gruyeresuisse

23/12/2015

Camille Graeser : l’invention de l’abstraction

 

Graeser 2.jpgCamille Graeser, Arrgauer Kunsthaus, 30 janvier - 10 Avril 2016

 

Né en 1892 à Carouge, décédé en 1980 Camille Graeser reste un des maîtres trop méconnus de l’abstraction et demeure à l’origine de ce qui allait devenir l’école de Zurich dans laquelle baigne aujourd’hui encore l’abstraction géométrique en Suisse et bien au delà. Il est avec Bill, Loewenberg et Lohse le maître de l’Art Concret. La puissance de son abstraction extrait la peinture d'une multitude d'informations et du fouillis visuel. D'où - paradoxalement peut-être - le calme qui surgit devant des toiles en elles-mêmes violentes par leurs couleurs vives.

 

Graeser.pngPoussant l’art vers une « dévisagéité » (Beckett) par une peinture réduite à sa « choséité » (Idem) Camille Graeser a créé un renouveau : peu propice à l'admiration "classique" et anthropomorphique son abstraction, juste après Malevitch, régénérait l’histoire de l’art en repartant de l’image blanche sur blanc du peintre russe. Semblant flotter hors référence l’œuvre ouvre à une réalité sidérale. La profondeur du réel n’est plus confiné "au fond de la grotte". Il est là, il continue à diffuser son énergie mais selon une autre clarté. La peinture de Graeser ne traite plus le monde comme un symptôme. Elle ne propose pas un simple “lifting” des images antérieures mais les transforme : elle brûle les artefacts picturaux pour atteindre le bloc d'inconnu qui n'avait encore jamais été mis à nu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

10/12/2015

Victor Savanyu : erratae du réel

Savanyu 3.jpgVictor Savanyu dans ses peintures comme dans ses photographies offre à ce qui vit sous le soleil l’immanence de l’état de rêve éveillé ou brouillé. L’évidence lumineuse d’un lieu ou d’une situation est décalée : si bien que ce que nous pensions consubstantiel à nous nous échappe. Surgit un lieu perdu qui pourrait parfois être imagé par Kafka. Existe une expérience paradoxale, intense, vorace. Les certitudes comme les apparences sont mangées afin que d’autres images nous dévorent non par effet de délire mais de transfert, d’écartement. Ce qui trompe généralement l’esprit passe de l’illusion subie à l’illusion exhibée.

Savanyu 2.jpgDes œuvres de Victor Savanyu naît un arbitraire ironique. Le spectateur tombe du réel tout en restant dedans. L’artiste devient un géomètre particulier. Il se dégage des arrêtes polies, lisses, achevées et des axiomes purs pour celles des « gargouillis » et autres phénomènes angoissants ou drôles inhérents au quotidien. L’image devient autre chose que l’indice de la possession carnassière des apparences, ou que la mimesis dans laquelle elle se fourvoie le prétendu "réalisme". Souvenons-nous de Beckett : "Qu'ils ne viennent plus nous emmerder avec ces histoires d'objectivité et de choses vues".

Jean-Paul Gavard-Perret

09/12/2015

Josse Bailly : chemins de traverse

 

Bailly.pngJosse Bailly, du 12 novembre au 12 décembre 2015, Palais de l’Athénée, Salle Crosnier, Genève.

 

Josse Bailly se sert de tout pour créer un univers hybride : ducs italiens, ninja cocaïnomanes, animaux humains sont là pour tourner autant le monde que sa représentation en dérision. L’absurdité rivalise avec le grotesque. L’humour bat son plein au sein d’une production pléthorique dont nul ne se plaindra. L’artiste ne se limite pourtant jamais à l’idée-gag : il assume et assure une picturalité affirmée. Supports et techniques métamorphosent les sujets au sein de divers types de narrations troubles qui sortent des cadres et jouent du réalisme et de l’illusion.

Bailly 2.jpgNe cherchant jamais à séduire Josse Bailly oblige le regardeur à s’interroger sur ce qui lui est proposé. Contre l'embâcle du néant l’œuvre devient un lieu de passage et de transbordement. Quelque chose remue : spasme ou feinte - le doute est permis. Tout bouillonne dans ce travail de mise en abîme et d'exhaussement là où l’image redevient alliance et rappelle au lien de l'être au monde selon des modalités intempestives. Contre la fatigue d'un vivre et les mirages du monde c'est donc bien un appel qui perdure.

Jean-Paul Gavard-Perret