gruyeresuisse

28/06/2013

Mario Botta : le plus grand architecte de l'époque

 

«L’homme a conçu des milliers de chaises et continue à en dessiner... et nous nous asseyons pourtant de la même façon...» (Mario Botta).

 

Botta 4.jpgNatif du Tessin, Mario Botta travailla avec Le Corbusier et Louis I. Kahn. Il fut - entre autres - professeur invité auprès de l'Ecole Polytechnique fédérale à Lausanne en 1976 puis professeur titulaire des écoles polytechniques fédérales et membre de la Commission Fédérale Suisse des Beaux-arts mais reste avant tout l’architecte le plus inventif. Il conçoit son art comme fabrication du sens.

 

Le Musée d’art moderne à San Francisco, la rénovation du Théâtre de La Scala de Milan, l’Eglise Santo Volto de Turin, la médiathèque et le théâtre de Chambéry, le Centre Wellness Bergoase Arosa prouvent comment l’architecture tout en étant résolument contemporaine reste le reflet de l’histoire. Tout projet est pour Botta un miroir impitoyable : à la fois du pouvoir, de l’économie  mais aussi de l’éthique. D’autant que le créateur ne met pas l’architecture au service de son autocélébration. Silvio Denz a eu un mot célèbre pour montrer la modestie de l’Helvète lors de l’inauguration du chai du Château Faugère en Saint Emillion  dont il fut le concepteur :  «Jean Nouvel a demandé un gros budget pour dire Bonjour; Mario Botta a dit'Bonjour». Tout est là.

 

Botta 1.jpgLe plus souvent l’architecte se fonde sur le terroir, ses anciennes constructions ou leurs vestiges pour faire dialoguer ses projets avec ce qui existait : la médiathèque de Chambéry est l’exemple parfait d’une telle réussite. Partant de la force du paysage le créateur y développe de solides éléments géométriques qui permettent de souligner l’aspect organique du lieu. Le tout avec une élégance rare. Intéressé par l’art sacré l’architecte se plait à dire  «Si je le pouvais, je ferais seulement des églises et, de temps en temps, des chais». On retrouve là son écho aux deux besoins de l’être : l’esprit et la chair. Mario Botta en devient l’architecte.

 

Mais pour lui «construire un élément fini est ouvrir un chapitre sur l’infini». Néanmoins il reste modeste : «La géométrie n’est rien que le contrôle de la nature ». Cette modestie n’empêche pas la responsabilité. Au contraire : «Si un bâtiment ne supporte pas le mauvais goût de l’ameublement, c’est de la faute de l’architecte» ajoute-t-il. Il s’érige en faux contre les architectes qui se moquent de l’usage auquel toute construction doit répondre. Botta ne se cache pas derrière des alibis « sculpturaux » ou spectaculaires dont la seule ambition est l’utopie conceptuelle et non la réalisation. Ils ont trop longtemps empesé les recherches d’un Rem Koolhass par exemple. Pour Botta construire une maison ce n’est pas construire un musée. D’autant que la vie est toujours plus forte que l’architecture : si une construction ne répond pas à sa fonction elle est vouée à la disparition. C’est pourquoi, en fonction des régions, Botta passe de la brique à la pierre et n’est pas de ceux qui sacrifie à la mode des matières (le verre, l’acier par exemple).

 

Botta 3.jpgPar ailleurs le créateur préfère ancrer ses bâtiments plutôt que de les alléger :  «si je veux faire quelque chose de léger, je fais un avion», dit-il. C’est pourquoi ses bâtiments - même s’ils s’insèrent parfaitement dans un lieu - le transforme. Si bien que chaque bâtiment dessiné par Botta devient le lieu du lieu.  Et ce non par souci de faire décor mais parce qu’il ne cesse d’interpréter les besoins et les valeurs d’une société tout en imposant les formes susceptibles de résister au nivellement de la mondialisation de l’architecture comme du monde. Le créateur refuse de se soumettre à un repli utilitariste. « Si l’espace est donné par l’histoire et non par l’architecture, je cherche néanmoins des significations qui vont au-delà de la demande fonctionnelle». Pour lui Paris n’est pas Berlin et ses œuvres qu’il définit comme  «précises et anonymes» restent toujours une poésie du lieu qu’elles investissent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret