gruyeresuisse

24/12/2015

Osmoses de Sabine Weiss

 

 

Weiss livre.jpgLes photographies de Sabine Weiss (née à Saint Gingolf) sont empreintes autant de mouvements que d’une vision marmoréenne des êtres. Ces deux mécanismes peuvent s’imbriquer et créer une poésie à la fois simple et polymorphe. Ces deux composantes s’accouplent avec virtuosité loin de tout romantisme pour une quête de vérité. La recherche de synthèses entre l’individu et l’univers est constante et repose deux questions très anciennes, celle de la nature des êtres et ce qu’ils deviennent dans le temps.

 

Weiss Sabine.jpgAvec Sabine Weiss la photographie ne parle pas, elle tranche. Elle fait émerger la « voix » des démunis comme celle des artiste (Giacometti par exemple). La vision est toujours accueillante et maternelle. Sa poésie puissante et diaphane métamorphose le réel au moment où le monde subissait et subit des chamboulements.

 

Weiss Sabine 3.jpgAu fil du temps s’est construite une galerie impressionnante. Le sensuel et le lyrisme restent sous contrôle afin de sortir des miasmes affectifs. Sabine Weiss crée des prodiges doux. Exit les eaux tranquilles et les verts pâturages de l’amour. Leurs îles de la Sonde se marient avec la torsion d’aventures ambiguës. Le jeu des corps est soumis à divers régimes « économiques ». Les jeunes « sorcières » et des garnements illustrent le mélange du rêve et de la réalité. Il appartient donc aux images de réapprendre à comprendre le corps et le monde. Celui que nous séquestrons et celui qui nous échappe.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

23/12/2015

Camille Graeser : l’invention de l’abstraction

 

Graeser 2.jpgCamille Graeser, Arrgauer Kunsthaus, 30 janvier - 10 Avril 2016

 

Né en 1892 à Carouge, décédé en 1980 Camille Graeser reste un des maîtres trop méconnus de l’abstraction et demeure à l’origine de ce qui allait devenir l’école de Zurich dans laquelle baigne aujourd’hui encore l’abstraction géométrique en Suisse et bien au delà. Il est avec Bill, Loewenberg et Lohse le maître de l’Art Concret. La puissance de son abstraction extrait la peinture d'une multitude d'informations et du fouillis visuel. D'où - paradoxalement peut-être - le calme qui surgit devant des toiles en elles-mêmes violentes par leurs couleurs vives.

 

Graeser.pngPoussant l’art vers une « dévisagéité » (Beckett) par une peinture réduite à sa « choséité » (Idem) Camille Graeser a créé un renouveau : peu propice à l'admiration "classique" et anthropomorphique son abstraction, juste après Malevitch, régénérait l’histoire de l’art en repartant de l’image blanche sur blanc du peintre russe. Semblant flotter hors référence l’œuvre ouvre à une réalité sidérale. La profondeur du réel n’est plus confiné "au fond de la grotte". Il est là, il continue à diffuser son énergie mais selon une autre clarté. La peinture de Graeser ne traite plus le monde comme un symptôme. Elle ne propose pas un simple “lifting” des images antérieures mais les transforme : elle brûle les artefacts picturaux pour atteindre le bloc d'inconnu qui n'avait encore jamais été mis à nu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

10/12/2015

Victor Savanyu : erratae du réel

Savanyu 3.jpgVictor Savanyu dans ses peintures comme dans ses photographies offre à ce qui vit sous le soleil l’immanence de l’état de rêve éveillé ou brouillé. L’évidence lumineuse d’un lieu ou d’une situation est décalée : si bien que ce que nous pensions consubstantiel à nous nous échappe. Surgit un lieu perdu qui pourrait parfois être imagé par Kafka. Existe une expérience paradoxale, intense, vorace. Les certitudes comme les apparences sont mangées afin que d’autres images nous dévorent non par effet de délire mais de transfert, d’écartement. Ce qui trompe généralement l’esprit passe de l’illusion subie à l’illusion exhibée.

Savanyu 2.jpgDes œuvres de Victor Savanyu naît un arbitraire ironique. Le spectateur tombe du réel tout en restant dedans. L’artiste devient un géomètre particulier. Il se dégage des arrêtes polies, lisses, achevées et des axiomes purs pour celles des « gargouillis » et autres phénomènes angoissants ou drôles inhérents au quotidien. L’image devient autre chose que l’indice de la possession carnassière des apparences, ou que la mimesis dans laquelle elle se fourvoie le prétendu "réalisme". Souvenons-nous de Beckett : "Qu'ils ne viennent plus nous emmerder avec ces histoires d'objectivité et de choses vues".

Jean-Paul Gavard-Perret