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20/05/2016

Le franc-maçon et son arpète - Jean-Luc Manz & Fabienne Radi


Radi 4.jpgJean-Luc Manz, « Sérigraphies », texte de Fabienne Radi, HEAD, Genève, 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jean-Luc Manz a tout dit non seulement de l’art et de la vie en affirmant que « l’abstraction n’est jamais au départ mais bien à l’arrivée ». De quoi séduire sa commentatrice. Fabienne Radi - ne croyant pas à l’Ascension - considère l’âme comme une vue de l’esprit. De quoi - diront certains - aller droit dans le mur. D’autant que Jean-Luc Manz l’invite. Mais la chose est déjà entendue : il ne s’agit pas d’y entrer : on y est.


Radi.jpgBref l’auteur quittant son jardin des délices seconde son pote âgé pour faire le mur. Le BTP n’a qu’à bien se tenir, la belle de Cas d’X et d’autres dérives met sa main au ciment pour placer ses partitions légales entre les parties égales des parpaings rouges de Manz. Le duo devient capable d’engendrer la maison de l’être. Preuve que l’avenir est dans les briques. Et le couple de faire mentir ceux qui préemptent l’affirmation : «Pour cent briques t’as plus rien ». Que nenni : il suffit d’un talent de répétition et un subtil jeu de variations pour créer comme le fait l’artiste une loge maçonnique.


Jean-Paul Gavard-Perret

13/05/2016

Vera Lutter : le réel et son ombre

 

Lutter 2.pngVera Lutter, galerie Xippas, Genève, du 19 mai - 31 juillet 2016.


Loin des contraintes naturalistes Vera Lutter ouvre le ventre du réel pour en faire jaillir un onirisme. Elle expérimente tout les potentiels du procédé de la camera obscura en enregistrant en direct et en négatif des effets de la lumière sur le papier sensible. Son œuvre ouvre sur le paysage urbain, l’architecture, les sites industriels (ports et chantiers) auxquels elles donnent des visions mythiques et en abîme par effets de miroirs. Venise inondée, les gratte-ciel de Manhattan prennent un caractère aussi féerique qu’étrange.

Lutter.pngSouvent monumentales ses photographies subissent de longues durées d’exposition à la lumière (parfois plusieurs jours). Elles sont créées par des appareils photographiques qui ont la taille de ses images. Si bien qu'il est nécessaire parfois d’utiliser des containers en chambres noires. L'éphémère, le mouvement se diluent dans le temps de la prise en retenant parfois des formes fantomales. Au réel s’ajoute des hybridations qui semblent aussi irréelles que fluides, là où le flou se conjugue à la précision. Un tel travail pourrait ressembler à une performance. Néanmoins seul le résultat fini compte. La question du réel et l’essence de la photographie sont remises en cause.

Lutter 3.pngLe charme opère. Les cadrages et la lumière créent des images ambiguës, déconcertantes. Elles plongent le regardeur vers une série d’interrogations. Si bien que la photographie n’est plus l’infirmière impeccable d’identités paysagères conformistes. L’imaginaire du regardeur est obligé d'imaginer encore. Le retour à la réalité se produit de manière compulsive et délirante entre ivresse et rêve là où le paysage est séduisant par ses métamorphoses nocturnes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10/05/2016

Pascal Berthoud : surimpression, images mentales

 


Berthoud.jpgPascal Berthoud, « Sail me on a magic river », Galerie Elizabeth couturier, Lyon, du 26 mai au 25 juin 2016

 

 

 

 

 

Berthoud 3.jpgCharnelles au plus haut point mais tout autant mystiques les œuvres du Genevois Pascal Berthoud permettent de faire miroiter la possibilité, de trouver sinon une île du moins une réponse (ni univoque, ni définitive) à la question du sens et ce qu’elle cache. L’artiste en sait probablement un maximum sur la question mais il fait une certaine impasse sur ses propres joies, peines, repères et préfère proposer un réservoir d’approches intempestives à coup d’images mentales.

 

 

 

Berthoud 2.jpgPascal Berthoud rappelle que la peinture est la recherche d’un nouveau langage qu’aucun grammairien de l’image n’a encore fixé. L’artiste montre comment la langue plastique peut détrôner les images clichés et les métaphores décolorées. Le créateur acidule l’émotion et brouille les grilles d’interprétation. Par rapport aux modalités traditionnelles de l’art, Pascal Berthoud contribue de manière déterminante au développement de la recherche d’un langage pluri-expressif dans un mouvement dialectique dont la peinture est la caisse de résonance. La culture populaire et l’expérimentation s’y croisent. Elles donnent lieu à des hybridations pour le moins étonnantes dans le tangage et certains excès capables de produire une unité et une dissémination.

Jean-Paul Gavard-Perret