gruyeresuisse

05/12/2014

Marie Velardi et les frontières

 

Velardi.jpgMarie Velardi, Terres-mer et autres œuvres, Gowen Contemporary, nov.-dec. 2014, Genève.

 

 

 

Franchir la frontière : voici ce qui touche à notre plaisir, à notre jouissance et, en conséquence, à nos possibilités d’angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées par cette traversée. C’est pourquoi Marie Velardi prend soin pour chacune de ses cartographies et voyages  d’atténuer les peurs par la douceur et l’élan de ses formes. L’œuvre crée une sorte de délivrance et aussi une attente. Le regardeur laisse les bagages de sa conscience sur le quai des rationalités et ose dériver au nom d’un franchissement de divers seuils et présences. Preuve que  l’œuvre de Marie Velardi vient à bout de la frontière interne de l’être. Demeurent des cartes et des plages  dont les dépôts épars permettent de passer la limite de notre ignorance. L’artiste donne “ un passage au passage ” (Roger Munier). Jaillit l’entre-deux où un réel désir  n’est plus en sommeil.  Les amants de Venise ne finiront pas en cendres. Affleure par effet de lagune la lumière montante  et sans frontière. Celle d’une idylle et d’un abandon subtilement programmés par l’artiste. Ses lisières d'aubes accordent à la trame du réel une transe, une flambée d'ivresse où se perçoit toujours une source de vie.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

04/12/2014

Céline Peruzzo ou l'entrave aux complaisances

 

 

Peruzzo 3.jpgCéline Peruzzo, « La scena madre », Milkshake Agency, Genève du 6 décembre 2014 au 18 janvier 2015.

 

 

 

 

 

Céline Peruzzo adore l’humour insidieux : une Madame de Staël est remplacée par des ananas et un bel éphèbe grec est renvoyé à sa désolante emphase narcissique digne de la téléréalité. L’image telle qu’elle est pré-vendue abandonne sa part de légende : en reste une vitrine qui éclate en d'autres sortilèges que celui de la simple exhibition. Le tout selon un expressionnisme distancié. Il joue  sur un rendu simultané des facettes intimes et publiques. L'intimité ne se remodèle pas selon nature : elle s’enrichit  par superposition d'un double jeu. L’artiste ne réduit plus la femme au trophée lumineux : il y a des parapluies pour ça et des mises mettent en scène où l’offre ne répond pas forcément à la demande.

 

 

 

Peruzzo.jpgL'image s'introduit dans la faille de l’époque pour faire barrage à son eau dormante comme à son eau bouillonnante. Elle repart de là. Non sans une certaine  rouerie dans cette mise en miroir du miroir des apparences. Chaque œuvre de Céline Peruzzo devient un roman, une nouvelle, un cinéma muet. Exit les dialogue de cire et de circonstance.  Si bien qu’à sa manière l’œuvre est  "militante". Elle apprend à rouvrir les yeux, à ne pas se contenter de jouir des apparences fixées mais de leur traversée. Elle invente des escapades discordantes. Preuve que l’artiste  refuse de céder le pas au convenu du tout venant. Une telle approche sonde l’invisible du visible, l’évidence d’un secret qui n’est qu’un leurre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

29/11/2014

La longue marche de Nicole Murmann

 


Nurman.jpgBeaucoup de jeunes artistes qui sortent des écoles d’art  sont de plus en plus forts pour chercher du nouveau  seul problème : ils se répètent  et ils semblent tous sortis du même moule. Ce n’est pas le cas de Nicole Murmann et ses « histoires entravées » à la conquête de la féminité. Dans le fin rideau de ses vidéos nul accroc. De la haie de ses dessins se lèvent les fleurs qui tentent de régler la question du féminin. Temps plein, temps mort, pétales sous l’averse des mots que la femme énonce. En bas la rivière en haut le chemin entre il ne doit y avoir rien sinon l’horloge qui elle aussi balance. En off les bruits du réel, les grincements du monde. (Dans le centre du bourg fumets de rôtis chez le traiteur. On a tué un porc personne veut son bacon).

 

 

 

Murmann.jpgSur le grand lit d’un papier rêche Nicole Murmann réinvente la femme pour qui elle est.  Il y a du travail pour la créatrice : le passé est si plein le futur un trou blanc. Mais la Lausannoise donne des leçons ironiques de conduite à l’homme. En substance elle lui dit : Pourquoi devrais-je te comprendre ? Elle avance, jambes dégainées de soie ou de nylon, rougies parfois de l’eau froide du Léman. Le ciel passe lointain mais de l’eau le miroir se brise. Celui de la femme tel que le mâle l’espère aussi. Il pleut des formes dont les contours sont vifs. Restent des mots essentiels griffonnés ou imprimés en marche à suivre sous un ourlet renflé. L’artiste ne cesse de rappeler que la source féminine peut se perdre, qu’il faut la dégager. Bref faire couler l’eau qui sourd sinon plus de fleuve. Comme plus de Rhône lorsqu’il fond dans le Léman avant de quitter la Suisse.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

De Nicole Murmann en 2014 :  Enterrement, Fanzine Mashine, fête de la fin du collectif, La Datcha, Lausanne, Co-iniciatrice du collectif « Kraken » avec Annia Diviani, « Make8eleive », éditions du petit O, Koalas, Vagina Dentata, Galerie Forma,  « Papesse », collaboration: Annia Diviani, Plainpalais, Genève.