gruyeresuisse

26/08/2017

André Butzer : la peinture et rien d’autre

Butzer Bon.pngAndré Butzer, « exposition », Xippas, Genève, du 15 septembre au 28 octobre 2017

 

 

 

 

Butzer.jpgDans l’œuvre de Butzer, au fil du temps, la figuration a disparu au profit de la force pure de la peinture elle-même. L’empâtement et l’emploi de la matière directement du tube à la toile, la rupture avec la couleur sont devenus la marque de fabrique de l’artiste ; ne demeurent que des huiles sur toile en noir et blanc de moyen et de grands formats : jaillissent des espaces minimalistes blancs et verticaux sur fond noir. Au cours de la journée et selon les éclairages le blanc et le noir se chargent de digressions colorées là où le second devient source de lumière dans lequel le premier devient une présence blessante. Ce jeu reste paradoxalement la recherche autour d’un maximum de couleurs puisque le noir et blanc réunissent toutes les teintes existantes.

Butzer 2.jpgExiste la clé à la notion de « N-Bild » inventée par l’artiste. Le « N » fait appel au « Nasaheim », vision utopiste imaginée par André Butzer, mais ce « N » est aussi selon lui est un « nombre d’or » susceptible de trouver un propre chemin dans leurs toiles aux artistes. Celui de Butzer passe par des règles inédites qui se refusent à aucune aune réelle. Le minimaliste de l’artiste exclut le géométrisme et les ressemblances formelles. Les notions de premiers et arrière-plans sont abolis au profit d’un effet de surface inédit. Le travail ouvre à un état critique de la peinture. Mais il n’exclut en rien une émotion là où une telle approche ne peut que désespérer ceux qui tenteraient d’imiter l’œuvre.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2017

Les exorcismes de Sophie Mirra Grandjean

Grandjean.jpgSophie Mirra Grandjean "Les Enregistrements", Galerie Marianne Brand,
Du 31 août - 5 septembre 2016.

Sophie Mirra Grandjean fait de la céramique une condition critique et poétique du vivant en sortant les formes d’un simple effet de réalité ou de représentation. Issue de l’ECAL (Lausanne), de la HEAD (Genève) et de la HEAR (Strasbourg), elle crée un univers complexe comme le prouvent ses, « Enregistrements «. Les pièces sont la résultante de diverses rencontres métamorphosées par la céramique, ses colorants et oxydations. La matière et son travail créent une série de transformations magiques pour lutter contre l’absence. Chaque œuvre prend un caractère étrange, diaphane. La porcelaine permet à la créatrice de lutter contre l’opacité et poétise ce combat comme si la transcendance poétique de l’art triomphait des contraintes d’un monde menaçant à laquelle l’artiste offre une sur-vie et un exorcisme. Elle fait de l’art un chemin qui oscille entre absence et présence dans la finesse de la rhétorique formelle et la précision de son travail. Contre bien des sommeils elle propose des insomnies bénéfiques : l’art crée une révolte bifide. La magie de l’œuvre répond à tout ce qui enferme. Si bien que dans la céramique transparaît un esprit et bien des émotions ainsi que leurs forces et leurs appuis.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/08/2017

Pauline Julier : l’être et la nature, les forêts et les eaux

Julier bon.pngPauline Julier, « Naturalis Historia », Centre Culturel Suisse de Paris, exposition du 9 septembre au 17 décembre 2017

 

 

 

Julier 3.jpgLa Genevoise Pauline Julier, avec « Naturalis Historia », propose une installation composée de divers dispositifs visuels et sonores afin d’illustrer plusieurs histoires naturelles. Chacune d’elle explore une situation où les hommes sont face à une nature qui révèle leurs obsessions et casse leurs certitudes. En ce qui tient d’une forme d’essai à la fois suggestif et documentaire à la croisée du point de vue personnel et de l’étude documentaire. L’artiste sous forme plurivoque crée des récits, des traces et des objets.

julier bon.jpgAfin de parvenir à une telle réussite Pauline Julier s’est entourée de savants prestigieux : Philippe Descola, anthropologue, Bruno Latour, philosophe et anthropologue, directeur du Médialab, le Professeur Wang, paléo biologiste, le musicien Franck Serpinet, la plasticienne Coline Davaud et l’architecte Arnaud Bruckert. Célèbre pour ses films présentés dans le monde entier la créatrice provoque autant la réflexion qu’une sorte de plaisir de songes. Surgissent l’immense et l’intime, le ferme et le fluctuant, le furtif et évident. Se créent des maillages et des charivaris dont les « dépôts » emportent. Le monde à la fois se perd et de retrouve. Preuve que paysage naît - contrairement à ce qu’on pense - lorsque la nature reprend ses droits face à l’Histoire.

Jean-Paul Gavard-Perret