gruyeresuisse

20/11/2020

Comment j'ai écrit "Joguet Joguette"

Joguet.pngAucune cible ne se touche d'emblée. De dessous les muqueuses l'incessant est en reprise. Il impose un index qui entrouve l'opportunité d'un codex au fil fluctuant (qui ne coupe pas le beurre). Mais il se peut que l'instinct de conservation comporte de tels excès qui finissent pas contaminer.

Tisser et détisser sans cesse un grand tapis que l'eau de bains imbibe sous la mousse des histoires humaines, des amours infinies. Elles combinent l’amusement et le mystère, conduisent à s’interroger sur l’essence de la littérature et sur l’existence d'un motif secret. Celui qui constitue la trame de l'écriture. Elle revient comme un leitmotiv, de texte en texte.

Joguet 2.jpgChaque laïus marie mémoire et fiction. Il ne veut pas conserver ni congeler les souvenirs, mais retrouver les émotions et le regard décillé d’une histoire d'histoires - elles se frôlent sans se voir. Au passé qui n’est fait que d’illusions, l'écriture veut  donner un avenir. C’est un futur antérieur, vivant. C’est un retour frictionnel qui cherche une impossible vérité et crée une histoire qui n’aurait pas dû ou pu exister.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Réponse à une lectrice de ce blog)

"Joguet, Joguette", Z4 éditions, 2020.

10:43 Publié dans Humour, Lettres | Lien permanent | Commentaires (1)

Hélène Becquelin : No future et après

Bacquelin.jpgHélène Becquelin, "1979", Editions Antipodes, Lausanne, 2020, 159 pages, 22€

Graphiste et illustratrice suisse, originaire du Valais, Hélène Becquelin vit et travaille à Lausanne. Après y avoir obtenu son diplôme de graphiste à l'Ecole d'Art, elle a pratiqué son métier plusieurs années dans diverses agences de publicité. Puis elle est devenue graphiste et illustratrice indépendante. Elle a réalisé cartes de vœux, faire-part, dessins de presse, affiches et flyers pour plusieurs musées.  Son blog "BD Angry Mum", lui a permis de se remettre à la bande dessinée.

Becquelin 2.jpgDans "Adieu les enfants" et en 2 tomes elle a évoqué précédemment ses souvenirs d’enfance autour d’anecdotes tirées de sa vie de famille puis dans ses relations avec les copains d’école et du voisinage, les pique-niques en famille, ses vacances, les diverses processions religieuses qui rythmaient l’année dans sa petite ville du Bas-Valais. Le tout avec tendresse et humour dans un style qui chevauche roman graphique et bande dessinée.

 

Becquelin.pngCe nouvel ouvrage lui permet de quitter l'enfance pour évoquer son adolescence. Il devient plus piquant que les deux autres. Nous sommes à la fin des 70'. Hélène Becquelin se dépeint comme une solitaire décalée par rapport à son entourage. Le punk va soudain bouleverser sa vie : c'est le début de voyages qui vont lui "sauver" la vie. Son livre donne une approche féminine, féministe et distanciée des horizons  du milieu rock en Suisse romande de telles années. Lausanne est en effervescence et n'a rien à envier aux autres cités d'Europe. Et ce sous le regard faussement naïf d'une campagnarde qui soudain rejoint la grande ville. Elle y découvre le Sapri Shop, le Centre autonome et une certaine Dolce vita façon "No future" mais qui donne bien des raisons d'espérer. Et si des noeuds s'enmêlent c'est pour mieux rompre l'existant compact.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/10/2020

L'incertitude des corps "glamoureux" : Kourtney Roy

Roy 3.jpgMaîtresse de la photographie contectuelle, celle qui rappelle combien "Certains contextes indiquent si clairement nos intentions que nous n’avons même pas besoin de les exprimer pour être compris", met en jeu des femmes qui profitent de leurs vacances pour rechercher un mari.

Roy.jpgElles mettent a priori tous les atouts de leurs côtés : bronzage, ongles parfaits, tenues (petites mais coordonnées) font d'elles des sauvageonnes aguicheuses. Le tout dans un monde de simulacres. S'entrevoient ici ou là, quelques fragments de réalité : plages, paquebots voire un alligator criant de vérité. Bref ce livre contient ce qui fait la patte ironique de la créatrice et de ses portraits cinématographiques colorés.

 

Roy 2.jpgMais sous le pastiche chic et classieux, une tension demeure là où les frontières entre la réalité et l’imaginaire se perdent. Il ne s’agit pas du monde que nous rêvions de toucher. Car il existe toujours des éléments perturbateurs propres à casser le glamour. Les clichés se renversent. Sous le nacre le déceptif veille. Le romantisme amoureux est remplacé par des laisons illusoires et rapides : elles sont des coupes faim ou des trompes l'ennui. Le toc domine dans une ironisation délicieuse des idées reçues ou des illusions par avance perdues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kourtney Roy, "The Tourist"André Frères éditions, 2020.