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07/02/2020

Gérard Musy : high energy

Musy 2.jpgEn 1986, le photographe lémanique Gérard Musy, pour son mémoire en Histoire de l’Art sur Robert Frank à l’Université de Genève, se rend souvent à Paris pour découvrir les défilés de mode et passer de nombreuses soirées au "Palace" lieu emblématique de la ville à l'époque. L'exposition permet de revisiter cette période charnière de la photographie et de la mode.

 

 

 

 

Musy.jpgMusy comprend combien le monde de la nuit et de la mode sont liés. Les tops mannequins sortent en discothèque avec les tenues des stylistes branchés qui expérimentent  différentes matières fétichistes : le vinyle pour Mugler, le latex pour J-P Gaultier mais aussi le cuir de Montana  et la maille galbante d’A. Alaia.

 

 

 

 

Musy 3.jpgLe photographe saisit un monde pétillant en noir et blanc ou en couleurs dans un art parfait de la composition serrée. Existent aussi des photos de backstage aux couleurs riches et profondes réalisées entre autres pour le compte des magazines Jardin des Modes et Harper’s Bazaar. Elles renouvellent la photographie de mode de la fin des années 80 dans une force de vie et d'énergie juste avant que le Sida viennent briser l'insouciance.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gérard Musy, "Eclats, Late’80s Fashion", Espace Photographique du Leica Store, Paris VIIIème., du 6 février au 4 avril 2020

29/09/2019

Isa Sator : les éprises

Sator bon.jpgSérieuse et concentrée, mais parfois subtilement ironique et drôle, Isa Sator va au bout d’une promesse. La défense des femmes mais selon un engagement moins discursif que ludique. Elle ose toujours la mémoire de celles qui donnent le plaisir. Elle exhume au besoin  des ombres de jadis.

 

 

 

Sator 2.jpgMais si les fantômes ne changent pas, les femmes à l'inverse bougent par la manière dont Isa Sator les peint. Elle bouscule les vieilles images pour qu’on échappe au sommeil. Surgit la trouée du temps par la puissance d'un canyon d'une gorge profonde comme dans les zigzags des formes inédites. La créatrice reprend une paradoxale incarnation. Les femmes rient en un jeu de montre-montre comme de cache-cache.

Sator 3.jpgUne fluidité se libère. Elle se propage par ébranlements minuscules qui s'accomplissent en une succession de gestes picturaux et d'opérations plastiques. Ils n'altèrent en rien la fulgurance. Au contraire. Les lignes et les cadres contiennent et graduent l'énergie qui se déploie. Isa Sator induit une dramaturgie ouverte à la seule appréhension de l'inconnue - du moins celle que les mâles se plaisent à définir ainsi par peur plus que par défi.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isa Sator, "Women Artists itinerancy #02", Art exhibition, octobre 2019, New Hope (Galerie des Artistes) et New York (69 Eldridge Street).

22/09/2019

Jochen Raiss : peau de l'ours et chimères

Raiss.jpgCollectionneur de photographies Jochen Raiss plonge dans la crevasse des souvenirs collectifs. Sous les flocons du temps, ici, certains ours - ou leurs ersatzs - vont et posent afin de donner des frissons aux belles du XXème siècle.

 

 

 

 

 

 

Reiss 4.jpgAutres et lointains, différents mais voisins ces ours deviennent les témoins d'un temps et d'une fantaisie perdus en laissant leurs traces dans les congères de la mémoire. Dressés sur leurs deux pattes postérieures ils deviennent des prétextes ludiques. Eloignés de leurs forêts ils sont entourés de femmes à croquer.

 

 

 

 

 

 

Raiss 2.jpgChacun laisse son empreinte sur leurs épaules. Ils peuvent être pris comme métaphores et miroirs de la nature humaine comme de celles qui se laissent docilement alpaguées. Ils mettent de la sauvagerie comique dans la civilisation policée et sont les pléonasmes de son évolution. Ces ours bonhomme font remonter sans risques des peurs ancestrales.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jochen Raiss, "Polar Bears", Hatje Cantz, Berlin, 2019, 112 p., 16 E..