gruyeresuisse

22/05/2014

Sabrina Biro : indices et stratagèmes

 

 

 

Biro oui.jpgLors de l’exposition « La belle contrainte » Sabrina Biro  proposaitune intervention éphémère où elle ouvrait à l’épreuve de la rue des images « anodines » et pourtant très intimes dans le choix retenu :  oiseau mort sur un mouchoir, platine d’enregistrement,  jeune fille au flash en soutien-gorge et blazer mais aussi une vache "gothique". Cette dernière fixe l’objectif imprimant chez le regardeur une sensation étrange de toucher à une image mentale. Depuis la créatrice met en scène des natures mortes fondées sur des motifs de « tatouages ». Cœurs, roses, dagues, crânes etc. sont assemblés selon les représentations qu’on trouve dans les armoiries comme dans les catalogues de studios de tatouage. Ces images amalgament les symboles et signes de l’histoire de l’art revue et corrigée par la culture urbaine underground.

 

 

 

Biro.jpgL’artiste en ses vanités garde l'odeur de sainteté en horreur. L'ostentation possède un aspect particulier : il s'agit de faire surgir les images plus profondes influencées par le religieux ou le vernaculaire des vanités ou du gothique. Néanmoins en de telles mises à jours, il existe forcément une sorte de "pornographie" si on entend par là que la Vaudoise donne à voir de la façon la plus crue ce qui échappe à la vue. Elle n’exhibe rien pourtant du cercle de l’intime : devant chaque œuvre le regardeur reste un Narcisse mélancolique interrogeant la généalogie de fantômes inconnus.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/05/2014

Danaé Panchaud ou comment ne jamais cacher ce qu’on ne saurait voir

 

 

 

panchaud 1.jpgA travers des séries très différentes, Danaé Panchaud explore les relations au corps ( « Médecine » montre les lieux d'une intimité violente : le corps, totalement exposé s’y réduit à une entité passive) et les traces que laissent l’histoire la plus récente ( Lucens met en exergue les stigmate de la centrale nucléaire expérimentale du lieu). Diplômée du cursus « Critical Curatorial Cybermedia » de la HEAD de Genève, l’artiste expose depuis 10 ans en Suisse et en Europe. Depuis avril 2012 elle est chargée des relations publiques du MUDAC - Musée de design et d'arts appliqués contemporains de Lausanne.  A côté de son travail de création elle réalise de nombreux événements et a été curatrice avec Maude Oswald de « The Breath On Our Back » (2012) proposées par NEAR au PhotoforumPasquart. 

 

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Sous une recherche permanente de la beauté ses prises cultivent une subversion. Danaé Panchaud  touche là où ça fait mal : à la culture et à l'identité. Elle montre combien tout le corps d’une part ou le patrimoine sanctuarisé ou non de l’autre  induisent des investissements symboliques spoliés quelle remet en cause. La dimension critique est facile à percevoir même si parfois l’artiste feint de proposer des « farces » ou des effets de réalité complexes et ambigus. L’irrévérence ne va pas sans la rigueur qui reste un maître mot de la Vaudoise.

 

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Ses choix ne doivent évidemment rien au hasard : ils sont dans ses œuvres un mixte de parodie, de commentaire critique mais aussi d’hommage.  D’où l’intérêt d’un travail à entrées multiples où surgit  une célébration mordante et acide. Elle peut jouer au besoin du kitsch et de la théâtralité qui ruinent le thésaurus de ce qui est donné comme acquis. Sortant du pittoresque ou de l’anecdotique l’artiste rappelle qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable dont on connaît ni le point de départ, ni celui d’arrivée. Danaé Panchaud l’affronte sans craindre que cette terre lui manque ou d’échapper à sa force de gravité. Preuve que la photographie garde une vocation fabuleuse : celle de faire reculer le chant des certitudes, de mettre une grâce dans les pesanteurs voire dans “ la laideur ” afin de rétablir  un charme et une interrogation sur ce qui est menacée de  disparition.  Les empreintes ineffaçables n’existant pas et avant leur perte la plasticienne les photographie dans un travail d’empathie critique afin d’approcher sinon des fondements du moins du fondamental et souligner la plénitude de la précarité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


15/05/2014

Accrocs de Lorenzo Bernet

 

 

 

Bernet Bon.jpgLorenzo Bernet aime  les déconstructions. Il se plaît à brouiller les pistes et les repères.  Chaque élément du réel est profané entre chaos et sérénité en une  harmonie  recomposée. Les apparences se dissolvent. Reste le vertige d’ultimes réverbérations en un équilibre précaire jusqu’au triomphe d’un enfantement où la raison et la vision ne serpentent plus comme dans une maison bien close et rassurante. Chaque œuvre  préfère à la narration une scène éclatée :  le regard passe à travers un écran transparent et se transforme en « écran total » comme on dit en cosmétologie. L’artiste met donc à distance le regardeur entre détours et détails déconstruits. Le réel se démultiplie, ricoche en visions kaléidoscopiques froidement drôles et dégingandées.

 

 

 

Bernet 3.jpgLe regardeur sort de sa passivité et de son statut au moyen de hors-scènes,  d’apartés. L’image devient champ de fouille contre une célébration superficielle de l'apparence. La mémoire elle-même se retrouve en éclat par les dénuements où l’artiste insinue un délectable cyanure. Les objets dégringolent, coulent, s’éloignent. Le voyeur est exposé aux morsures de remodelages et de casses. La représentation n’est plus un miroir. La prise déchire tous les nœuds des fantasmes d'objectivité. L’attendu est décalé loin des folies de la triste opulence matérielle.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Œuvres visibles à la Galerie Hard-Hat, Genève. Expos "Squeeze" à la galerie avril-mai 2014.