gruyeresuisse

06/12/2020

L'objet et sa représentation : Laurence Bertrand Dorléac.

Dorleac.jpgLe concept esthétique de "nature morte" date du XVIIème. Mais ce type de représentation, comme le rappelle Laurence Bertrand-Dorléac, remonte à l'aube de l'humanité où un dialogue commence entre une "communauté morte-vivante". La dernière exposition sur le genre eut lieu en France en 1952 sous la curation de Charles Streling comme pour en signifier la fin (apparente) au moment où l'objet était soudain montré de manière exhaustive par le naissant "Pop art".

Dorleac 2.pngL'auteure remonte le temps pour expliquer comment un tel genre est l'expression de l'émotion d'un créateur mais reste tout autant le fruit d'un temps, d'une mode, d'une idéologie. En effet, suivant les époques et les cultures, l'attachement à la représentation de l'objet est bien différent.

Dorleac 3.pngNéanmoins du VI ème au XVI ème siècle, la nature morte disparaît en Europe. Laurence Bertrand-Dorléac montre que dans ce laps de temps l'objet n'est qu'un signe. Il accompagne la figuration de Dieu et autres saints. Il faudra donc attendre 1000 ans pour qu'il devienne la glorification de l'humble et sorte l'art du monumental et de tout statut de majesté pour exprimer le sens du moindre par des "fruits classés X" éloignés d'une allégorie des dieux. La Nature Morte s'impose alors comme fétiche du fétiche et prouve que derrière la chose et sa reproduction il n'y a pas rien mais tout. Ou si l'on préfère le rien du tout, son fantôme, sa pétrification dans une sorte de défi que relève près de nous et par exemple Andrès Serrano , Jan Fabre, Jean-Pierre Formica.

Jean-Paul Gavard-Perret

Laurence Bertrand Dorléac, Pour en finir avec la nature morte, coll. Art et Artistes, Gallimard, 2020, 220 p.-, 26 €

01/11/2020

Wu Cheng'en, le singe et le lettré

Wu Chen.jpg

Dès le début du IXème siècle, l'imaginaire  chinois s'était emparé des exploits de l'histoire du moine Xuanzang. Il partit seul appuyé sur sa canne et revint bien des années plus tard courbé sous le faix de centaines de soûtras bouddhiques. Il les ramena dans une hotte d'osier pour apporter à son peuple le feu sacré. Cheng'en a donc repris cette histoire légendaire tout en lui accordant une nouvelle portée.

 

Chang'en 2.jpg"La Pérégrination vers l'Ouest" est en conséquence devenue pour la culture chinoise l'équivalent en occident des livres de Rabelais ou du "Don Quichotte" de Cervantès. Le roman possède le même caractère inaugural. La fiction devient à la fois fantastique, épique en son aspect "road movie" et initiatique là où apparaissent des créatures surnaturelles et des prodiges animaliers. Dans la version de Cheng'en Xuanzang n’y est plus le héros. Il devient le protégé de monstres ou d’esprits-animaux convertis au bouddhisme, avec au premier rang le Singe pèlerin sans lequel il aurait sans doute échoué. C'est une manière de critiquer tout un intellectualisme comme Rabelais le fit avec ses moines et Cervantès avec son chevalier pollué par ses lectures.

Cheng'en 3.jpgAvec Cheng'en les aventures aussi bizarres qu’extraordinaires n’ont donc presque plus aucun rapport avec les sources historiques. C'est comme si Sancho Panza avait pris le rôle du Quichotte - étant plus compétent que lui de manière pratique et doté d'un esprit plus mâtinéeà diverses réalités. Cheng'en - aux époques proches que nos primo-romanciers - a donc créé un même type chef d'oeuvre. L'imaginaire, l'extravagance et la folie animent les cent chapitres de ce livre incontournable. Le Singe devient une des clés capables de remettre l'humain à une plus juste place dans un système où l'être humain n'est plus le roi. Et à qui veut comprendre la littérature et la culture chinoise il faut commencer par là.

Jean-Paul Gavard-Perret

Wu Cheng'en, "La Pérégrination vers l'Ouest", 2 tomes. Edition et traduction d'André Lévy, Bibliotèque de la Pléiade, Gallimard, 2020.

29/09/2020

Dactylo Rock

Rock Me.jpg"Rock me Baby ", Divers lieux, Yverdon du 10 octobre 2020 au 24 avril 2021,

Imaginé par Sébastien Mettraux le projet "Rock me Baby "est un hommage à l’industrie disparue de la machine à écrire dans le Nord Vaudois. Nommée d’après le modèle phare de la marque, la Hermès Baby, l’exposition porte un regard pluridisciplinaire sur cet objet emblématique, 30 ans après la fermeture du site de production d’Yverdon-les-Bains.

 

Roc %e.jpgCe projet pluridisciplinaire et collaboratif mêle histoire régionale et création contemporaine. Et ce en 4 lieux. Les travaux d’artistes suisses et internationaux autour de la machine à écrire sont présentés au CACY. Des archives historiques, affiches publicitaires et machines Hermès au Musée d’Yverdon et Région. Des séquences de cinéma culte, jeux vidéos mythiques et couvertures de magazines mettant en scène la machine à écrire à la Maison d’Ailleurs. Enfin des ateliers d’écriture et exposition autour de la mémoire collective des Yverdonnois à la Bibliothèque publique.

Rock me.pngUne cinquantaine de machines à écrire provenant de collections patrimoniales et privées permettront au public de découvrir un aperçu des différents modèles produits dans le nord vaudois. L’exposition offre également des objets rares, tels qu’une machine à indicateur de 1890, des Hermès Baby produites à l’étranger, des machines à claviers exotiques et des prototypes Hermès méconnus. Mais surtout  cette machine devient outil de création, sujet de représentation, ou objet d’un détournement. Sont présents des dessins de la pionnière allemande de l’art postal Ruth Wolf-Rehfeldt, des travaux de la new-yorkaise Allyson Strafella, des oeuvres d'Axel Brandt, Claude Cortinovis, Daniel Ruggiero, Emmanuele de Ruvo, Frédéric Clot, Hervé Graumann, Jannick Deslauriers; Joseph Martin, Julia Sørensen, Julie Trolliet-Gonzalez ,Loreen Fritsch, Martin Gut, Laura Leonardi, Mounir Fatmien ou encore Yannick Lambelet, peintre né à Yverdon-les-Bains.

Jean-Paul Gavard-Perret