gruyeresuisse

23/03/2015

Jean-Louis Perrot : incarnations de la pensée

 

 

 

perrot 2.jpgJean Louis Perrot, « Œuvres récentes », Galerie Rosa Turetsky, Exposition du 5 mars au 23 avril 2015.

 

 

 

Comment la sculpture a-t-elle prise sur nous, comment l’atteignons-nous, comment nous touche-t-elle ? Nous n’en savons rien. Et si Jean-Louis Perrot ne résout pas de telles questions il sait déplacer nos points de vue en inventant de nouveaux espaces, de nouveaux rapports, de nouveaux contacts en incarnant ces questions essentielles – ce qui est bien mieux que de croire y répondre. L’artiste genevois fait côtoyer le  fragile et le robuste, l´un s´appuyant sur l´autre, pour créer un équilibre. Cette question de l´équilibre, au propre comme au figuré, est récurrente dans de nombreuses œuvres dont les différentes parties, sans être animées et en mouvement, sont articulées et mobiles. Reliefs, assemblages, écheveaux, tiges créent des feuillages qui échappent aux catégories connues. Architectures, sculptures, vanités qu’importe : l’artiste  crée un rapport évident du lieu tactile au lieu de la pensée. On peut ainsi toucher le mystère de notre propre pensée. Chaque pièce devient un lieu qui inquiète la pensée mais qui cependant la situe, l’enveloppe, la touche, la déploie.

 

 

 

perrot.jpgLa notion de lieu repose ainsi la question de l’être. Chaque œuvre devient l’abyme de la pensée ou ce que Maldiney nomma « aître de la pensée, état naissant du langage plastique ».  Le chasseur-cueilleur, ne tarde pas à débusquer ce qui se cache derrière la forme, il prend son temps » afin de proposer des  « états naissants » même lorsqu’ils semblent à bout de vie. Quoique demeurant toujours physiquement ouvertes les sculptures – et quelles qu’en soient leurs matières – montrent comment l’organique et le géométrique se trouvent écrasés, transformés puis subtilement renoués, rendus à leur « inséparation » native où elles veulent se tenir. Existe donc une dynamique - intrinsèque à la création - qui demeure toujours visible. A ce titre la sculpture devient paradoxalement un fleuve en pleine activité qui charrie ses propres mouvements incessants, ses propres déplacements. Les coups, les chocs, les violentes mutilations que ce que le fleuve impose à la matière sert à esquisser la forme par effet d’un travail incessant.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/03/2015

Jean-Luc Manz : écarter l’espace pour y mettre du sens

 

 

 

Manz.jpgJean-Luc Manz, Skopia, Genève, 20 mars - 16 mai 2015.

 

 

 

Dans l’œuvre de Jean-Luc Manz des successions d’intervalles créent des trouées de lumière. La cohérence d’un tel travail ne peut être dissociée d’une attitude fondamentale adoptée par le créateur face aux enjeux de l’acte de peintre. Jean-Luc Manz n’a jamais varié sur le sujet. Il  s’intéresse aux trames, plages et  pans afin de s’y perdre sans forcément y trouver une issue (à la limite ce n’est pas recommandé…). Par ce biais l’artiste renonce à une certaine forme de représentation afin de mieux prendre la lumière. La couleur trouve une autre intensité et les formes une nouvelle densité.

 

 

 

Manz 2.pngL’univers pictural se déleste d’un poids des choses (même lorsque des jeux de briques semblent apparaître).  Chaque œuvre « respire » pour  creuser et provoquer (de plus en plus et de mieux en mieux) l’imaginaire en le frottant à des espaces en fragments. Cela crée des chemins pour le regardeur sans qu’il n’en connaisse la voie. Et ce via une sensibilité à laquelle le Vaudois ne renonce pas. La beauté ne passe plus par la reproduction ou la déconstruction ces deux « clés » (souvent fausses) de l’art actuel. La part méditative de l’oeuvre rappelle les plus grands abstracteurs et reste sensible par la densité des formes. Elle joue entre l’alternance continu-discontinu des formes et la sensualité toujours en demi-teinte des couleurs.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

16/03/2015

Stéphanie Pfister étrangère au Paradis

 

 

 

 

 

Pfister Bon.jpg« La plage », edition Ripoée, Nyon, « Entre le soulèvement des fesses et le soulèvement des pistolets en plastique », coll. Sonar, art&fiction, Lausanne.

 

 

Pfister 3.jpgStéphanie Pfister aime les germinations intempestives, figuratives mais dégingandées et approximatives, insolentes et poétiques. Etres et objets sont traités selon une perspective ludique mais néanmoins profonde : une main marquée de quelques traits dit tout de la vieillesse. Bref partout où le dessin laisse sa trace une hantise naît. Pas la peine de "chiader" les détails et les raccords. L'artiste ramène toujours à "l'humaine condition" sans tambour, ni trompette. Chaque objet "torché" ou tordu en devient la métaphore propre à illustrer ce qui nous affecte et nous grignote.

 

Pfister portrait.jpgDans ses schèmes simplifiés l’artiste évacue l’empâtement au profit de l’économie graphique. Son rôle n’est pas de faire corpus au monde mais de mettre à nu sa mécanique. Stéphanie Pfister neutralise les discours sociologiques, politiques. Elle inscrit la dérision qui oblige le regardeur à construire sa propre lecture et analyse Par son minimalisme l'œuvre griffe la peau des apparences, démonte ses constructions. Cela permet de suggérer ce qui fait notre débauche paisible,  notre pusillanimité voire notre absence de vertu.  L'artiste prouve que ce que nous pensons reste une erreur conforme. Dessiner, installer (mal pour déconstruire mieux) revient à s’arracher à l'erreur mystique en des devoirs de drôlerie corrosive. De telles  œuvres miniatures ou grandioses éloignent des contorsions spéculatives. Les éléments du réel  tels qu’ils sont proposés font éclater les stéréotypes avec une volupté aussi drôle que sérieuse.

 

 

 

J-Paul Gavard-Perret