gruyeresuisse

27/09/2020

Laboureur et ses enfants

Laboureur.jpg"Jean-Emile Laboureur (1877-1943) Graveur", Galerie/Librairie L’Exemplaire, Genève, du 24 septembre au 31 octobre.

Natif de Nantes Jean Émile Laboureur et mort dans le Morbihan. Il fut peintre, dessinateur, lithographe, graveur. Créateur de nombreuses gravures au burin il illustra des auteurs qui furent ses contemporains : Giraudoux, Colette, Gide, Mauriac, entre autres. Il fut aussi peintre paysagiste ou de natures mortes et réalisa aussi des fresques et des sculptures.

Labiureur 2.jpgIl séjourne et expose à plusieurs reprises de 1905 à 1909, aux États-Unis et au Canada puis expose à Paris à partir de 1911 et s'y fixe au moment où l'at est en ébullition. Il utilise alors moins le bois gravé et préfère l'eau forte. Pendant un temps son dessin se rapproche du cubisme et son rôle devient important dans le mouvement de l'esthétique moderne en plein évolution à l'époque et qu'il contribue à developper dans le registre graphique et graphiste.

Laboureur3.jpgMobilisé en 1914, il continue  à créer, il compose des gravures sur le thème de la guerre, et s'inspire de son vécu pour d'autres œuvres plus tardives. Il expérimente la technique du burin pour l'illustration de livres. Il collabore aussi à des revues et dans son atelier parisien, il enseigne l'art de la gravure à des élèves comme Marie Laurencin et André Dunoyer de Segonzac. Il réalisa aussi un important travail d'illustration de commande pour le Catalogue Manufrance au début des années 1930. Cela pourrait sembler anecdotique néanmoins il prouve dans de telles commandes toute sa puissance de création. Illustrateur de styles il en créa tout autant et ils traversent l'art du XXème siècleet la bibliophilie d'art.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/08/2020

Ruth et Peter Herzog : la force des photographies anonymes

Bale 2.jpgRuth et Peter Herzog, "The Incredible World of Photography Collection Ruth et Peter Herzog", Kunstmuseum Basel | Neubau, Bâle, du 18 juillet au 4 octobre 2020/

Sous le commissariat d'Olga Osadtschy et Paul Mellenthin,"The Incredible World of Photography" devient pour le Kunstmuseum sa première exposition abordant l’histoire de la photographie. C'est une découverte sur un marché aux puces dans les années 70 qui est à la base d'une collection qui réunit plus de 500 000 photographies.

Bale 3.jpgLes clichés traversent le temps, des débuts du médium jusqu’aux années 1970. Toutes les évolutions de la photographie analogique sont représentées. Ruth et Peter Herzog font partie des plus les grands collectionneurs de photographies internationaux. Ils ont constitué une encyclopédie photographique qui réunit une masse de chef-d’œuvres anonymes du monde entier.

Bale.jpgDans cette exposition cohabitent la photographie amateur, commerciale et scientifique du XIXeme mais aussi la photographie publicitaire et de presse du siècle dernier. Comme le soulignent les deux commissaires, il apparaît clairement que ""la" photographie n'existe pas", chacune définit son propre réseau de vie sociale, institutionnelle et/ou historique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/05/2020

Matylda Hagmajer : soleil gelé

Matylda.jpgHabiter notre monde actuellement n'est pas simple. Vivons-nous des temps ultimes ? En tous les cas l'existence n'est pas toujours une sinécure. Matylda Hagmajer le rappelle à travers une histoire vieille de 200 ans. Marguerite Gremon, jeune paysanne savoyarde, rejoint Genève rêvant d'ascension sociale en entrant au service d'une femme originale -  Anna Roux - en quête d'un développement intellectuel qui n'est pas habituel chez les femmes de son époque.

Les destins des deux protogonistes sont bouleversés par la catastrophe météorologique. Elle frappe Genève mais aussi l'Europe. Le soleil soudain s'est "éteint" lors de l'"Année sans été" suite à l'explosion du volcan Tambora en Indonésie en 1815. Les températures se retrouvent bien en deça des normales saisonnières. Les pays sont soumis à des pluies torrentielles, aux orages fulgurants. Parfois aussi aux couchers de soleil rougeoyants qui ont inspiré le Frankenstein de Mary Shelley (elle écrit son roman sur les bords du Léman) et aussi certains tableaux de William Turner. Mais cet évènement est surtout source de famines et de désastres que l'auteure rappelle à travers le cheminement des deux femmes.

Matilda 2.pngLe roman, à sa manière, fait le tour d'une question qui se repose en 2020 certes pour d'autres raisons. Il rappelle une dilution aussi économique que sociale et écologique. L'auteur - au delà l'aspect psychologique de son livre - montre que l'Apocalypse brutal n'est pas toujours pour demain mais pour le jour même. Néanmoins le roman réinvente et réapprend une forme de vie dans l'appel à une tendresse et une harmonie du globe loin du seul ordre des édiles  bien démunis face à des causes voire des enjeux qui leur échappent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Malylda Hadmajer, "Le soleil était éteint", Sltakine, Genève, 2020, 24 E.