gruyeresuisse

21/07/2019

Les mixes de Jeff Whetstone

Whetstone.jpgJeff Whetstone s'intéresse dans "Rituel de Batture", aux filtres et grilles qui près de La Nouvelle Orleans sur les bords du Mississipi retiennent tant que faire se peut "du" sol. Le photographe et vidéaste saisit ce monde éphémère de manière étrange et parfois quasiment comique. Il sollicite non seulement l’attention mais l’imagination du regardeur.

Whetstone 2.jpgLe photographe fige le passager, l'aléatoire. Tout se succède en une suite de «tableaux» sauvés des eaux et d'où surgissent parfois quelques figures du zoo humain. Une succession de figures polymorphes et hybrides ne résolvent en rien la question du motif. La "Batture" souvent balayée et transformée devient une terre cyclique, toujours provisoire, sauvage et alluviale. A côté, des famille pêchent pour se nourrir là où passent d'énormes porte-conteneurs.

Whetstone 3.jpgCe lieu est donc moins une ligne de démarcation qu'une bordure interlope où s'agglutinent toutes sortes d'existences et de présences. L'artiste explore cette zone interstitielle de manière nocturne pour ajouter un mystère au mystère par des lumières obliques où se distinguent au loin des navires et en gros plans un poisson-chat émietté couvert de mouches dont elles deviennent la parure. Au centre de cette série se trouve une vidéo de 24 minutes. Elle évoque la vie au bord du fleuve pendant une journée de manière attentive et là encore imprévue.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/07/2019

Claudine Loquen : princesses en cavalcades

Loquen.jpgEntre sculptures et peintures Claudine Loquen ne cesse de nous porter vers un monde des songes. Le rêve est fait pour dénouer les cauchemars du réel par un vigoureux instinct vital et via le stupre inconscient des préludes aux amours enfantines. 

 

Loquen 2.jpgIl suffit d’accepter de suivre les princesses de l'artiste car (à l'inverse de celles des gogol gothas des cours d'Angleterre ou d'ailleurs) elles mènent bien plus loin et dans des lieux qu'ignorent l'art du temps. La plasticienne poursuit ses vagabondages hors des bourrasques mais en fidélité notoire avec une douceur et une alacrité. Elles emportent afin que le charme et la joie de vivre s'infuse.

Loquen 3.jpgLe désir, la peinture devient une même force qui va. Pour autant Claudine Loquen ne réduit pas le regardeur à l'état de voyeur en jouant sur l'ambiguité des impubères et les fantasmes douteux. « Le ça voir » est tout autre : les Princesses viennent rappeler que l’être a tord de souffrir et que la terre est bien plate loin des replis du songe. Ici - les princes charmants remisés - les fausses dormantes suffisent à réanimer les contes parcheminés : ils remontent, ils respirent. Qu'importent si les loups noirs rêvent de les croquer : leur carotène les rend bêtas. Ils ne peuvent rien face à des féminités plus (im)pertinentes qu'eux.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claudine Loquen, "Peintures et Sculptures", Espace Culturel Franklin Roosevelt, Agon Coutainville, du 13 au 24 juillet 2019.

 

06/07/2019

Jacques Cauda fabuleux fabuliste

Cauda.pngCauda entend les mouches barrir et les éléphants voler. Fort en travaux publics il ne se fait pas d'illusions sur les ingénieurs du génie civil. Ce sont pour lui de véritables têtes de pont. Plutôt que de les fréquenter et avant ques les poules aient des dents, l'artiste - auteur à fable - accompagne celles et ceux qui, l'écrivant, caressent en tout bien tout honneur l'animal dans le sens du poil.

Cauda 3.jpgRespectueux du titre de la revue qui l'invite il soigne partculièrement - et avec éthique - les tics et les insectes. Sans oublier néanmoins chats et chiens et quelques autres avatars : il y a la un gars plein de zèle et une ardente fugueuse aux jambes de gazelle.

 

 

Cauda 2.jpgAu centre d'une telle horde, Cauda devient patriarche. Pour autant il n'a rien d'un sage. Descendant de Cromagnon il possède - comme ses chiens - des crocs mignons et reste prêt à changer les mots en image comme Dieu l'eau en vin. Exit spleen, blues, bourdon. Le cafard d'Alexandrie contemple la bête qui se tapit en nous. Cauda la dessine. Elle croustille.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacques Cauda. Le Cafard Hérétique. Hors série - 3, Lunatique, Vitré, 2019, 140 p., 15 E..