gruyeresuisse

22/03/2019

"Isrealities" : document-terre

Is-Erich-Hartmann.jpg"Isrealities, sept voyages photographiques", Musée juif de Suisse, Bâle du 29 mars au 14 juillet 2019

Pour Anna-Patricia Kahn, commissaire de cette exposition "Avoir différentes perspectives côte à côte est une invitation à réfléchir à notre compréhension du passé et à envisager de nouveaux horizons." Elle a donc choisi sept visions historiques de photographes pour lesquels la représentation fait moins le jeu du document et du réalisme que du symbole et de la poésie.

 

 

Is (David Seymour).jpgCertes ils appartiennent tous (sauf le dernier) à l'agence Magnum spécialiste du reportage. Mais ici Philippe Halsman, Erich Hartmann, David ‘CHIM’ Seymour , Micha Bar-Am, Patrick Zachmann et Thomas Dworzak et Oded Balilty présentent moins un document-taire qu'un document terre. Et les nuances de l’expérience israélienne sont donc présentées dans la ville où en 1897, le journaliste et activiste Theodor Herzl déclara : «À Bâle, j’ai fondé l’État juif».

Is Oded-Balilty-.jpgEn 60 images en sarabande tout n'est pas dit sans doute d'Israël. Mais les images dialoguent entre elles et avec le public. Loin des analyses elles montrent des espérances, des abîmes, des abîmes d'espérances. Il y a là des détours imprévus, des déceptions, des abattements, des rêves et des espoirs. De l'humour et de l'émotion surtout. A chaque visiteur de se faire son propre parcours là où la photographie prouve que l’amour d'une terre ou d'un idéal n'efface pas certaines ombres et c'est bien en Israël le problème. Mais le ciel souverain de l’amour n’est sans doute que d'une terre, ce morceau du ciel vu à l’envers.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Photos : Hartmann, Seymour, Balilty)

04/03/2019

A Cheval avant Dada

Cavalier 1.jpgLe mouvement du "Cavalier bleu" est à l'origine de la révolution esthétique de l'art. Issu du romantisme allemand relayé par le symbolisme et fort d'une mystique de la nature. Il est initié à Munich en 1911 par August Macke, Franz Marc et Kandinsky au milieu des courants ésotériques. Le trio est au fondement de l'abstraction. Macke par elle se veut encore dans le réel et le formel et reste à la recherche du mouvement. Marc est plus abstractionniste abstrait

 

Cavalier 2.jpgIl est sans doute plus mortfère que les deux autres mais les trois recherchent la rédemption d'une nouvelle humanité qui allait piquer du nez au moment du premier conflit mondial et sa boucherie. Mais reste chez eux un éclat d'or de la peinture. Macke comme Kandinsky atteignent l'abstraction absolue. Elle devient une sorte de "coma" transcendantal. Face à la souffrance qui fait pleurer le ciel le groupe aura créé un "almanach" warburgien (en 1911) où sont réunis les images qui comptent pour eux et deux exposition vilipendées par la critique de l'époque.

 

Cavalier 3.jpgNéanmoins le rôle du groupe munichois est capital. Même s'il s'agit déjà pour certains d'un art "dégénéré" avant la lettre. Mais tout l'art moderne était plus qu'en gestation. Les œuvres et les écrits du triumvirat  permettent de comprendre ce virage fantastique de . Même si Macke va disparaître un temps de l'histoire de l'art et si  Mark va devenir instrumentalisé par le nazisme comme une exemple de la germanité avant d'être reposté dans l'art dégénéré, les deux créateurs ont créé une extension d'un univers que la rationnalité officielle refusa et renia. Toutefois la lave poétique des deux oeuvres se détache des miroirs "embrunés". Et les deux artistes continuent de compter.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Franz Marc / August Macke. L'aventure du Cavalier bleu", Musée de l'Orangerie, Exposition du 6 mars au 17 juin 2019

10/02/2019

Francesca Pompei : théâtre de l'oubli

Pompei 1.jpgLa photographe Francesca Pompei possède un nom idéal pour habiter le lieu qu'elle investit (de quoi ravir Lacan...). Elle y capte sans le moindre ajout de lumière, ni aucun artifice la magie d'un lieu suspendu à - dit-elle - "un possible spectacle, à l’effervescence des coulisses et l’attente des spectateurs".

Pompei 2.jpgCe lieu n'a rien de neutre. Situé dans le camp militaire de Wünsdorf, à 25 km à l'est de Berlin il fut un quartier général de l’Allemagne Hitlerienne avant de devenir le plus grand avant-poste soviétique en pays étranger. Évacué après la chute du mur il est abandonné. En perdure parmi les vestiges le théâtre qui fascine la photographe.

Pompei 3.jpgDe l'orgueil des différents vainqueurs et locataires du lieu l'artiste tire un charme délétère. Là où l'ambition des maîtres provoqua la ruine des peuples se dégage un inventaire de modèles périmés par le temps mais d'où certaines fictions - par la mise en scène des images et des spectacle - renaissent . En quête d'une forme de réintégration ou de réappropriation l'artiste se perd dans un tel "puits" de l'Histoire pour lui redonner une grâce. Trace-t-elle la voie vers des pas qui reprendront demain ? Pas sûr mais il s'agit de parcourir le lieu qui fut le bord d'un double abîme là où se recrée un théâtre dans le théâtre.

Jean-Paul Gavard-Perret