gruyeresuisse

08/08/2015

La neige était rouge - Richard Hoeck et John Miller

 

 

 

Mannequin Death, Richard Hoeck et John Miller, OFFSITE Rossinière (Vaud) et Genève, Galerie Marc Jancou,  26 juin – 1é septembre 2015.

 

 

 

Mannequin.jpgSouffle du silence que les falaises font ricocher, gisants sculptés, carcasses deviennent la certitude ou l’écho muet de la disparition. Pour sa deuxième édition de « OFFSITE » , la galerie Marc Jancou  met donc le paquet (de neige). Elle invite Richard Hoeck et John Miller à présenter « Mannequin Death » dans le Canton de Vaud  à Rossinière ainsi qu’à Genève. Les deux artistes collaborent depuis vingt ans et sont reconnus sur la scène internationale  (cf. leur Something for Everyone en 2004 à Art Basel).

 

Mannequin 2.jpgLe double projet pour Jancou est la résultante d’une commande du Südtiroler Siedlung d’ Innsbruck. Les deux artistes y poursuivent orginairement deux objectifs : illustrer l’immigration qui existait entre Südtirol vers Innsbruck et montrer le vieux concept de « Sublime » à travers les paysages des Alpes tyroliennes.

 

 

 

Mannequin 3.jpgEn référence à Caspar David Friedrich la représentation de l’observateur vient comme chez le peintre Romantique se dresser face au panorama impressionnant. Les personnages familiaux (trois mannequins représentant un père, une mère et leur  fille) remplacent donc le spectateur et devient une tache malséante sur le paysage proprement dit. Ce triumvirat fut d’abord intitulé “Mannequin Pioneers”. Mais Richard Hoeck a décidé de promener ces mannequins in situ et habillés de manière adéquate pour affronter la haute montagne Toutefois les conditions extrêmes des prises (pour les artistes, leur équipe et les personnages) il a été décidé de créer une dizaine de mannequins afin de se rapprocher des dangers de l’alpinisme. Ce fut aussi une manière pour Hoeck et Miller de différencier le sublime du beau en  filmant ces mannequin dévissant du sommet d’une falaise. D’où le titre de l’œuvre qui est devenue un état des restes et des dépouilles des « êtres » soumis au tragique. C’est aussi une manière de rappeler comment s’articule cette « vieille » notion de sublime avec la mort jusqu’à se demander comment l’une nourrit l’autre (et vice-versa). Plus particulièrement dans une époque où l’image  devient le Récit majeur des espaces. Le tout non sans humour. Mais froid voire glacial, comme le climat l’imposa.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

30/07/2015

La vie, l'amour, la folie : entretien avec Samuel Mathis

 

Matthis 3.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ?L'idée du petit déjeuné, l'odeur du café qui parfois me fait mal au ventre !

 Que sont devenus vos rêves d’enfant ?Ils sont toujours là, pas trop loin, j'essaye de ne pas les oublier

A quoi avez-vous renoncé ?A l'utopie que toute mes utopies soient réalisables, j'y travaille encore.

D’où venez-vous ? De la planète terre, vers Genève, bien que parfois je me pose des questions?

Qu'avez-vous reçu en dot ? La vie, l'amour, la folie

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?Rien, c'est plutôt un "bonus"

Un petit plaisir - quotidien ou non ?Transpirer des hectolitres dans un sauna et se jeter dans le lac l'hiver

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?Mes chaussettes dépareillées

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpella ?Les cailloux petits et ronds par terre

Et votre première lecture ? Petzi, l'ours aventurier mangeur de crêpes

Pourquoi votre attirances vers une forme de "minimalisme" tant de matières que de formes  ?Une quête de l'absolu, un dénominateur commun.

Quelles musiques écoutez-vous ?J'aime beaucoup Oxygène de Jean Michel Jarre

Quel est le livre que vous aimez relire ?"Voir" de Carlos Castaneda

Quel film vous fait pleurer ? « Le grand bleu », je devrais le revoir pour voir

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?Ben moi ! 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?Pour l'instant à personne mais je n'ai pas écrit à grand monde.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?Les Grottes 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?Mes voisins d'atelier et mes collègues d'étude

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?Un quartz bipyramidé géant

Que défendez-vous ? La vie, la différence, la sincérité 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  J'aime les paradoxes, c'est tellement bizarre

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Oui

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?Pourquoi des chaussettes dépareillées? 

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret le 30 juillet 2015.

 

04/07/2015

Claudio Moser ou l'amour des verticales

Claudio Moser,  « Noon at night », Skopia / P-H Jaccaud, Genève 28 mai – 11 juillet 2015.


 Moser 2.jpg


Claudio Moser est fasciné par la fluidité de la verticalité et sa note portée aux infinis reflets de l’attente. Les étendues paisibles des paysages comme des architectures  brillent de leur souffle ascendant comme aboutissement. Il n’y aura pas de tempête. Le réel est expurgé de ses méandres et donne à l’extase visuelle l’odeur  pénétrante des senteurs d’épure et d’effluve. L’immensité rejoint ce qui la raccroche au monde. Les lignes se fixent pour gagner sur le chaos. Le réel - fléché vers le haut - n’opte pas pour autant une révélation mystique. Simplement à la place d'une errance l'espace se  rebâtit selon une vision où la sérénité remplace l'angoisse. Un front avance et s'élève.  "Atmosphériquement" suspendu, immobilisé par la photographie il est reconstruit par une force d’érection qui invente une poésie de l'espace plutôt rare dans la photographie et l'art du temps. A nous de montrer dans la fable de tels lieux.


 


Jean-Paul Gavard-Perret