gruyeresuisse

09/04/2019

Cécile Xambeu : en général les histoires d'amour finissent mal.

Xambeu 3.jpgCécile Xambeu, « Angèle n’a pas de sex appeal et craint pour ses ailes », Editions des Sables, Genève, 25 CHF

Créatrice polymorphe et performeuse - au sein de sa compagnie genevoise « C’est quand qu’on va où » qui séduit actellement le canton suisse et ses environs. Le spectacle fait connaître de grands textes fondateurs de la poésie contemporaine  et des musiques majeures (de Ravel aux compositions du percussionniste Lucas Duclaux-Loras) et ce avec une belle santé - Cécile Xambeu est aussi la poétesse enjouée et grave des sentiments universels.

Xambeau 2.pngAu théâtre, son texte "Mater d'Asile" (monté il y a quelques années à Genève) mettait en exergue l'amour filial et les personnes âgées en déshérence. Dans sa vie d'Angèle (largemennt autobiographique?...) elle fait partager ce que nous éprouvons dans nos histoires d'amour. Leur "usage" n'est pas forcément facile, facile (euphémisme). Et parfois l'auteur le rappelle à travers ce qui se passe (ou ne se passe plus) : "M’asseoir un moment pour assécher mes yeux / les sentir insensibles à la beauté des lieux / Cacher ma peine sous les fagots de bois. / Oublier ma déraison, mes émois /Tu n’es pas amoureux /ça me plie en deux." Tout est dit.

Xambeu.jpgNéanmoins pas question de renvoyer l'amour à une fin de non recevoir et qu'importe s'il entraîne parfois ses éclats de voix. Va pour le Pierrot d'amour. "Moi sa peau, elle me console / c’est un peu mon eldorado / je va lui oter sa camisole / Vu que j’aime bien ses défauts /Y me fait craquer, même habillé /je va quand même jeter son costard / voler son coeur, /le pousser dans l’plumard". Cécile sait xava xavaça (comme disait Queneau) pas durer toujours. Mais sans flacon comment trouver l'ivresse ? Il faut préférer qu'il se casse plutôt que de renfermer son propre cœur dans une urne de porphyre. Et qu'importe après tout si certains porcs le font frire.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/04/2019

Flynn Maria Bergmann : tropismes intempestifs

Bergmann.jpgFlynn Maria Bergmann, "Flynnzine #1", art&fiction, Lausanne, 64 p., 25 CHF.

 

Dans ce nouvel opus au format XL Flynn Maria Bergmann propose un grand déversoire ou ce qu'il appel "un gros bordel dégoulinant" là où tout se mêle : dans la partie "blah-blah-blah" mots hors de leurs gonds, dans la partie "splash" "des dessins et collages d'objets sortis  de leur utilisation pratique. Le tout "en anglais please, because fuck Donald Trump et les zombies de la Silicon Valley of Death". Même si l'artiste et auteur ne fait rien à motié il ne se soucie pas de la lecture éventuelle de son livre  : au pire celui-ci pourra servir de manière plus brutale car "on a tous besoin, un jour ou l’autre, de papier journal pour allumer un feu."

Bergmann 2.pngCe qui serait néanmoins dommage. Existent là des béances sémillantes, des constellations sauvages au sein d’une dérive tropicale que Bergmann organise afin de sortir des gammes immuables de la représentation pour retrouver une insécurité fondamentale. Qui dit que le monde est déjà découvert ? Certainement pas l'auteur. Dans sa randonnée, des chemins déambulent en vertiges. S'y parcourent des paysages qui deviennent la géographie d’une histoire de prises où il convient de se perdre lorsque les arbres s’approchent les uns des autres. Images et mots se cotoient comme des grands singes ou des bêtes curieuses. Et cela prend l'aspect d'une farce corrosive.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/04/2019

Miles Aldrige : mènagères de moins de 50 ans

Aldrige.pngLes scénographies glacées et ironiques du photographe anglais Miles Aldrige immobilise la femme au sein d’une quotidien ou de l’exceptionnel sans la moindre sollicitude et sans agressivité. Il y a là une série de sur et sous voltage, dans laquelle en dépit des apparences la femme n'a rien d'une oie blanche.

 

Aldrige 2.pngElle vaque au sein d'attente vague. Son corps sexy apparaît dans une incarnation aussi proche que distanciée, sévère que drôle. Celles qui n’ont pas de nom se montrent sans se donner. Le tout dans une certaine indifférence. La femme ne semble plus à l’intérieur d’elle-même. Se devine la lumière-nuit d'une sexualité  sans doute frustrée. Seuls les yeux s’écarquillent. Reste une étendue continentale structurée en véritables scènes. Quelqu’un parle en elle - non à sa place, ni dedans, ni dehors, ni même en travers - mais entre elle et elle en un vide existentiel.

 Aldrige 3.png

Miles Aldrige s’invite, se place devant la femme. Elle l’accepte, prend vaguement acte de sa présence. En joue peut-être. Et son photographe saisit ce qui «normalement» ne peut être ni vu, ni pensé d'un astre d’inquiétude. La femme n’est plus l’être animée qui ose parler. Mais sa vision illusoire porte ailleurs que dans le mensonge. La mise en scène compte. Elle abrite celle qui se terre. Un silence résonne en une théâtralisation particulière. Pour l’image la plus nue. Et non l’image de la nudité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Miles Aldridge, "Screenprints, Polaroids and Drawings, Christophe Guye Galerie.