gruyeresuisse

07/08/2018

Balthus et le mystère

Balthus.jpgBalthus, Fondation Beyeler, du 2 septembre 2018 au 1er janvier 2019. Catalogue : éditions Hatje Cantze, Berlin.

Depuis son enfance à Berne, Genève et Beatenberg, puis son mariage avec la suissesse Antoinette de Watteville, leurs séjours aussi bien en Romandie qu’en Suisse alémanique et jusqu’aux dernières décennies passées à Rossinière, Balthus garda une relation des plus étroites avec la Suisse.

Balthus 2.pngCe grand maître de l’art du XXe siècle est salué comme il se doit par la rétrospective de la Fondation Beyeler. Elle rassemble des peintures majeures de toutes les époques de l’œuvre aussi paisible qu’insidieuse là où les opposés se mêlent en un jeu entre rêve et réalité, érotisme et innocence, objectivité et mystère, familiarité et étrangeté. Chaque toile suit sa nuit et son jour que Balthus relia dans la folle la raison de sa peinture.

Balthus3.jpgL’exposition permet de comprendre la singularité de ce travail alternatif et éloigné des courants de l’avant-garde. Par une voie solitaire, l’artiste les surplombe et il reste à ce titre le premier - et sans le vouloir - des artistes «postmoderne» dont l’œuvre ne cesse de le prouver. Son chef-d’œuvre « Passage du Commerce-Saint-André » (1952-1954) est le point de départ de cette exposition. Enigmatique elle rassemble à elle seule tout le savoir et l’imaginaire de l’artiste provocateur s’il en est dans ses jeux d’ironie et de mises en abîme. Combien d’hommes le peintre était-il pour lier ce qui est avec ce qui n’est pas ? Dans chacune de ses toiles le calme s’enfonce en tendres épines et répond à la question : comment sans la nuit voir sous la nuit ?

Jean-Paul Gavard-Perret

20/07/2018

Quand Marin Raguz s’amuse sous le regard bienveillant de Barbara Polla

Barbara.pngPour Marin Raguz et pour Barbara Polla, l’été est le temps des folies. Il suffit que 4 filles réunies en un rêve prennent le large pour devenir des femmes avec vision. Il y a là une égérie rebelle (Ada Salomé), une rêveuse insomniaque (Cyrille Zoé), une porteuse de talons aiguilles et de bébés (Rachel Isadora) et celle qui les rassemble (Roxane Selana). Bref sont réunies les Polla Sisters pour le plus grand plaisir de leur mère qui leur apprit ce qu’il en est non seulement de l’amour et de la passion mais aussi de l’art et des lettres.

 

Barbara 2.pngDès lors les couchers de pleine lune peuvent avoir lieu en plein jour. Il faut dire que de telles femmes en imposent : « elles prennent de la place, grandissent parfois sans prévenir et nous embarrassent lorsqu’elles manquent de tenue. Mais malgré tout ce qu’on leur reproche… les fesses d’une femme, c’est tout un poème. » écrit Barbara. Et l’une de ses filles (Cyrille) en a fait un poème « Mes fesses de lune … ». Quant à Raguz, il les a si l’on peut dire saisi au bond.

Barbara 3.jpgEntre sinécure et ciné-cure tout est alors possible. C’est bien là que Lacan aurait pu identifier les données de bases de la perception empirique. Il convient donc de souligner son erreur : « il n’y a aucun espoir d’atteindre le réel par la représentation ». Voire. Voir. Car il est possible d’affirmer que l’image donne un sens au regard en de telles perspectives.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://barbarapolla.wordpress.com/2018/07/20/summertime-when-girls-with-a-dream-become-women-with-a-vision/#jp-carousel-4556

 

 

 

 

10/07/2018

Allers et retours de Paola Pigani et Bettina Stepczynski

Pigani.jpgPaola Pigani et Bettina Stepczynski (Se) Correspondre, co-éditions Jean-Pierre Huguet et Lettres frontière, 40 p., 5 E..

Il se peut qu’elles se comprennent, sûrement même. Car ici, écrire est un voyage - d’abord obligé - et qui soudain dans la césure du partage crée un aller un retour à travers des temps, des paysages disloqués. Aux allers simples font place les retours des deux lauréates du premier Prix Lettres frontière 2014. Leur tandem va l’amble en un échange où les deux auteurs évoquent leurs rapports particuliers aux lieux, objets ou auteurs.

Huguet.jpegLes origines des deux correspondantes expliquent bien des vues. Pour Paola Pigani l’Italie n’est jamais loin. Pour Bettina Stepczynski née à Langnau dans l’Emmental et qui vit aujourd'hui à Carouge l’écho est allemand. Les deux créatrices ont déjà évoqué leurs conceptions du monde et le déchirement. Paola avec "N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures" et "Venus d’ailleurs". Quant à Bettina elle est toute empreinte de l’histoire d’une minorité allemande en Haute Silésie contrainte, par les accords de Potsdam, à l’exil. "Sybille, une enfant de Silésie" en indiqua les racines.

Huguet 2.jpgUn tel projet - en collaboration avec le Salon International du Livre et de la Presse de Genève et avec les soutiens de la Fondation Jan Michalski - donne aux deux femmes l’occasion de parler des exils et des équilibres plus ou moins instables. Si bien que ce livre de « repons » ouvre à des questions dont lectrices et lecteurs doivent faire bon usage au sein d’un désordre que l’une écrit devant un « caffe freddo » l’autre devant une boisson plus chaude..

L’intimité des créations est là. Les deux femmes dansent sur des abîmes car leur déracinement est là. Elles témoignent de ce que Erri de Luca dit : « L’écriture est un acte de résurrection de lieux et de personnes du passé pour les arracher de cette absence ». Néanmoins au-delà du constat les deux femmes trouvent une communauté avouable dans le doux désir de durer entre dérives et reprises. Elles animent leurs deux voyages dans le temps : le bel aujourd’hui fait le lien entre passé et avenir.

Jean-Paul Gavard-Perret