gruyeresuisse

26/01/2018

Bernard Voïta : tout se complique

Voita2.jpgBernard Voïta aime la surenchère formelle et refuse la simplicité tout en caressant un sens du design particulier. L’approche Ikea n’est pas sa tasse de thé. Au style cosmétique il préfère l’alambiqué et produit une vision dynamique des formes et des couleurs. Ce qui est sensé aller droit se met à vriller. Les formes se contredisent et deviennent délicieusement agressives. Mais l’artiste prend soin d’atténuer leurs morsures.

 

 

 

 

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Les structures se replient ou à l’inverse sont lancées en avant d’elles-mêmes. Le regard est soumis à ce qui semble échapper à la raison pure ou à la pure raison. Le métrage devient volontairement abusif et allègre. Le tout en de pures échappées, en velléités d’ascension ou ébauches de repli. Tout devient jouissif là où l’utilité est soumise à une belle reculade. Quant aux couleurs, elles aident par leur arrogance à l’esprit de se déplier et à réactiver l’imaginaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Bernard Voïta, Galerie Laurence Bernard, Artgenève 2018, du 1 au 4 février 2018, Palexpo, Stand B43.

21/01/2018

Joseph Roth l’exilé définitif

Roth.jpgJoseph Roth, « Poème des livres disparus & autres textes », traduction Jean-Pierre Boyer, Silke Hass, Editions Héros Limite, Genève, 2017, 96 pages

« Mon passeport ne prouve pas que je suis moi. » écrivit celui qui répondit à un enfant qui lui demandait « Pourquoi écrivez-vous ?» répondit « J’écris pour que le printemps revienne. » C’est ce que prouve  ou presque - tant ils sont désespérés - ces seize petites proses à caractère autobiographique publiées entre1915 et 1939 dans divers journaux et pour la plupart inédites en français. A travers quelques souvenirs d’enfance, d’adolescence, de guerre et de passion pour le théâtre yiddish, Joseph Roth retrace la nostalgie de l’origine et du pays perdu. Un paradis souvent imaginaire où le souvenir se mêle à la fiction, parfois se déguise en fable.

Roth 2.pngCes textes cyniques et à l’humour noir sortent de la totale désespérance grâce à une tendresse sous jacente. Le dernier texte du recueil écrit quelques jours avant sa mort, annonce son échappée finale devant le nazisme dont le monde nie encore à l’époque la monstruosité. L’auteur en quelques mots est capable de résumer son existence : « Une heure c’est un lac / Une journée une mer / La nuit une éternité /Le réveil l’horreur de l’enfer / Le lever un combat pour la clarté » : d’une certaine manière en dépit de son œuvre, Roth ne la trouvera jamais. Il reste perdu loin des forêts de Brody où certains de siens furent assassinés par deux dictatures : le communisme stalinien et le nazisme.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/01/2018

Michael Hilsman s'amuse

Hisman bon 2.jpgMichael Hilsman, "New Pictures", Galerie Sébastien Bertrand, Genève, à partir du 23 janvier 2018.

Tout en préservant ses invariants symboliques (formes phalliques et rotondités) Michael Hilsman fonce désormais vers une figuration de plus en plus marquée. Mais la théocratie de cette dernière est revisitée par une vision surréaliste.

L'artiste semble s'amuser en revisitant les souverains poncifs entre autres du portrait et de la nature morte. Les vieux genres se mettent à prospérer de manière drôle et paroxystique. Le portrait par exemple est partiellement et volontairement "raté" par confusion des plans au moment où la nature morte semble redevenir vivante : le poisson n'y est plus noyé.

Hisman bon 3.jpgMichael Hilsman ramène la peinture à un bouillon de culture. Elle crée autant du connu que de l'inconnu afin d'inventer de nouveaux rapports par tout un jeu ironique de manipulation des limites sans le moindre retour au dogmatisme de la représentation et de ses règles. L'artiste a compris que la déconstruction n'avait plus rien à déconstruire. Il convient de passer à quelque chose de plus sérieux : le jeu.

Jean-Paul Gavard-Perret