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06/05/2019

Timothée Calame : sans tenir là

Calame 2.jpgTimothée Calame, "Altera", Centre d'Edition Contemporaine, Genève, du 15 mai au 28 septembre 2019.

Timothée Calame joue avec les matériaux et des échelles. Dans un mixage d'objets improbables et d'éléments intimes, l'oeuvre remet en cause les pouvoirs qui pèsent sur l'homme en montrant comment les mécanismes de l'économie troublent nos espaces publiques et privées, voire sensoriels et mentaux.

 

Calame.jpgInstallations, sculptures, peintures et vidéos servent à mettre à jour des systèmes d'exclusions et de disparité sociale. Il y a trois ans le Genevois, au Swiss Institute de New York, aménagea les lieux avec des bâches (récupérées dans les rues de Marseille pour dissimuler des immeubles vides) afin de former le tracé d'un labyrinthe, image d'une spéculation "ordinaire".

Calame 3.jpgAttentif aux incohérences nuisibles du libéralisme Calame propose une pratique expérimentale. L'économie de moyens joue à plein afin d'appeler à un nouvel ordre plus sensible à la catastrophe planétaire annoncée. Existe une diversité de sujets et bien des façons de les montrer afin que les choses et surtout les responsables bougent enfin un peu. Il faut que ceux qui naissent aujourd'hui vivent vieux et non dans un monde du désenchantement. Faire c'est ainsi pour lui inscrire, pièce par pièce, une poétique du vivant et non d'une basse survivance.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/05/2019

Barbara Polla : après Weinstein

Polla.pngPolla 2.jpgDans son nouvel opus, sorte de suite à "Femmes hors normes, Tout à fait femme, Tout à fait homme", la genevoise Barbara Polla examine les nouvelles donnes du féminisme : intersectionnel, LGBTIQA, pro-sexe, pro-désir, antipsécisme, entrepreneurial, etc.. Chaque fois avec clarté l'auteure fait un point précis des nouveaux enjeux, leurs espoirs mais aussi leurs risques et manques afin d'éviter certaines impasses. 

La séduction et le désir y sont examinés dans les divers lieux du monde et les données inhérentes à leurs cultures. L'auteure ne tombe jamais dans le goût des dogmes ou du manifeste. Elle cultive une liberté de pensée impertinente pour dire tout ce qui ne se pense pas ou si peu en reprenant des textes majeurs : de "La nuit sexuelle" de Quignard aux livres de Maïa Mazaurette. 

Polla 3.pngSans la moindre posture face aux impostures - celle qui a appris à n'être obligée de rien ouvre des voies au sein même des corpus théoriques qui entraînent en dépit de leur propos une réduction du corps. Contre les machismes, sexismes, partiarcats, racismes, homophoblies, enfermements, etc., Barbara Polla n'oppose jamais femmes et hommes : elle sait que "balancer son porc", n'est qu'une impasse : "j'aurais préféré que l'on parle de ma dignité plus que de mon porc". D'où un appel au "nous" plutôt qu'à l'exarcerbation des "contraires". C'est par ce nous que passe toute autonomie nécessaire à une nouvelle démocratie des corps et des esprits. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Polla, "Le Nouveau Féminisme", Editions Odile Jacob, Paris, 2019, 272 p..

 

 

01/05/2019

Le minimalisme merveilleux de Julie Brand

Brand.jpgJulie Brand, "les lents arpenteurs", galerie Ligne Treize, Carouge, du 2 au 26 mai 2019.

Julie Brand propose à la galerie Ligne Treize un pan peu connu de sa création toujours atypique. Revenant aux racines de l'art (le dessin) elle crée un univers de lignes pures aux figurations aussi simples qu'originales. Son graphisme - issu de sa formation de designer - propose un univers où  le juste retour des "choses" vient à bout du rêve selon un réalisme très particulier.

 

Brand 2.pngChaque œuvre délimite un étrange espace choréïque. Rien de ce qui est habituellement "exploitable" en tant qu'image est utilisé. Chaque dessin reste proche d'un conceptualisme éloigné de l'ornementation. Tout se montre avec pudeur et sans provocation dans un mouvement de pénétration et d'interrogation. D'une succession de présences surgit un émoi particulier à la surface du support. Dans le morcellement se crée un double jeu des formes. Où tout finit. Où tout commence. La force fascinante ne cherche ni à agresser, ni  à  séduire : elle parle du dehors, du dedans, de l'envers et de l'endroit.

Brand 3.jpgNous passons d'une épreuve purement physique à une épreuve mentale et qui doit rester comme telle. Sans idéalisme marqué l'artiste ne met pas le monde sans dessus dessous. Elle ne l'endort pas pour autant. Demeure le tonus discret d'un merveilleux minimaliste entre précision et indécision. Le dessin échappe à l'uniformité : il éclaire la conscience. N'est-ce pas le meilleur moyen de parvenir à la connaissance de qui ou de si nous sommes en un jeu de traces ?

J-P Gavard-Perret