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05/02/2015

Zhang Wei en Suisse : première exposition européenne

 

 

 

 

 

Zhang Wei.jpgZhang Wei,Artificial Theater, The Big Stars, 2009-2014” Art&Public, Cabinet PH, Genève, 5 mars  15 mai 2015.

 

 

 

Zhang Wei est un des plus éminents photographes chinois. Dans ses œuvres, l'artiste se concentre sur le seuil des apparences. Pratiquant un  langage qui joue à la fois sur le maniérisme et une sorte de sobriété il communique des émotions  drôles et graves à la fois. Elles font de lui le photographe de la célébration. L’ostentation reprend parfois des standards de la peinture occidentale. Une lumière irradiante  permet de découper avec intensité des visages fétiches ou tenus pour tels. A l’inverse des portraits d’enfants fondent une  pratique qui se libère du dicible et de la référence : ce que Julio Pomar nomme « l’historié ».  Il existe aussi dans sa panoplie des mises en scènes aussi délirantes que macabres.

 

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Incontestablement Zhang Wei reste l'artiste du trouble, de la fêlure. Elle surgit  parfois en un rigorisme capable de débrider une sorte de sensualité.  Ses « portraits » de personnages faussement « célèbres »  transformés  en icônes prouve que tout gogo vit au dépend de celle ou celui qui les regarde. Le statisme des poses inquiète par le mystère qu’elles recèlent. Les visions d’êtres mortels comme ceux d’immortels défunts jouent sur l’ambiguïté. Elle semble être une des lignes majeures de tout un art chinois saisi par la sortie du socialisme et l’attrait critique pour le capitalisme avec les nouvelles libertés mais aussi les contraintes que cela crée.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

02/02/2015

Mathis Gasser et le vide grouillant

 

 

 

Gasser Bon.jpgMathis Gasser, Edition Hard Hat, Genève, " Lychee One", Londres  du 6 au 28 février 2015,  “Work Hard: Selections by Valentin Carron”,  Swiss Institute, New York, 4 Mars - 24 Mai 2015

 

 

 

 

 

Quittant les mannequins, la violence, la couleur, la scénographie  Mathis Gasser file vers des images de moins en moins évidentes, presque innommables car partiellement "effacées". Elles frisent l'aporie. Certes comme Beckett l'artiste suisse pourrait affirmer  : "je dis aporie sans savoir ce que ça veut dire". Mais n'est-ce pas là, peut-être,  la définition la plus parfaite de cette figure majeure d'une imagerie qui procède moins par développement que par annulation et coupure ? Chaque œuvre devient un chemin qui se déplie puis se perd afin que la problématique humaine soit découverte.

 

 

 

 Gasser.jpg"Inachevées"- mais parfaitement -  par éclipses, déliés du lié, lacunes de lignes, l'image  crée un vide grouillant. Dans le plus paradoxale registre rhétorique l'imaginaire invente  une rythmique, une résonnance poétique qui met en question la vue. Elles ouvrent quelque chose d'insaisissable. Ne demeure qu'un flou qui rappelle que l'être est lui même est floué là où la dynamique du continuum est remplacée par le discontinu et la charpie.  Il n'existe plus de promesses consolantes, l'ensemble se réduit à une pure perte, un néant, un flux où toute chose tout en étant n'est pas : c'est pourquoi il faut la montrer dans son inachèvement foncier avant disparition.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

31/01/2015

Florent Meng de la photographie à la vidéo

 

 

Meng bon 1.jpgAvec « Notes sur H2 » le franco-suisse Laurent Meng donne un nouveau tournant à son travail en passant à la vidéo (qu’il avait côtoyé en co-réalisant « Parking »). Quittant la photographie l’artiste trouve dans l’image en mouvement le moyen de ne plus la  dissocier de la parole. Plusieurs de ses séries photographiques s’orientaient de facto vers un tel art  puisqu’elles se développaient sous forme de narrations. Elles étaient construites sur le mélange de plans larges ou de panoramiques dans lesquels les gros plans venaient créer un mouvement de contrepoint : « Riffle Through Dead K » & « So Long Bobby » « résonnaient » déjà comme un filmage  d’images fixes.

 

 

 

Meng bon 2.pngAvec « Notes sur H2 » le pas est franchi vers le mouvement. La vidéo saisit la réalité de la zone « H2 » de Cisjordanie qui est passée sous le contrôle le l’armée israélienne pour protéger les colons venus s’y installer. Le lieu a vu le départ des Palestiniens si bien que la majorité de l’espace est devenu fantômatique. Le film se revendique largement comme un documentaire politique. Il renvoie aux problèmes du Moyen-Orient dans son ensemble et d’Israël en particulier. Néanmoins cette vidéo échappe à une forme de simplification et remet au centre du débat le coexistence conflictuelle des religions. Echappant au réductionnisme partisan (d’un côté comme de l’autre) Meng évite la neutralité. Il creuse la réflexion politique mais aussi esthétique sur le caractère du documentaire. L’artiste en souligne l’aspect hybride. Meng n’hésite pas à appeler sa vidéo « film de science-fiction documentaire ». Sur fond sonore créé par le musicien Ceel Mogami de Haas, l’artiste propose un univers dont la force des images est post-apocalyptique. Y surgit un « dernier homme ». Pour preuve et en prologue à la vidéo, Harry Belafonte (dans « The World, The Flesh & The Devil, 1959)  apparaît. Il annonce son double perdu lui aussi dans un espace de chaos. Mais désormais la fiction est remplacée par le réel.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Florent Meng, « Notes sur H2 » (vidéo) 2014, « Bourses déliées » Fonds cantonal d’art contemporain, Halle Nord, Genève (2014)