gruyeresuisse

16/07/2018

Philippe Sollers : la littérature à l’oreille

Sollers.pngPour Sollers le « centre » est signifié par le génie des créateurs : ils sont souvent médecins - de Rabelais à Freud ou Céline. Mais pas seulement et la société ne les attend pas. D’autant qu’ils disent son hystérie : De Bach à Vélasquez, de Proust à Picasso voire Houellebecq. Et l’auteur de se moquer de tous les « post-» (modernes entre autres) et ses postiches. Mais à l’inverse de Houllebecq, l’auteur de « Femmes » s’élève contre la soumission et le nihilisme.

 

Sollers 2.pngCelui qui sera un jour - comme nous tous - « le dessert du néant », reste plus vivant que jamais. Romanesque et rétif aux hypocrisies sordides l’auteur produit une littérature délectable dans laquelle l’amour reste aussi fort que la mort. C’est là son romantisme mais ce dernier reste ici lucide et violent. Et sa « guerre du goût » au titre très XVIIIème ramène toujours à l’essentiel. Pour lui en effet, « la moindre faute de goût prouve qu’on a tord ». Nietzsche le savait : avoir raison c’est avoir du goût. Et la raison reste toujours en deçà. « Centre » est là pour le rappeler.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Sollers, « Centre », Editions Gallimard, Paris, 2018.

15/07/2018

Le surimpressionnisme de Stéphanie Vereecken

Vereecken 6.jpgStéphanie Vereecken feint de s’amuser et de nous divertirr à travers ses cérémonies et célébrations. La prêtresse est-elle décadente ou libertine ? Presque. Mais le presque est important car cela limiterait outrageusement son travail. Dire que tout y paraît classique serait abuser pareillement. Car il n’est pas jusqu’aux femmes les plus sérieuses à posséder des « yeux de reptilo-nymphettes ». Si bien que l’objectif de tels conclaves n’est pas d’élire une papesse athée ou un pape hipster mais de trouver des zigs et des tags au sein des surfaces qui perdent ici leur impeccabilité foncière.

Vereecken 2.jpgLa créatrice ne se contente pas de raconter des histoires. Elle les scénarise dans des décors où le bric et le broc n’ont rien de rococo ou de rikiki. Tout est « barocco ». Mais pour s'envoyer en l’air pas besoin d’ascenseurs. Des robes volettent, des bustes s’affichent mais sans pour autant annoncer la fête des sens. La plasticienne introduit tout ce qui décale le monde et ses images. Les pamoisons sont superfétatoires et hors de saisons. Le monde est ludique mais non sans gravité. Et on imagine que Lautréamont y aurait trouvé de quoi continuer ses chants de Maldoror s’il n’avait pas eu l’incongruité de mourir avant un âge raisonnable.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/07/2018

Jo Ann Callis ou le cynisme photographique

Callis.jpgJo Ann Callis s’amuse avec les images pour proposer ses fictions et ses complots pour surplomber des abîmes.. Elle revisite entre autres la saisie de la nudité en relevant deux « erreurs » majeures de l’art : considérer l’image comme une peau et en tant que culture idéale de la visibilité. Son décodage - dans la lignée de Bellmer et Molinier - voile et dévoile l’illusion et restituer le jeu des forces élémentaires de l’image au-delà même du vraisemblable parfois à travers des Betty Boop des années 50.

 

Callis bon.jpgIl ne s’agit pas de créer une irréalité monumentale mais d’inventer un étrange espace cynique ici même, ici bas en éliminant le révolu qui encombre le présent. Le corps vit par exemple en se renversant enflée d’un souffle de recomposition là où la décomposition de la représentation nourrit l’essence du spectacle ou plutôt de sa transgression ironique. L'œuvre reste en ce sens un seul immense poème optique où en des parades la réalité se dissout.

Callis 2.jpgDécouvrant progressivement la puissance de l’image à 33 ans, la créatrice désormais septuagénaire trouve à travers elle d’autres manières de répondre à son utopie première, générique et à une angoisse du même type. Elle refuse de s’abandonner au vide toujours présent et au chaos même si pour Sam Francis «c’est une sorte de perfection. Il n’en est pas d’autre ». Pour Callis il faut à l'inverse un ordre. En débordement. Mais ordre tout de même. . De la sorte l’artiste américaine prolonge le destin de l’image, de la femme, du réel en un sens particulier là où des artifices plus ou moins "exotiques", établissent une poétique agissante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jo Ann Callis, « How they run », Over The Influence Gallery, Los Angeles, du 12 août au 5 septembre 2018.