cache au besoin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ella & Pitr, « Comme des fourmis », La Galerie Le Feuvre, du 20 janvier au 17 février 2018. Monographie aux Éditions Alternatives (Gallimard), 248 pages, 35 E.

13/01/2018

Michael Hilsman s'amuse

Hisman bon 2.jpgMichael Hilsman, "New Pictures", Galerie Sébastien Bertrand, Genève, à partir du 23 janvier 2018.

Tout en préservant ses invariants symboliques (formes phalliques et rotondités) Michael Hilsman fonce désormais vers une figuration de plus en plus marquée. Mais la théocratie de cette dernière est revisitée par une vision surréaliste.

L'artiste semble s'amuser en revisitant les souverains poncifs entre autres du portrait et de la nature morte. Les vieux genres se mettent à prospérer de manière drôle et paroxystique. Le portrait par exemple est partiellement et volontairement "raté" par confusion des plans au moment où la nature morte semble redevenir vivante : le poisson n'y est plus noyé.

Hisman bon 3.jpgMichael Hilsman ramène la peinture à un bouillon de culture. Elle crée autant du connu que de l'inconnu afin d'inventer de nouveaux rapports par tout un jeu ironique de manipulation des limites sans le moindre retour au dogmatisme de la représentation et de ses règles. L'artiste a compris que la déconstruction n'avait plus rien à déconstruire. Il convient de passer à quelque chose de plus sérieux : le jeu.

Jean-Paul Gavard-Perret